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Carlos Alcaraz

le sourire comme joker

© Antoine Couvercelle

« Why so serious? » Plus qu’une citation, cette phrase, tirĂ©e de The Dark Knight, est une dĂ©finition. Celle de l’éthique d’un Joker magnifiĂ© par Heath Ledger et ses mimiques puisĂ©es dans les entrailles de l’incarnation, Ă  la frontiĂšre de l’aliĂ©nation oĂč bien des gĂ©nies n’ont aucun mal Ă  tromper la vigilance de leurs douaniers intĂ©rieurs censĂ©s jouer les garde-fous. « Je me suis enfermĂ© seul dans une piĂšce pendant six semaines, et je me suis mis Ă  marcher comme un fou pour trouver la posture, la dĂ©marche, la voix (du Joker), a dĂ©clarĂ© l’acteur, mort avant la sortie du film d’une overdose accidentelle de mĂ©dicaments afin de lutter contre sa dĂ©pression. Et j’ai fini par arriver Ă  ce tordu. (…) Ce temps entre “action” et “coupĂ©â€, c’est ce qui compte vraiment. Ce que je donne de ma vie pour cette expĂ©rience, comment elle en est affectĂ©e, tout ça est sans importance. » 

Bien qu’étant Ă  des annĂ©es-lumiĂšre du Joker, son « Why so serious? (Pourquoi cet air si sĂ©rieux ?) » colle parfaitement Ă  Carlos Alcaraz. Pas pour les mĂȘmes raisons, Ă©videmment. Le prodige de la raquette n’abhorre pas par tous ses pores une humanitĂ© dont il exĂšcre le sĂ©rieux et les rĂšgles, au point de vouloir la plonger dans un chaos plus grand qu’un face-Ă -face entre Nick Kyrgios et Alexander Bublik. Mais, comme la nĂ©mĂ©sis de Batman, l’Espagnol refuse de se prendre au sĂ©rieux. Et il a toujours le sourire. Un large sourire, communicatif, bien rĂ©el. Celui de la joie de vivre, comme un yin au yang de celui, sadique, tracĂ© par cicatrices et maquillage sur le visage du Joker. Outre son tennis, son physique et sa gestion des Ă©motions – évoquĂ©s dans l’article Carlos Alcaraz : apprenti tĂ©nor sans barreaux publiĂ© dans notre numĂ©ro du printemps 2021 – cette large risette compte parmi les marchepieds qui lui permettent d’atteindre les sommets.

 

Je gagne parce que je souris

Carlos Alcaraz 

 

Certes, le surnommĂ© « Carlitos », compĂ©titeur acharnĂ©, ambitieux, qui veut continuer Ă  marquer son sport, a parfois des gestes d’agacement, de frustration quand le scĂ©nario d’un partie ne s’écrit pas comme il le souhaite. Mais, dans ces situations, il est frĂ©quent de le voir sourire aprĂšs un point spectaculaire. Peu importe que celui-ci soit perdu, y compris Ă  un moment important du duel. MĂȘme dans les pleurs, ses zygomatiques font de la gymnastique. Exemple avec la finale du Masters 1000 de Cincinnati. AprĂšs un combat de 3h39 d’une intensitĂ© dantesque, Ă  en ĂȘtre Ă©prouvĂ© rien qu’en Ă©tant spectateur, le natif d’El Palmar s’incline contre Novak Djokovic. Totalement vidĂ© de son Ă©nergie, Ă©reintĂ©, il fond alors en larmes, tĂȘte dans la serviette, sur son banc avant la remise des trophĂ©es. Et pourtant, mĂȘme Ă  ce moment-lĂ , sa bouille finit par s’animer d’un sourire lumineux. De quoi aider Ă  faire passer une dĂ©faite dure Ă  avaler. Une force aprĂšs, avant et pendant les matchs.

« Je gagne parce que je souris, dĂ©clare-t-il en confĂ©rence de presse suite Ă  sa victoire contre Taro Daniel au deuxiĂšme tour de Roland-Garros en 2023. Le sourire est, pour moi, la clef de tout. Le plus important, c’est de prendre du plaisir, profiter. C’est pour ça que je souris tout le temps. » Parfois, Ă©videmment, le stress peut prendre le dessus.

© Antoine Couvercelle

C’est dans ces instants que le plus jeune numĂ©ro 1 mondial de l’histoire du tennis s’efforce de se dĂ©rider. « La premiĂšre manche a Ă©tĂ© vraiment dure pour moi, j’étais trĂšs nerveux, confie-t-il aprĂšs sa victoire 7/6Âł 6/4 6/4 contre Holger Rune en quart de finale de Wimbledon 2023, oĂč il glane quelques jours plus tard son deuxiĂšme titre du Grand Chelem en s’offrant le monument Djokovic en finale. Je ne contrĂŽlais rien. J’ai rĂ©ussi Ă  gagner ce set, et ça a Ă©tĂ© un peu un tournant pour gĂ©rer mes Ă©motions. Crier aprĂšs l’avoir remportĂ© m’a Ă©normĂ©ment aidĂ© Ă  Ă©vacuer la nervositĂ© pour commencer Ă  vraiment profiter du match. Sourire est, comme je l’ai dĂ©jĂ  dit plusieurs fois, la clef de tout pour moi. »

 

S’il (Carlos Alcaraz) est heureux et relĂąchĂ©, il voit les choses plus clairement 

Juan Carlos Ferrero 

 

Dans le chef-d’Ɠuvre Joker, Joaquin Phoenix, oscarisĂ© pour son interprĂ©tation du personnage principal, lĂąche cette phrase : « Ma mĂšre me dit tout le temps de sourire, de faire bonne figure. » VoilĂ  un autre point commun entre le joueur sujet de cet article et l’ennemi de Bruce Wayne. Ou, plus prĂ©cisĂ©ment, son futur antagoniste. Au moment de ces mots, le Joker est encore Arthur Fleck, homme en pleine descente aux enfers qui prĂȘte attention aux paroles d’une maman qu’il finit par Ă©touffer avec un oreiller. Pour Alcaraz, s’ils ne sortent pas de la bouche maternelle, les conseils soufflĂ©s Ă  son oreille sont les mĂȘmes. « Juan Carlos (Ferrero, son coach) me dit toujours que je dois passer un bon moment sur le court, explique-t-il aprĂšs sa victoire contre StĂ©fanos TsitsipĂĄs Ă  l’US Open 2021, sa premiĂšre contre un top 3, Ă  18 ans. Avec le sourire aux lĂšvres, je joue mieux. » 

 

Deux jours plus tard, lors d’une interview publiĂ©e sur le site de l’ATP, Juan Carlos Ferrero donne plus de dĂ©tails : « Je lui dis de ne pas ĂȘtre tendu pendant un match, de profiter de ce qu’il se passe. S’il est heureux et relĂąchĂ©, il voit les choses plus clairement qu’en Ă©tant tendu et nerveux. » Une mĂ©thode qui n’a rien d’universel. Chaque joueur a sa propre personnalitĂ©. En prenant l’exemple de Björn Borg et son faciĂšs neutre immuable, comme figĂ© dans les glaciers Ă©ternels de Scandinavie ; pas besoin de sourire pour Ă©crabouiller son Ă©poque. Concernant Alcaraz, il s’agit surtout d’entretenir sa nature. Ne pas perdre ce qui fait l’une de ses forces depuis ses plus jeunes annĂ©es. « Il Ă©tait dĂ©jĂ  en “contrat”, si on peut dire, avec Babolat depuis ses 10 ans et la premiĂšre fois que je l’ai vu personnellement, avec mon Ă©quipe, il avait 13 ans, nous confie Jean-Christophe Verborg, directeur de la communication internationale et chargĂ© de superviser les dĂ©tections chez Babolat. Et il Ă©tait dĂ©jĂ  comme ça petit. »

© Antoine Couvercelle

L’importance des proches

« Lors du dernier tournoi des Petits As oĂč je suis allĂ©, il y a trois ou quatre ans, j’avais comparĂ© l’attitude des jeunes avec celle de Carlos au mĂȘme Ăąge, continue-t-il. Beaucoup regardaient leurs pieds et avaient l’air un peu tristes sur le court, alors que Carlos avait, dĂ©jĂ , tout le temps la banane. C’est ce qui m’a toujours marquĂ© chez lui, au-delĂ  de son engagement. Il est heureux. Et ce qui Ă©mane de lui, c’est le cĂŽtĂ© naturel de cette attitude. On n’a pas l’impression que c’est travaillĂ©. Évidemment, il a trĂšs envie de gagner, il est compĂ©titeur, mais on sent que s’il perd, ce n’est pas grave. Il arrive tout de suite Ă  relativiser. C’est vrai que Carlos a ce petit truc en plus, le sourire. Il est gai. MĂȘme quand il perd, ou qu’il fait une Ă©norme faute un peu grossiĂšre, il se marre, il dĂ©dramatise. C’est ce qui fait aussi que les gens l’adorent. » 

Un Ă©tat d’esprit, un plaisir du jeu qu’il parvient Ă  maintenir, la plupart du temps, au-dessus de l’enjeu aussi grĂące Ă  ses proches. « À Wimbledon (en 2023), par exemple, j’étais juste Ă  cĂŽtĂ© du box (pendant la finale notamment), nous relate Jean-Christophe Verborg. Je n’ai pas pu ĂȘtre lĂ  lors de sa demi-finale de l’US Open (perdue contre Daniil Medvedev), mais mon bras droit, Seth McKinley, y Ă©tait, et m’a dit que dans le box les proches n’étaient pas tristes. Bien sĂ»r, ils Ă©taient déçus pour Carlos, mais ce n’était pas : “Oh mon dieu, qu’est-ce qui se passe ?!” Il n’y a jamais de dramatisation dans son entourage, et je pense que ça l’aide aussi. Parce que son entourage est bienveillant, ce qui contribue au fait qu’il ne se mette pas la pression. Je ne veux pas parler Ă  sa place, mais c’est vraiment ce qu’il dĂ©gage. »

 

Je me suis dit que je voulais implanter ça (sourire comme Carlos Alcaraz) dans mon jeu

 Stéfanos Tsitsipås 

 

« Je l’ai toujours dit, les parents, et notamment les mamans, ont un “rĂŽle” assez spĂ©cifique, complĂšte-t-il. Je prĂȘte souvent attention Ă  ça. Et on voit le sourire, la bienveillance qu’elle (la mĂšre de Carlos Alcaraz) a pour son fils, c’est : “Je suis lĂ  sans te mettre la pression.” Ses parents ont toujours Ă©tĂ© prĂ©sents avec l’esprit : “On sait que tu fais ce que tu peux. Nous, on t’accompagne”. Je ne les ai jamais vus s’énerver, stresser pendant un match. Et vous le savez aussi bien que moi, on voit beaucoup de parents se mettre dans des Ă©tats impensables au bord des terrains, en colĂšre ou ultra stressĂ©s, quand leur enfant perd. » Ce bonheur de jouer est Ă©galement reconnu comme une carte maĂźtresse par joueurs et joueuses. Au point de voir le fiston de Carlos Alcaraz Gonzalez – oui, pĂšre et fils ont le mĂȘme prĂ©nom – et Virginia Garfia EscandĂłn comme une source d’inspiration. MĂȘme pour des rivaux arrivĂ©s sur le circuit avant lui et ayant quelques annĂ©es de plus au compteur.

« Je me suis entraĂźnĂ© avec “Carlitos” l’autre jour, et je lui ai lancĂ© un “Merci” sans raison apparente, dĂ©clare TsitsipĂĄs, battu cinq fois en autant de joutes avec Alcaraz au moment de l’écriture de ces lignes, devant les journalistes aprĂšs son premier tour Ă  Roland-Garros en 2023. Je ne sais pas s’il a compris ou non. Je lui dois beaucoup, parce qu’il est une vĂ©ritable bouffĂ©e d’air frais sur le circuit. Il est tellement compĂ©titeur, et toujours avec le sourire. Je pense que ça l’a beaucoup aidĂ© Ă  grandir en tant que joueur. Il a l’air de prendre beaucoup de plaisir. En fin d’annĂ©e (2022), je me suis dit que je voulais implanter ça dans mon jeu. Les joueurs se concentrent peut-ĂȘtre davantage sur des trucs plus techniques ou autres que sur cet aspect. Je l’admire pour qui il est. J’ai la capacitĂ© d’ĂȘtre ce genre de personne, j’y crois vraiment. Si j’ai l’air plus joyeux et heureux quand je joue, c’est aussi grĂące Ă  lui. »

 

Je me suis dit : « Si Carlos sourit alors qu’il a la pression d’ĂȘtre censĂ© gagner, je peux au moins le faire dans des situations oĂč je ne suis pas favorite » 

Coco Gauff 

© Antoine Couvercelle

Presque une dĂ©claration d’amour. D’aprĂšs un scoop rapportĂ© par Serge le mytho, Paula Badosa, avec laquelle le Grec Ă©tale son idylle sur les rĂ©seaux sociaux, en aurait mĂȘme Ă©tĂ© jalouse jusqu’à interdire formellement Ă  son Adonis de partager les vestiaires avec l’Espagnol aprĂšs un entraĂźnement. Pourtant, pas de quoi en vouloir Ă  son tourtereau, le protĂ©gĂ© de Ferrero fait cet effet Ă  bien d’autres collĂšgues de l’ATP et de la WTA. « À Cincinnati (en 2023), Carlos a perdu un set Ă  chaque rencontre (il a Ă©tĂ© finaliste), rappelle Coco Gauff devant la presse aprĂšs le deuxiĂšme tour de son parcours victorieux Ă  l’US Open, son premier sacre en Grand Chelem. Il ne jouait clairement pas Ă  son meilleur niveau, et pourtant, contre “Hubi” Hurkacz par exemple, alors qu’il Ă©tait menĂ©, qu’il a mĂȘme sauvĂ© une balle de match (dans le deuxiĂšme set), il continuait Ă  sourire. »

« Je me suis dit : “S’il sourit alors qu’il est numĂ©ro 1 mondial, qu’il a toute cette pression et est censĂ© battre Hubi sur le papier, je peux au moins le faire dans des situations oĂč je ne suis pas favorite, comme contre Iga (Úwiątek, qu’elle a battue, en demi-finale Ă  Cincinnati, pour la premiĂšre fois en huit duels) ou Aryna (Sabalenka, qu’elle a ensuite vaincue en finale Ă  Flushing Meadows)”, poursuit ce jour-lĂ  l’AmĂ©ricaine de 19 printemps. J’ai beaucoup appris de cette joie, et j’ai voulu en mettre aussi dans mon jeu. Parce que j’ai beaucoup de joie en moi, mais j’avais l’impression de l’enfermer quand je jouais. Maintenant, je m’amuse, je souris, je ris, et je pense que ça rend le tennis plus plaisant Ă  regarder. » Autre atout, involontaire, du grand sourire d’Alcaraz, c’est qu’il est dĂ©sarmant. Ce qui suit n’est qu’un simple avis de l’auteur : regarder l’adversaire avec un visage radieux aprĂšs un rallye perdu a le pouvoir de lui ĂŽter un peu de sa rage de vaincre. Qui aurait envie de hurler « COME ON ! » Ă  la face de quelqu’un envoyant un beau sourire amical et communicatif ?

« Souris, parce que ça embrouille les gens », lĂąche le protagoniste dans Joker. Évidemment, celui qui est aussi appelĂ© « Charly » ne cherche pas Ă  emberlificoter les mĂ©ninges de son opposant. Ce n’est pas calculĂ©. Mais, par exemple, en visionnant son troisiĂšme tour de l’US Open 2023 contre Dan Evans, on remarque que ce dernier, vĂ©ritable machine Ă  brandir bruyamment le poing, n’a pas cette rĂ©action attendue aprĂšs le gain de points Ă©piques. Alcaraz le regardant rigolard dans la foulĂ©e de certains Ă©changes, le Britannique « dopé » Ă  la gnaque, comme embrouillĂ© par cette rĂ©action, rĂ©pond alors de façon inhabituelle pour lui. En se marrant Ă©galement, sans cĂ©lĂ©brer de maniĂšre ostentatoire. Vil cachotier, le rĂ©dacteur de ce papier vous cache depuis plusieurs paragraphes la deuxiĂšme partie d’une citation donnĂ©e plus haut – « Ma mĂšre me dit tout le temps de sourire, de faire bonne figure  » – en rĂ©alitĂ© Ă©tendue de : «  elle m’a dit que j’avais une mission dans la vie : mettre du rire et de la joie dans ce monde. » De quoi trouver une autre similitude entre Fleck et Alcaraz.

Lorsqu’il entre dans l’arĂšne, le natif de la CommunautĂ© valencienne, outre gagner et prendre du plaisir, a un autre objectif principal : rĂ©galer spectateurs et tĂ©lĂ©spectateurs. « Oui, j’aime faire le spectacle, dĂ©clare-t-il lors de l’interview sur le court aprĂšs son succĂšs contre Alexander Zverev en quart de finale Ă  New York en 2023. Je joue aussi pour que le public prenne du plaisir. J’essaie de faire des coups diffĂ©rents, qu’on a moins l’habitude de voir, des amorties, des volĂ©es
 Je veux donner le sourire aux gens. » MinĂ© par ses problĂšmes, Arthur Fleck, Ă  l’écran, finit par sombrer sous les traits du Joker et son sourire maquillĂ©. « Si la vie te semble si mauvaise, ne te rebelle pas. Deviens fou », clame-t-il dans le film Ă©ponyme de 2019. En ne cessant jamais de garder un sourire, authentique, Carlos Alcaraz s’est lui rendu la vie belle. Et sur le terrain, ce sont bien souvent ses concurrents, malgrĂ© leur envie de se rebeller, qui en deviennent fous. 

 

Article publié dans COURTS n° 15, automne 2023.

FILA

50 ans sur les courts

Traduit par Mathieu Canac

Björn Borg, FILA Brand Ambassador  © Fondazione FILA

Pierluigi Rolando. C’est entre la fin des annĂ©es 1960 et le dĂ©but de la dĂ©cennie suivante que ce jeune designer a commencĂ© Ă  pointer le bout de son nez. Sortant tout juste de l’échec d’une entreprise textile, Rolando a dĂ©crochĂ© un rendez-vous avec Enrico Frachey, l’un des fondateurs de FILA dans sa version moderne. Le « Docteur », comme il Ă©tait surnommĂ©, avait un plan : transformer l’entreprise de production de sous-vĂȘtements, qui produisait des mĂ©tiers Ă  tisser Ă  son origine, en une marque internationale de vĂȘtements de sports. « Viser de nouveaux horizons », voici la ligne directrice donnĂ©e par Frachey Ă  Rolando.

« Frachey, qui Ă©tait Ă  ce moment-lĂ  devenu Enrico pour moi, avait remarquĂ© que le tennis Ă©tait en train de devenir un marchĂ© intĂ©ressant pour de nouveaux types de vĂȘtements. Tacchini venait juste de lancer une ligne pour le tennis, en s’appuyant sur son expĂ©rience de joueur de haut niveau dans ce sport, a expliquĂ© Rolando. On a dĂ©cidĂ© de confectionner une collection tennis, et ça a Ă©tĂ© le dĂ©but d’une aventure extraordinaire qui nous a emmenĂ©s au firmament du plus grand succĂšs planĂ©taire de tous les temps. »

VoilĂ  comment Rolando a fait entrer le logo FILA dans l’histoire du tennis, avec la « White Line », un style italien durable pour les vĂȘtements de sport haute performance. La compagnie a alors dĂ©nichĂ© deux joueurs, Paolo Bertolucci et Adriano Panatta – étoiles montantes du tennis transalpin –  pour porter ses vĂȘtements siglĂ©s FILAÂź. De quoi associer son image Ă  celle de champions, et initier le monde Ă  la stratĂ©gie marketing aujourd’hui connue comme la sponsorisation. « Le produit Ă©tait lĂ . Le logo Ă©tait lĂ . La seule chose qui manquait, c’était l’émotion pour connecter le produit au consommateur, a Ă©crit Marco Negri, qui Ă©tait Ă  l’époque vice-prĂ©sident de la Fondazione FILA Museum, comme indiquĂ© dans le livre Tutti in FILA de Pierluigi Rolando. Le fait que les vĂȘtements de sport soient portĂ©s par les meilleurs joueurs a engendrĂ© une rĂ©action particuliĂšre chez les consommateurs. Comme si, en les portant, ils avaient l’impression d’ĂȘtre “dans la peau” de leurs idoles. »

En 1911, Giovanni Fila, menuisier, s’était trouvĂ© une nouvelle clientĂšle : les tisserands locaux qui avaient besoin de faire rĂ©parer leurs cadres. En dĂ©couvrant les perspectives et profits offerts par l’industrie textile, il eut alors une idĂ©e : lancer sa propre entreprise dans cette branche. Ainsi naquit Fratelli FilaÂź. Une usine de filage de laine cardĂ©e et peignĂ©e, la plus typique et rĂ©pandue parmi les fabricants du Nord de l’Italie au dĂ©but du XXe siĂšcle. En 1926, la famille a commencĂ© Ă  produire des sous-vĂȘtements pour hommes, femmes et enfants, avant d’élargir sa palette aux vĂȘtements Ă  la fin des annĂ©es 60. Cette expansion a permis Ă  FILA de grandir et prospĂ©rer malgrĂ© les turbulences sociales de l’aprĂšs-guerre, les changements politiques, ainsi que les innovations techniques et Ă©conomiques rĂ©volutionnant l’industrie textile.

Mais le patriarche Giovanni Fila n’aurait jamais pu imaginer Ă  quel point sa marque deviendrait iconique. En 1973, aprĂšs cinq dĂ©cennies de dĂ©veloppement, FILA s’est lancĂ©e dans une nouvelle direction pour faire irruption dans le monde du sport avec sa « White Line » comme collection tennis – la discipline qui lui a permis de se catapulter vers une renommĂ©e planĂ©taire. Et la sociĂ©tĂ© ne s’est pas arrĂȘtĂ©e lĂ . En plus d’ajouter de la couleur et le logo « F-Box » rouge et bleu marine Ă  un monde du tennis qui ne jurait jusque-lĂ  que par le blanc, FILA a transposĂ© son esprit de l’air du temps aux vĂȘtements de montagne, de natation, de golf et autres sports. « Les compagnies ont des traits communs avec les humains. De la mĂȘme façon que les humains, les compagnies naissent avec un ADN spĂ©cifique qui, contrairement Ă  celui de l’Homme, peut changer au cours de leur existence », a Ă©crit M. Frachey. DĂšs lors, pionnier et leader dans le sportswear moderne, FILA a continuĂ© Ă  crĂ©er. De l’Australie jusqu’aux États-Unis, plusieurs monuments ont portĂ© la marque italienne en accomplissant certains des plus grands exploits sportifs de l’histoire : Björn Borg et ses cinq titres consĂ©cutifs sur le gazon londonien de 1976 Ă  1980 ; Reinhold Messner et sa lĂ©gendaire ascension du Mont Everest en solo et sans apport d’oxygĂšne ; Ingemar Stenmark et son doublĂ© doré – slalom, slalom gĂ©ant – lors des mondiaux de Garmisch-Partenkirchen en 1978.

© Fondazione FILA

La naissance d’une tenue iconique.


Pierluigi Rolando – l’homme qui allait rĂ©inventer FILA – est nĂ© Ă  Ronco, commune proche du siĂšge de FILA implantĂ© Ă  Bielle, et a grandi Ă  Turin, ville pour laquelle il nourrissait Ă  la fois de l’amour et de la haine. RĂ©sultat, quand il a Ă©tĂ© temps pour lui de poursuivre ses Ă©tudes, il a choisi de s’exiler en Angleterre, Ă  l’UniversitĂ© de Leeds, oĂč il a appris non seulement l’ingĂ©nierie textile, mais aussi les Ă©motions se cachant derriĂšre la mode grĂące au concept des « mood boards ». À la fin des annĂ©es 1960, « Docteur » Frachey et le petit-fils de Giovanni, Giansevero Fila, ont conviĂ© Rolando Ă  un entretien. AprĂšs quelques Ă©changes d’amabilitĂ©s, ils lui ont immĂ©diatement demandĂ© s’il savait comment faire un tricot Ă  partir d’un ensemble d’échantillons de sous-vĂȘtements. En rĂ©pondant « oui », il a dĂ©crochĂ© le job. 

En 1968, la famille Fila a dĂ©cidĂ© de scinder l’entreprise en deux groupes, le majoritaire comprenant Maglificio Biellese MABY, spĂ©cialisĂ© dans les sous-vĂȘtements. Mais Maglificio Biellese a rapidement connu une forte baisse des ventes en raison du changement de mode de vie et des goĂ»ts. MABY a dĂ» s’adapter aux nouvelles tendances. Giansevero Fila, co-leader avec son pĂšre Ettore, a nommĂ© de nouveaux dirigeants extĂ©rieurs au cercle familial. L’un d’eux a Ă©tĂ© chargĂ© de mettre en place une stratĂ©gie d’évolution au milieu de cette difficile pĂ©riode de transition : Enrico Frachey.

Frachey et Rolando ont passĂ© de longues heures Ă  rĂ©flĂ©chir pour imaginer des croquis, des sessions Ă  deux cerveaux complĂ©tĂ©es d’interminables discussions sur la façon d’appliquer les concepts. Il y avait une demande pour un survĂȘtement, un article qui trouverait place dans chaque garde-robe – de sportif ou non –, Ă  porter aprĂšs le travail, pour se dĂ©tendre, ou mĂȘme afin de ressembler aux champions vus Ă  la TV et dans les magazines. Le survĂȘtement allait devenir ce pont entre le sport et les loisirs.

« On avait remarquĂ© que le tennis Ă©tait en train de devenir un marchĂ© intĂ©ressant pour de nouveaux types de vĂȘtements. Tacchini venait juste de lancer une ligne pour le tennis, grĂące Ă  son expĂ©rience de joueur de haut niveau. Aux États-Unis, le sport Ă©tait en train de devenir trĂšs rĂ©pandu sur le marchĂ© vestimentaire, et aussi dans celui de la chaussure, a Ă©crit Rolando dans son livre Tutti in Fila. Lors de mon enfance Ă  Bielle, j’allais au club de tennis Ă  cĂŽtĂ© du stade de foot. Je jouais avec mes amis d’enfance
 Enrico a convaincu Giansevero d’envisager l’entrĂ©e sur ce marchĂ© qui avait beaucoup de potentiel. » 

Rolando a utilisĂ© les machines existantes pour crĂ©er une ligne au sein de laquelle sous- vĂȘtements, polos, shorts, survĂȘtements ou encore pulls formaient un ensemble grĂące Ă  un schĂ©ma de couleur basĂ© sur la dichotomie nĂ©gatif/positif ; les couleurs claires en dessous, les sombres au-dessus. « On a compris ça aux États-Unis, et plus prĂ©cisĂ©ment en Californie, oĂč les gens avaient tendance Ă  Ă©viter le plus possible le blanc parce que c’était trop lumineux pour les camĂ©ras de tĂ©lĂ©vision

C’était probablement une bonne idĂ©e de mettre de la couleur 
», a Ă©crit Rolando. Rolando a dessinĂ© des polos avec un ton de couleur trĂšs lĂ©ger comme base, et quelque chose de plus prononcĂ© au niveau du col et des ouvertures des boutons-pression : un blanc Ă©clatant avec un col bleu marine et un bouton-pression rouge, ou un blanc Ă©cru avec la mĂȘme combinaison. Pour le bleu clair ou le vert clair pastel, Rolando a choisi un contraste avec une couleur plus sombre et intense – ce schĂ©ma Ă©tant ensuite rĂ©pĂ©tĂ© sur les autres vĂȘtements.

Concernant le survĂȘtement, Rolando s’est inspirĂ© de la Garde royale anglaise et des pingouins pour ajouter une touche d’élĂ©gance. « Nous nous sommes servis des premiers (citĂ©s) pour reprendre les chevrons rouges impeccables des manches ; et des seconds parce qu’avec leur queue de pie, ils sont Ă  la hauteur de l’élĂ©gance de quiconque, a Ă©crit Rolando dans Tutti in Fila. Au fil des ans, j’ai remarquĂ© que les pingouins et les merles ont une Ă©lĂ©gance naturelle grĂące Ă  leur coloration, un noir ou une couleur sombre sur le dessus et le dos, des couleurs plus claires sous les bras et le devant du corps. Ces caractĂ©ristiques, comme les chevrons, m’ont immĂ©diatement aidĂ© Ă  conceptualiser le premier survĂȘtement qui allait passer du sportswear au streetwear. »

La rĂ©volution ne s’est pas arrĂȘtĂ©e lĂ . Le logo « F-Box » avait besoin d’ĂȘtre modernisé : Sergio Privitera, un responsable marketing, a montrĂ© Ă  l’équipe un « F » divisĂ© en deux, avec la barre supĂ©rieure du F en rouge, et dĂ©tachĂ©e du corps de la lettre bleu marine – les couleurs Ă  la mode du moment. AprĂšs le succĂšs de la « White Line » en Italie grĂące Ă  Paolo Bertolucci et Adriano Panatta, FILA s’est tournĂ©e vers l’étranger. 

 

FILA traverse l’Atlantique

DĂšs ses premiers pas, la « White Line » de FILA est devenue extrĂȘmement populaire aux États-Unis, bien que Panatta y soit assez inconnu. Le marchĂ© amĂ©ricain a Ă©tĂ© sĂ©duit par une collection qui apportait quelque chose de nouveau, du sportswear avec une touche fashion. À cette Ă©poque, un jeune SuĂ©dois Ă©tait en train de gravir les Ă©chelons du tennis « en se servant de sa raquette comme d’une massue, a Ă©crit Rolando. Tout le monde voulait avoir un morceau de Björn Borg. » Frachey avait dĂ©jĂ  attirĂ© Borg dans son Ă©curie avec un contrat sponsor signĂ© lors du MIAS de 1975, et avait Ă©tĂ© chargĂ© de travailler sur une nouvelle collection pour le surnommĂ© « Iceborg ». Rolando a alors dĂ» trouver comment imprimer sur des tricots tubulaires, ce qui revenait Ă  « tatouer un boa constrictor pendant qu’il bouge ! » 

Dans toutes ses crĂ©ations, Rolando a fait un clin d’Ɠil au passĂ©, Ă  l’histoire, en y alliant quelque chose de nouveau, d’actuel. Il s’est par exemple inspirĂ© de l’équipe de baseball des Brooklyn Dodgers des annĂ©es 1920 et 1930, dont la tenue Ă©tait ornĂ©e de simples rayures devenues le symbole de son joueur le plus cĂ©lĂšbre : Babe Ruth. Rolando a pris les mesures prĂ©cises de ces rayures, et a choisi de les imprimer uniquement d’un cĂŽtĂ© pour faciliter la fabrication en sĂ©rie. En s’imposant cinq fois Ă  Wimbledon, Borg a emmenĂ© le sportswear FILA vers les sommets. GrĂące Ă  ce changement dans le vĂȘtement de sport, FILA a produit plus de cinq millions d’exemplaires de polos emblĂ©matiques.

En 1981, Borg a pris une premiĂšre retraite, Ă  26 ans. FILA n’en Ă©tait alors qu’à ses dĂ©buts. Dans le tennis fĂ©minin, un joueuse australienne aborigĂšne est arrivĂ©e sur le devant de la scĂšne : Evonne Goolagong. FILA est parvenue Ă  un accord pour l’avoir sous contrat, et lui a offert un look Ă©voquant la rĂ©serve naturelle de Burcina, situĂ©e sur les communes de Bielle et Pollone dans le PiĂ©mont, qu’elle adorait. L’Argentin Guillermo Vilas Ă©tait dotĂ© d’un physique robuste, imposant, que Rolando a mis en valeur par deux motifs rayĂ©s horizontaux, en bleu marine ou rouge, sur les cĂŽtĂ©s du maillot, tout en couvrant le haut avec du bleu marine ou du rouge. En 1987, Boris Becker a rejoint FILA, suivi de Monica Seles qui a créé sa propre ligne avec des hauts fleuris et des jupes pastel en 1993. AprĂšs le retour sur le circuit de Jennifer Capriati, FILA l’a sponsorisĂ©e Ă  partir de 2001, et a prolongĂ© son contrat de trois ans suite Ă  ses deux titres du Grand Chelem cette annĂ©e-lĂ  (Open d’Australie, Roland-Garros). Et la Belge Kim Clijsters a rejoint FILA juste avant de remporter son premier Majeur, lors de l’US Open 2001.

© Ray Giubilo

FILA fait son entrée dans la chaussure de sport

En 1983, FILA a dĂ©cidĂ© de se diversifier une fois de plus en confiant Ă  l’usine de chaussures Lario un contrat pour la fabrication du premier prototype FILA : une sandale rouge et bleu marine. De lĂ , FILA a créé sa basket Original Tennis en cuir blanc, avec des bandes rouges et bleu marine sur le cĂŽtĂ©, et un petit FILA F-box sur la languette. Aux États-Unis, FILA a accordĂ© une licence artistique aux designers Kevin Crowley et Jack Steinweis pour crĂ©er la Take, la Targa et la Tennis 88 – un dĂ©rivĂ© de l’Original Tennis. FILA s’est ensuite tournĂ©e vers Grant Hill, alors star montante des Detroit Pistons, franchise NBA, pour se lancer dans le basketball et vendre prĂšs de deux millions de Grant Hill 2. TrĂšs vite, FILA s’est trouvĂ©e dans la cour des grands, concurrençant Nike, Adidas et Reebok.

De nouvelles collaborations ont suivi. En utilisant les rayures du maillot de Borg, FILA a lancĂ© le polo BB1 dans des couleurs allant du rose au jaune en passant par le bleu marine et le vert. La veste de survĂȘtement Settanta – la classique, en bleu marine, les bandes blanches sous les bras et sur les flancs, les rayures rouges au niveau de la ceinture et des poignets, et le col style baseball – que l’ambassadeur FILA Björn Borg portait par-dessus ses rayures dans les annĂ©es 1980 se vend encore par millions. Avec Brook Brothers, FILA a sorti le t-shirt Milano Fit Performance Fun avec un col boutonnĂ©, des manches contrastĂ©es, et un corps design de couleur. La collection FILA x Brandon Maxwell a croisĂ© les couleurs classiques de FILA, le bleu marine et le rouge, et celles plus vives de Maxwell, le rose et le rouge, pour un ensemble formĂ© d’une jupe Ă©vasĂ©e et d’un haut deux piĂšces avec fermeture boutonnĂ©e ne s’étendant que sur un quart du polo en descendant du col.

Loin de se contenter de partenariats avec des joueurs de tennis, FILA s’est lancĂ©e dans le soutien de grands tournois tout autour de la planĂšte, comme Indian Wells, Newport, Cincinnati, Tokyo, PĂ©kin, l’Open du Canada ou encore Buenos Aires. Lors de l’édition 2023 d’Indian Wells, FILA a exposĂ© des piĂšces de sa riche histoire, y compris des tenues issues de la Fondazione FILA Museum de Bielle, Ă  la boutique de la sociĂ©tĂ© sur le site de la compĂ©tition. FILA y a Ă©galement prĂ©sentĂ© la collection « Tie Breaker » donnant un nouveau look de printemps Ă  ses joueurs : Barbora KrejčíkovĂĄ, KarolĂ­na PlĂ­ĆĄkovĂĄ, Reilly Opelka ou encore Diego Schwartzman.

Une liste dont a fait partie le monument Ashleigh Barty, qui a pris sa retraite dĂ©but 2022 alors qu’elle trĂŽnait encore sur la WTA. En Ă©tant sacrĂ©e reine de Wimbledon en 2021, la surnommĂ©e « Ash » avait rendu hommage Ă  sa compatriote Evonne Goolagong-Cawley, premiĂšre femme aborigĂšne australienne couronnĂ©e sur le gazon londonien. Tout au long de son parcours, Barty a portĂ© une jupe Ă  motifs floraux faisant rĂ©fĂ©rence aux fleurs brodĂ©es et aux ourlets festonnĂ©s qui ornaient celle de Goolagong en 1971. Quand Leo Borg, fils de Björn, a choisi de rejoindre le giron FILA, il a optĂ© pour une nouvelle version des rayures vintage – cette fois horizontales – comme pour s’inscrire dans la lignĂ©e paternelle tout en marquant sa diffĂ©rence. 

Alors que FILA fĂȘte ses 50 ans dans le tennis, la sociĂ©tĂ© continue de jeter un Ɠil vers le passĂ© pour construire le futur et lancer, au fil des saisons, de nouveaux produits repoussant toujours les limites de la performance et du style. « FILA est une marque qui est restĂ©e fidĂšle Ă  elle-mĂȘme, et ce sont toujours ces marques qui perdurent le mieux, estime Reilly Opelka, joueur membre de l’écurie FILA. J’adore le survĂȘtement, je pense qu’il est iconique. Quand je vais Ă  Milan pour la Fashion Week, c’est la seule piĂšce de tennis que je mets dans ma valise. J’aime son hĂ©ritage. » 

 

Article publié dans COURTS n° 15, automne 2023.

© Ray Giubilo

Pourquoi le Masters est un tournoi si spécial

Masters 2009
Masters 2009 (© Ray Giubilo)

Créé en 1970, le Masters occupe depuis sa crĂ©ation une place Ă  part dans le calendrier et dans le cƓur des fans de tennis du monde entier. InstallĂ© Ă  Turin depuis deux ans et jusqu’en 2025 au moins, le tournoi des MaĂźtres a toujours Ă©tĂ© un rendez-vous attractif et cela semble ĂȘtre parti pour durer. Mais comment expliquer cette rĂ©ussite ?

 

  • Parce que le plateau est toujours impressionnant 

RĂ©unissant par dĂ©finition les huit meilleurs joueurs de la planĂšte, le plateau du Masters est toujours impressionnant. Et il l’est d’autant plus cette annĂ©e avec, entre autres, la promesse de la premiĂšre participation de Carlos Alcaraz et Holger Rune. Hormis quelques exceptions rĂ©centes comme 2022 (Alcaraz) et 2018 (Nadal et del Potro), les huit meilleurs joueurs du monde rĂ©pondent toujours prĂ©sents pour le dernier grand rendez-vous de la saison. La promesse de matchs de grande qualitĂ© dĂšs les phases de poules, comme le TsitsipĂĄs-Medvedev en 2022, le Medvedev-Zverev de 2021 ou encore le Nadal-Medvedev de 2019 font que le tournoi sera, dĂšs demain, trĂšs suivi. La preuve, l’édition 2023 s’est ouverte par un Sinner-TsitsipĂĄs suivi d’un Djokovic-Rune. Deux affiches qui font saliver les fans de tennis.

 

  • Parce que son format change de la routine 

Depuis son retour en 1986, le format des groupes a dĂ©finitivement Ă©tĂ© choisi pour le Masters. C’est en 1972 que la formule actuelle a Ă©tĂ© utilisĂ©e pour la premiĂšre fois avec huit joueurs divisĂ©s en deux groupes. MalgrĂ© un petit apartĂ© entre 1982 et 1986 avec un systĂšme de matchs Ă  Ă©limination directe et quelques essais Ă  12 ou 16 participants, l’organisation a dĂ©cidĂ© de revenir aux phases de poules et la formule n’a plus changĂ© depuis. Faut-il y voir un lien de cause Ă  effet : le format des poules avait mĂȘme Ă©tĂ© expĂ©rimentĂ© en 2007 dans certains tournois ATP 250 (International SĂ©ries Ă  l’époque) comme AdĂ©laĂŻde, Delray Beach ou encore Buenos Aires. Mais sous la pression de certains joueurs de premier plan, cette expĂ©rimentation n’avait pas durĂ©.

Mais ce qui plaĂźt encore plus aux fans de tennis, c’est la seconde chance qui est accordĂ©e aux joueurs. Le Masters est en effet le seul tournoi du calendrier qui peut permettre Ă  un joueur ayant perdu un match en poule de continuer le tournoi, de sortir des poules et mĂȘme de soulever le trophĂ©e. Mais l’exploit est encore plus grand quand un joueur s’incline en poules face Ă  un adversaire, avant de prendre sa revanche face Ă  celui-ci en finale. Avant 2023 et le succĂšs de Novak Djokovic contre Jannik Sinner, ce cas de figure s’était dĂ©jĂ  prĂ©sentĂ© Ă  11 fois, dont 3  avec Pete Sampras en 1994, 1996 et 1999. Avant Novak Djokovic, le dernier joueur Ă  l’avoir rĂ©alisĂ© fait Ă©tait Alexander Zverev. DĂ©fait en poules par le Sebre 6-4 6-1 en 2018, il l’avait ensuite vaincu en finale quatre jours aprĂšs sur le score de 6-4 6-3. l’Allemand a rééditĂ© l’exploit en 2021. Battu en poules par Daniil Medvedev 6-3 6-7 7-6, il avait rĂ©ussi Ă  l’emporter en finale cinq jours plus tard sur le score de 6-4 6-4.

 

  • Parce que les changements de villes et de formats participent Ă  accroĂźtre son prestige

Avec le Masters, chacun Ă  ses souvenirs. Les plus anciens se souviennent du cadre majestueux du Madison Square Garden qui a accueilli l’évĂ©nement dans les annĂ©es 70 et 80, les autres se souviennent de Francfort, de Hanovre et de leurs courts sans couloirs de double dans les annĂ©es 90, et les plus jeunes se souviennent de l’OÂČ Arena de Londres qui a accueilli l’évĂšnement dans les annĂ©es 2010. Les fans de double peuvent Ă©galement regretter les annĂ©es 1980 et 1990 lorsque le tournoi n’avait pas lieu dans le mĂȘme ville, et parfois mĂȘme Ă  des dates diffĂ©rentes du tournoi de simple. Ainsi, les meilleures paires de double ont pu dĂ©couvrir Johannesburg, Bangalore, Jakarta, Hartford ou encore Eindhoven pendant ces annĂ©es-lĂ . Le tournoi de double a s’est dĂ©roulĂ© au mĂȘme endroit et simultanĂ©ment que le tournoi de simple Ă  partir de 2003.

Certains regrettent mĂȘme, pour des raisons d’équitĂ©, que le Masters ne soit pas itinĂ©rant, comme il le fut pendant ses premiĂšres annĂ©es. En effet, au dĂ©but des annĂ©es 1970, le tournoi s’est jouĂ© respectivement Ă  Tokyo, Paris, Barcelone, Boston, Melbourne, Stockholm et Houston avant de poser ses valises au Madison Square Garden de New-York. Pendant cette pĂ©riode, le tournoi s’est jouĂ© sur moquette indoor puis sur gazon, puis sur dur indoor avant de revenir, pour une longue pĂ©riode, Ă  la moquette indoor qui Ă©tait encore frĂ©quemment utilisĂ©e Ă  l’époque. Le tournoi s’est donc majoritairement jouĂ© en indoor dans son histoire, ce qui a pour consĂ©quence de ne pas voir certains joueurs Ă  l’aise sur terre battue, Wilander et Nadal en tĂȘte, Ă  son palmarĂšs. Les plus nostalgiques peuvent Ă©galement regretter les finales jouĂ©es en trois sets gagnants, format en place de 1981 Ă  2003 puis de 2005 Ă  2007.

 

  • Parce que les plus grands l’ont (quasiment) tous gagnĂ©s 

Comme Ă©voquĂ© prĂ©cĂ©demment, hormis Wilander, Nadal ou d’autres ex-numĂ©ro 1 mondiaux comme Courier, Moya ou encore Ferrero, le Masters a toujours couronnĂ© les plus grands joueurs de l’histoire de l’ùre Open. Cette annĂ©e, avec un 7e sacre, Novak Djokovic est devenu seul dĂ©tenteur du record de titres au Masters. Avec une unitĂ© de plus que Roger Federer, et deux par rapport Ă  Pete Sampras et Ivan Lendl. En 53 Ă©ditions, le tournoi n’a couronnĂ© qu’à 7 fois des joueurs n’ayant, Ă  ce jour, jamais remportĂ© de tournoi du Grand Chelem. Enfin, derniĂšre preuve du prestige de l’Ă©preuve, les vainqueurs du tournois ayant Ă©tĂ© les moins bien classĂ©s Ă  leur apogĂ©e ont tous atteint le troisiĂšme rang mondial : Daydenko, Nalbandian et TsitsipĂĄs, qui, encore en activitĂ©, peut encore sortir de cette liste.

A Champion Poster for “Champions”

The Finals have Panache and an Honor Titus Poster to Boot

Andrey Rublev chose black. His explanation: “With black you never miss, everything black. Simple.” Jannick Sinner went for blue. “Because everything is blue in the Finals,” he told the artist Honor Titus. Alexander Zverev liked something a bit closer to his Adidas kit, as did the two-toned, Lacoste-sponsored Daniil Medvedev and Novak Djokovic.

Holger Rune, however, went all out, making the male figure in Titus’ official ATP Finals poster green first, according to the Birkman Color Chart — the psychological assessment of personality based on colour choices — meaning that he is very persuasive. Titus approved.  “You’re like a green man,” Titus complimented Rune, in an ATP behind-the-scenes video. “I think you’ve done a great job.”

Maybe Rune should have stuck with the green, instead of experimenting with other colours. and settling on black and red, as this week’s season-ending Nitto ATP Finals didn’t exactly pan out on court for him as they have on paper. The blue-choosing Djokovic actually played more green, convincing fans — and everyone else — that he deserved his record-setting seventh ATP title on Sunday.

Despite some injury switch-ups, however, with Hubert Hurkacz ultimately filling in for both Stefanos Tsitsipas and Taylor Fritz, the players made the most of their time in Turin, donning the finest in men’s fashion for the imposing Palazzo Reale, hamming it up with the Carota Boys and other fans, and generally admiring the overload of art and culture that is the capital of Italy’s Piedmont region.

© Gia Coppola

In the spirit of the latter, the ATP fostered the players’ finer tastes with its choice of graphic art to represent the event. Building on a longstanding tradition of iconic sporting posters collected across generations, yet giving a wink to the digital art and NFTs of modern art, it chose international-artist-on-the-make, Honor Titus, to commission a colour palette and sketch for tennis fans  to customise, download and potentially buy as their own collaborations,  as well as the official poster, for $50 each — a steep discount from the six-figures the LA-based artist and tennis buff commands for his original work. An auction to buy all eight of the Titus-player collaborations ends tonight.

“I’m a big fan of poster design
 Italian and French poster design, you know, guys like Jules Cheret. I’ve been thinking about tennis wall paintings for a while. The idea of the tennis wall where one practices—just to play with the perspective, those lines, that idea,” Titus told John McEnroe in an Turin meet-and-greet. “I took a photo of a friend of mine who I play tennis with to get the backhand stance, you know, to get the angle right
 So that was based off of a photo. Also, the colours of the ATP Finals are so vibrant and bright, and the lighting of the arena.

“I hope that through my work and through my efforts, I introduce people to various things
 I love to learn, I love to ruminate on things that I love, I love to obsess about things. I obsess about tennis, I obsess about French literature
 All I do is revel in my obsession. So, if I can introduce someone to something they’re obsessed with, that’s what I hope to do.”

The ATP’s choice of Titus not only plays homage to the unique poster-per-tournament  hallmark of tennis while throwing a bit of shade on last year’s less accessible “LOVE collection,” a series of unique digital artworks that used in-match sports data to create iconic illustrations by pop artist Martin Grasser. “It was very popular within web3 community, but not so much with the tennis fan,” said ATP spokesperson Mark Epps. “This year, we took a big name artist who has never done a digital collectible before and without sacrificing the technical capacity pushed to keep costs as low as possible for the fans.”

© MikaylaJeanMiller

The poster also jibes with Titus’ metamorphic ability to shed one medium for another — and play decent tennis on top of it all. Based in Los Angeles, California, the native Brooklynite — and son of a first-generation Haitian mother and  Andres “Dres” Vargas Titus, a member of the seminal rap group Black Sheep — started his career as a musician, in the Lower East Side punk band, Cerebral Ballzy. But while listening to underground punk and New York “downtown cool guys,” as well as informally sketching, Titus still religiously watched and played tennis. “I was always following the sport,” Titus said. 

“I think tennis has a very nuanced and elaborate culture. It’s always been in my purview. I will also say I’ve always played it. I follow it,” said the 6-foot-4 Titus, who attended Catholic and Christian schools and played point guard on the basketball team. “I love sport. It excites me just like music does.”

A punk in theory, Titus is a sentimentalist at heart. At the same time as playing with the Strokes, Black Flag and other New York early aughts bans, Titus hung around the Metropolitan Museum of Art and absorbed such work as Edward Hopper’s “From Williamsburg Bridge” and Bertold Löffler’s “Youth Playing the Pipes of Pan.” His work now harks back to the long skirts and cricket sweaters of the swinging F. Scott Fitzgerald 1920s, while riffing off the iconic representational art of Kerry James Marshall or the painter Toyin Ojih Odutola, who portrays Nigerian elitism through her character-driven paintings. Although Titus has painted such moneyed pursuits  as horse racing, garden partying and military parading, tennis has been his primary lens for exploring the parameters of access. 

“
What I like to do is create and conjure images that that converse with those ideas, with that idea of access,” Titus told McEnroe. “I’ve created black figures in all white. The moneyed class were the ones that were able to wear white. That’s why these things still appear in our culture. 

“I don’t mean to harp or take the pulpit in any way, but I do like to play with those ideas. That’s all I’m doing, is introducing ideas and conversing with those ideas.”

Although he left Pace University before leaving to tour with the band and never received any formal training,  in 2020 the artist Henry Taylor gave him a solo show at his former Chinatown studio in Los Angeles. From there, it’s been a whirlwind three years with his work picked up by the gallerist Timothy Taylor (no relation to Henry) who started representing him in 2021, followed by a commission by King Charles III to create portraits celebrating the Windrush Generation and a summer show of tennis work “Advantage In”, at the Gagosian gallery in LA. 

At a time when young Black artists, such as Sydney Vernon and Miles Regis, wrestle with themes of racial injustice and legacy on their canvases, Titus uses a lighter touch for his social critique. Hence, the official poster of the ATP Tour Finals is a black figure, practising tennis alone, against a wall most likely in an urban setting. Yet, the figure is, again, in all white, swinging a wooden tennis racquet in a classic one-handed Bjorn Borg takeback. 

“I want to steer the conversation in certain directions, through design and through ideas, and then have the viewer connect the dots,” he said. “The contemporary Black art and the Black art boom, which I’m all for, is a bit heavy handed and overt. I’m not interested in that. 

“I like to slide in ideas, you know, under the radar and in subtle ways.” Yet, as a young Black male, he feels “like I had to take every opportunity. It’s been such a whirlwind — I just look up and keep going.”

Nous entrons dans l’ùre de la raquette !

© Régis Colombo

Professeur de sport et coach de tennis suisse, Michel Russillon aime et vit le tennis passionnĂ©ment. CrĂ©ateur du concept System 4, un systĂšme de terrains multipratiques (tennis, pickleball, urban tennis
), il partage sa passion avec un enthousiasme communicatif. Son ambition ? rendre le tennis plus excitant et plus social, ainsi que son enseignement plus stimulant. Le but est d’amener de nouveaux publics vers le tennis, grĂące Ă  des formats de jeu rapidement accessibles.

 

Courts : Qu’est-ce que le Tennis Park ?

Michel Russillon : Le Tennis Park est un ensemble de terrains aux dimensions rĂ©duites qui sont implantĂ©s sur un terrain classique, dĂ©gagements compris, soit 18m x 36m. Il y a trois configurations : le modĂšle Ă©ducation, destinĂ© aux clubs, qui comprend quatre miniterrains de longueur progressive (10, 12, 15 et 18 mĂštres de long) ; le modĂšle City, conçu pour le grand public, avec ses quatre terrains donnant un accĂšs direct Ă  tous les jeux de raquette, l’urban tennis, le pop tennis, le cardio tennis et le pickleball, avec du matĂ©riel adaptĂ©, compact et peu coĂ»teux ; enfin, le Tennis Park modulable, qui a l’avantage de pouvoir cumuler toutes ces disciplines, tout en conservant le terrain de tennis classique, grĂące Ă  un systĂšme de filets de jeu mobiles et des filets de sĂ©paration amovibles entre les diffĂ©rents terrains. 

 

C : Visuellement, on est frappĂ© par la vivacitĂ© des couleurs et intriguĂ© par ce court multicolore, quelle est la signification ? 

M.R. : Chez System 4, nous pensons que l’essentiel est de crĂ©er le dĂ©sir. La couleur joue un double rĂŽle stratĂ©gique. D’abord, le Tennis Park devient immĂ©diatement le point d’attraction du club, suscitant envie et curiositĂ©. Ensuite, en utilisant la mĂ©taphore des feux de signalisation, connue de tous, on facilite la comprĂ©hension du jeu. Rouge, danger, je suis en situation de dĂ©fense. Orange, prudence, je construis mon point. Quand on est dans la zone verte, la voie est libre, j’attaque. La zone jaune correspond Ă  la finition du point au filet. Ce systĂšme permet aux enfants et aux dĂ©butants de se connecter de maniĂšre ludique et amusante au tennis et de « vivre » toutes les situations variĂ©es du jeu.

 

C : Comment avez-vous eu l’idĂ©e de crĂ©er ce concept ? 

M.R. : En fait, j’ai eu l’opportunitĂ© de diriger un centre de tennis. Enseignant de formation, je me suis demandé : qu’est-ce que je peux apporter en tant que pĂ©dagogue, que spĂ©cialiste de l’enseignement ? Il m’est vite apparu que le tennis « péchait » par sa difficultĂ© d’accĂšs pour le plus grand nombre. Terrain trop grand, balles trop dures, drills rébarbatifs, tout menait à la frustration et à l’échec. Pour développer l’Academy, il était urgent de créer un environnement d’apprentissage et de jeu, à la fois simple et divertissant. Les avantages de la mise à l’échelle du tennis devenaient évidents : fans de tennis, enfants, familles, seniors, toutes et tous allaient pouvoir découvrir le meilleur du tennis… pour un plaisir immédiat. C’est comme ça que j’ai eu l’idĂ©e d’implanter sur un terrain classique quatre miniterrains de longueur progressive dans le respect des proportions originelles. Je voulais une infrastructure où la couleur devient catalyseur de bonheur, d’épanouissement et d’énergie positive. La philosophie du Tennis Park est claire, mettre l’enfant « dans son royaume » avec un matĂ©riel adaptĂ©. CĂŽtĂ© parents, le Park devient un indicateur de niveau, les quatre terrains Ă©volutifs matĂ©rialisant les quatre Ă©tapes Ă  franchir jusqu’au Graal. Les Ă©tudes montrent que les qualitĂ©s de coordination s’acquiĂšrent avant l’ñge de douze ans, avec des fenĂȘtres de tir clairement planifiĂ©es. Il est impĂ©ratif de respecter le dĂ©veloppement psycho-physique de l’enfant et de s’y adapter, sans brĂ»ler les Ă©tapes. On crĂ©e ainsi des fondations solides pour la suite de la formation, joueurs prĂ©coces et tardifs compris. Un enfant de six ou sept ans qui joue avec des balles normales sur un grand terrain, c’est destructeur. 

© Nils Martenet

C : Il y a donc l’idĂ©e, en changeant l’architecture du terrain, de rĂ©volutionner la mĂ©thode d’enseignement du tennis


M.R. : Il ne s’agit pas de donner des leçons, ni de faire du prosĂ©lytisme. Il s’agit juste de convaincre les coaches et les fĂ©dĂ©rations que ce travail est positif et que cette forme d’entraĂźnement est adaptĂ©e au dĂ©veloppement de l’enfant. System 4 propose un entraĂźnement par « mise en situation », dans quatre zones d’action colorĂ©es, dorĂ©navant visibles : derriĂšre la ligne de fond, devant la ligne, Ă  mi-court et au filet. PlacĂ© en situation de jeu rĂ©elle, le joueur dĂ©veloppe sa capacitĂ© Ă  mettre en Ɠuvre ses ressources pour rĂ©soudre les situations-problĂšmes du jeu. Sur le principe essais-erreurs, il apprend progressivement Ă  gĂ©rer les contraintes tactico-techniques, physiques, et mentales du tennis. Ainsi, nos kids cheminent sur le chemin de la rĂ©ussite Ă©tape par Ă©tape, avec en point de mire un tennis-pourcentage, Ă  la fois rĂ©aliste et crĂ©atif. En termes d’organisation, le Park permet la mise en place d’un entraĂźnement complet en quatre ateliers : apprentissage, perfectionnement, compĂ©tition et optimisation de la coordination (rĂ©action, rythme, Ă©quilibre, orientation et diffĂ©renciation). C’est la fin de l’entraĂźnement en colonne et des drills robotisĂ©s. On prend souvent exemple sur les joueurs professionnels Ă  qui leur entraĂźneur envoie des balles au panier avec beaucoup de rĂ©pĂ©titions. Mais pour des joueurs de ce niveau, ce sont les fondamentaux qu’ils rĂ©pĂštent comme un pianiste fait ses gammes. Avec la mĂ©thode d’enseignement System 4, les enfants entrent de plain-pied dans la « pĂ©dagogie active » moderne mise en lumiĂšre par les avancĂ©es rĂ©centes des neurosciences. C’est un processus dynamique, le joueur passant d’un atelier Ă  l’autre pour dĂ©velopper toutes ses capacitĂ©s de perception, de dĂ©cision, d’opĂ©rations physiques, en termes de coordination mais aussi psychiques, sur le plan de la concentration, de l’engagement et des Ă©motions. C’est l’entraĂźnement « global » System 4.

 

C : Au-delĂ  cette approche pĂ©dagogique, il y aussi la volontĂ© assumĂ©e chez vous de casser les codes du tennis


M.R. : Oui, j’aimerais faire disparaĂźtre trois prĂ©jugĂ©s qui collent au tennis. D’un sport dit Ă©litiste, passer Ă  un sport populaire. D’un sport individuel, passer Ă  un sport convivial. Et plutĂŽt que de laisser penser que le tennis est difficile d’accĂšs, proposer une mĂ©thode d’apprentissage qui est simple et comprĂ©hensible pour tous. Les gens ne veulent plus attendre avant de pouvoir faire des Ă©changes, ils veulent du plaisir immĂ©diat. À moi de leur proposer des formats de jeux qui rĂ©pondent Ă  leurs attentes, c’est ma responsabilitĂ©.

 

C : Comment envisagez-vous l’avenir du tennis avec la concurrence de nouveaux sports de raquettes plus accessibles ? 

M.R. : Dans tous les pays occidentaux et pour tous les sports, les responsables de club, d’association ou de fĂ©dĂ©ration dressent le mĂȘme constat : le sport « classique » intĂ©resse de moins en moins les jeunes gĂ©nĂ©rations. Le tennis n’y Ă©chappe pas et doit impĂ©rativement s’adapter Ă  l’évolution de la pratique sportive moderne. C’est le rĂŽle des clubs de s’adapter en offrant tous ces nouveaux sports de raquette pour gonfler le nombre de pratiquants. Le tennis oui, mais le tennis Ă©volutif aussi, et tous ces sports qui sont proches et qui proposent une pratique plus excitante. Nous entrons dans l’ùre de la raquette ! 

© Nils Martenet

C : Quelles sont les rĂ©actions des personnes qui jouent pour la premiĂšre fois sur ces courts atypiques ?

M.R. : Les adultes sont follement heureux de pouvoir (enfin !) « matcher » immĂ©diatement. On rĂ©invente le plaisir du jeu, parce que le match est dans l’ADN de chaque joueur et de chaque joueuse. L’intensitĂ© et les Ă©motions sont plus fortes et on ne perd plus de temps Ă  ramasser des balles. On peut aussi jouer en famille, avec les parents sur un terrain et les enfants sur un autre plus petit. Changer l’architecture du court c’est aussi le rendre plus social. Et ça tombe bien dans cette pĂ©riode d’aprĂšs Covid car on a besoin plus que jamais de bien-ĂȘtre et de rencontres. Quand on a jusqu’à seize personnes qui jouent sur l’espace d’un court de tennis, il y a des Ă©changes, des sourires. Et ça c’est essentiel pour moi, apporter du bonheur aux gens ! Je rĂȘve aussi d’un Tennis Park libre et ouvert au milieu d’un centre-ville, avec des passants, des gamins qui posent leurs trottinettes et qui viennent jouer spontanĂ©ment. Je crois beaucoup Ă  ce format de terrains pour redynamiser l’espace public « endormi ».

 

C : Combien de Tennis Parks ont-ils Ă©tĂ© installĂ©s et quelles sont les perspectives de dĂ©veloppement ?

M.R. : Trois Tennis Parks ont Ă©tĂ© installĂ©s en Suisse, en partenariat avec Swiss Tennis : un Park Club Ă  Sion en 2021, un Park City Ă  Lausanne en 2022, ainsi qu’un parc modulable Ă  Fribourg. Je crois beaucoup Ă  ce modĂšle transposable sur tous les courts de tennis. Villes, collectivitĂ©s territoriales, clubs
 les perspectives sont immenses. J’ai Ă©changĂ© avec des clubs en France. J’ai aussi des contacts aux États-Unis ou en Chine. Il faut convaincre en abordant aussi les avantages Ă©conomiques !

 

C : D’un point de vue plus personnel, comment vivez-vous cette aventure ? 

M.R. : Ce que je vis, c’est gĂ©nial. GrĂące Ă  Tennis Park, je rencontre pleins de gens, j’adore ça. On Ă©change sur tous les thĂšmes, en particulier sur cette nĂ©cessitĂ© de ne pas rater le train du futur. À titre personnel, j’ai vĂ©cu des moments trĂšs Ă©mouvants, comme lors de l’inauguration du premier Tennis Park Ă  Sion en 2021. Seize enfants qui jouent, qui ont le sourire, c’est ce qui me donne l’envie de continuer le combat, en collaboration avec l’ensemble de l’écosystĂšme tennistique
 

 

Article publié dans COURTS n° 15, automne 2023.

© Nils Martenet

L’Artengo Ă  trois temps

© Gary Romagny

En devenant le sponsor raquette et textile de GaĂ«l Monfils dĂ©but 2022, Artengo – marque de Decathlon dĂ©diĂ©e au tennis – a posĂ© la plus grande pierre Ă  date d’une stratĂ©gie amorcĂ©e en 2017 et trĂšs bien engagĂ©e en 2023 : devenir une rĂ©fĂ©rence auprĂšs des sportifs professionnels et amateurs, tout en conservant son image de marque accessible.

Tout commence au premier Ă©chelon de la pyramide. En 2017, Artengo dĂ©cide de s’entourer de coaches, de joueurs nĂ©gatifs (classĂ©s 0 jusqu’à numĂ©rotĂ©s français) et de quelques joueurs professionnels (Steve Darcis, Oliver Marach) pour tester gratuitement leur matĂ©riel et ainsi collecter des axes d’amĂ©lioration. Le cercle vertueux est enclenché : plus les retours d’expĂ©rience s’accumulent, plus Artengo optimise le dĂ©veloppement de ses produits, plus les cibles potentielles montent en gamme


À l’étage supĂ©rieur de la pyramide se trouvent les juniors : Artengo se met en tĂȘte d’avoir « un reprĂ©sentant sur chaque grand tournoi junior » et, Ă  terme, de signer « parmi les 5 meilleurs au monde dans chaque catĂ©gorie d’ñge ». Leur approche, rĂ©solument familiale, est Ă  l’opposĂ© des mastodontes Wilson et autres Babolat, qui occupent l’essentiel du marché : Artengo se veut proche de ses jeunes, avec des interlocuteurs personnalisĂ©s pour aller rencontrer chacun d’entre eux Ă  l’entraĂźnement, les suivre rĂ©guliĂšrement en tournoi et monitorer leurs rĂ©sultats. GrĂące Ă  leur rĂ©seau de coaches, activĂ© en premier rideau de la stratĂ©gie globale, Artengo bĂ©nĂ©ficie d’un Ɠil avisĂ© et donc de recommandations en avant-premiĂšre. Parmi leur effectif se trouvent ainsi aujourd’hui le champion de France 15-16 ans Heremana Courte, la vice-championne de France 11-12 ans Lou Sciacaluga, ou encore Elisa Rohrbach, la meilleure joueuse nĂ©e en 2009 Ă  l’heure actuelle.

Mais c’est bien tout en haut de la pyramide ou presque, avec GaĂ«l Monfils, encore aux portes du top 10 en sortie de pĂ©riode confinement, qu’Artengo passe un vĂ©ritable palier. La marque rĂ©ussit Ă  se glisser dans la sĂ©ance de test de raquettes Ă  l’aveugle du numĂ©ro 1 français. Verdict : c’est la raquette TR960 d’Artengo, peinte en noire, qui rafle la mise ! Sans aucun apriori, Monfils se lance dans l’aventure avec la perspective excitante de devenir le premier joueur professionnel de ce niveau Ă  jouer en Artengo. Le cĂŽtĂ© « start-up » l’attire : il Ă©change avec les ingĂ©nieurs, s’implique directement dans l’ultra-personnification de sa raquette. Il devient le nouveau visage d’Artengo – et de Decathlon – pour le grand public.

© Gary Romagny

Avec son nouvel outil de travail, et habillĂ© en Artengo de la tĂȘte aux pieds, Monfils rĂ©alise des dĂ©buts en fanfare. À AdĂ©laĂŻde, il « claque » le titre dĂšs son premier tournoi de l’annĂ©e, puis enchaĂźne par un deuxiĂšme quart de finale en carriĂšre (2016, 2022) Ă  l’Open d’Australie. Sur le circuit, les performances de Monfils en Artengo ne passent pas inaperçues : plusieurs joueurs du top 20 mondial, curieux, se surprennent Ă  essayer sa raquette Ă  l’entraĂźnement. Quelques mois plus tard, c’est Daria Kasatkina, alors top 30, qui tombe amoureuse du modĂšle TR990 POWER Artengo lors de tests Ă  l’aveugle. DeuxiĂšme signature d’envergure d’Artengo, elle atteint les demi-finales Ă  Roland-Garros dans la foulĂ©e et casse la barriĂšre du top 10. Le succĂšs est total.

Avec 350 clubs partenaires en France, tous rattachĂ©s Ă  un Decathlon local, et un partenariat avec la French Touch Academy depuis deux ans, la stratĂ©gie de ruissellement d’Artengo Ă©volue de maniĂšre exponentielle. Également fournisseuse officielle de balles pour l’ATP 250 de Metz depuis de longues annĂ©es, et dĂ©sireuse de dĂ©crocher d’autres tournois en Europe (Italie, Allemagne
), la marque est de plus en plus gage de haut niveau pour le consommateur.

Prochaines Ă©tapes pour Artengo ? Continuer d’accompagner Monfils jusqu’à la fin de sa carriĂšre, lui qui se voit jouer jusqu’à quarante ans. Le renouvellement du contrat de Kasatkina, engagĂ©e sur une pĂ©riode de deux ans, est aussi une prioritĂ© majeure. La jeune Panna Udvardy est un atout de plus dans la manche d’Artengo. D’autres top joueurs pourraient suivre – un « Next Gen » top 100, par exemple – et ainsi continuer d’inspirer les juniors Ă  rejoindre leurs rangs. L’Artengo Ă  trois temps ne fait que dĂ©buter.   

 

Article publié dans COURTS n° 15, automne 2023.

Manchot empereur, une espĂšce en voie de disparition

Richard Gasquet, Open d'Australie 2021 (© Antoine Couvercelle)

« J’ai dĂ» apprendre Ă  utiliser tous mes coups, savoir choisir celui qu’il faut au bon moment. L’avantage de Marat (Safin), Lleyton (Hewitt) ou Andy (Roddick), c’est qu’ils avaient dĂ©jĂ  leurs jeux en place. »

Telle avait Ă©tĂ© l’analyse de Roger Federer, avec du recul, pour expliquer son Ă©closion plus tardive que certains rivaux de sa gĂ©nĂ©ration, titrĂ©s en Grand Chelem et numĂ©ros 1 mondiaux avant lui. Lorsqu’on a autant de choix dans son bestiaire, il est parfois difficile de savoir quand lĂącher le bon prĂ©dateur pour attaquer, ou le chien de garde adĂ©quat pour repousser les offensives adverses. Au point que ça puisse ĂȘtre la jungle sous le crĂąne, a fortiori avec la pression de la compĂ©tition.

Parmi cette faune, le Suisse aux 20 titres du Grand Chelem disposait d’un animal majestueux : le revers Ă  une main. « Pour moi, le revers Ă  une main a toujours Ă©tĂ© le “classic-shot” du tennis, a dĂ©clarĂ© StĂ©fanos TsitsipĂĄs en confĂ©rence de presse du Masters 1000 de Paris-Bercy 2023. Sampras, l’un de mes joueurs favoris, avait un revers Ă  une main. Je regardais aussi Federer quand j’Ă©tais petit. » Pour l’anecdote, le Grec a eu besoin d’un peu de temps avant de se dĂ©cider Ă  imiter ses idoles.

« Enfant, je faisais aussi le revers Ă  deux mains, a-t-il rĂ©vĂ©lĂ© Je changeais chaque jour. Le lundi je faisais Ă  une main, le lendemain Ă  deux mains. Un jour, un des entraĂźneurs du club m’a dit : “Stef, tu dois choisir maintenant.” Je ne sais plus quel Ăąge j’avais, 8 ou 9 ans. Dans la voiture, en rentrant Ă  la maison avec mon pĂšre, j’ai dit : “Tu sais quoi ? Je vais choisir le revers Ă  deux mains.” DĂšs le lendemain, j’ai jouĂ© Ă  un main pour de bon (rires). » Sur le circuit, le surnommĂ© Tsitsi est l’un des derniers « manchots », un espĂšce en voie de disparition.

Stéfanos Tsitsipås, Paris-Bercy 2023 (© Antoine Couvercelle)

« Pour moi, le revers Ă  une main a toujours Ă©tĂ© le “classic-shot” du tennis »

La semaine du 30 octobre 2023, le top 100 n’en comptait plus que onze en plus de l’AthĂ©nien : Grigor Dimitrov, Lorenzo Musetti, Christopher Eubanks, Daniel Evans, Dusan Lajović, Daniel Atlmaier, Christopher O’Connell, Richard Gasquet et Denis Shapovalov. Dominic Thiem pointant lui au 108e rang. Et surtout, la majoritĂ© d’entre eux a le coup droit pour point fort. Si Musetti, 21 printemps, trĂšs Ă  l’aise avec cette frappe, a encore de trĂšs belles saisons devant lui, les jours sont comptĂ©s pour Gasquet et Wawrinka, respectivement 37 et 38 balais. Une fois ces deux artistes du mono-mano Ă  la retraite, un grand vide sera laissĂ© sur le circuit.

Y compris sur le plan esthĂ©tique. Certes, ce n’est qu’affaire de sensibilitĂ© personnelle. Les revers sautĂ©s de Shapovalov et les caramels bien salĂ©s – notamment long de ligne avec un effet fuyant vers l’extĂ©rieur – de Thiem, qui Ă©tait devenu trĂšs percutant avant sa blessure, ont de la gueule. Mais leur prĂ©paration avec le bras directeur toujours tendu a moins de traits racĂ©s que les coups de pinceaux de Wawrinka et Gasquet, bras pliĂ© Ă  l’amorce, avec plus « d’enroulĂ© » et d’amplitude dans la gestuelle globale.

Pour reprendre le flambeau d’icĂŽne de du « classic-shot », Musetti, avec sa technique plus proche de celle du duo franco-suisse, va toutefois devoir franchir encore quelques caps importants. Et produire de sĂ©rieuses Ă©tincelles pour raviver les flammes du revers Ă  une main frappĂ©, proche d’ĂȘtre rĂ©duit en cendres une fois les prĂ©nommĂ©s Stanislas et Richard tranquillement installĂ©s en pantoufle devant leurs cheminĂ©es. « FrappĂ© », car, oui, d’autres, comme Dimitrov s’attirent les louanges avec leurs revers. Mais davantage pour leur slice.

Lorenzo Musetti, US Open 2022 (© Antoine Couvercelle)

Gasquet et Wawrinka, les derniers maĂźtres

« Pour moi, ça a toujours Ă©tĂ© trĂšs naturel de slicer, a confiĂ© le Bulgare devant les journalistes Ă  Paris-Bercy en 2023, aprĂšs sa victoire contre Hubert Hurkacz en quart de finale. Ça a probablement Ă©tĂ© l’un des premiers coups que j’ai appris Ă  faire. Je pense que ça fonctionne dans beaucoup de conditions diffĂ©rentes, Peu importe la vitesse du court, la hauteur du rebond, le slice aide Ă  prĂ©parer un point. Mais ça dĂ©pend aussi du joueur que vous affrontez. Le slice n’est pas toujours aussi efficace. »

Parce que l’utilisation Ă  outrance du slice est aussi due Ă  une faiblesse – relative Ă  haut niveau, mais sur laquelle les cadors savent appuyer – du revers Ă  une main frappĂ©. Sans ĂȘtre une arme fatale. Y compris pour des les rois du genre. Dans l’article Sa MajestĂ© le slice, signĂ© RĂ©mi BourriĂšres et publiĂ© dans Courts numĂ©ro 11, une statistique est Ă©loquente : seulement  49,1 % de points gagnĂ©s par Federer quand il utilisait cet effet ; 51,5 % pour Dimitrov (Ă  l’époque). Si, par exemple, il faut Ă©viter de donner des cartouches Ă  Gasquet et Wawrinka sur leurs revers, il est en revanche de bon aloi d’insister sur celui de Dimitrov.

« Son revers a toujours Ă©tĂ© son point faible, comparĂ© Ă  son coup droit, avait analysĂ© l’expert tactique Novak Djokovic, avant de battre le natif d’Haskovo en demi-finale Ă  Bercy en 2019. MĂȘme s’il a progressĂ©, notamment lors des derniers mois, la plupart des joueurs essayent d’attaquer ce cĂŽtĂ© vulnĂ©rable de son jeu. » Une problĂ©matique similaire pour TsitsipĂĄs, seul virtuose du top 10 jouant de son instrument Ă  corde Ă  une main, qui plus est avec un slice de bien moins bonne qualitĂ©. Trop souvent plus flottant que rasant.

La nature n’aimant pas le vide, peut-ĂȘtre que d’ici quelques annĂ©es d’autres phĂ©nomĂšnes Ă  une main surgiront. En attendant, profitons des coups de pattes de Stan Wawrinka et Richard Gasquet. Les deux derniers manchots empereurs.

Stan Wawrinka, Roland-Garros 2015 (© Ray Giubilo)

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Diamond Dome Tennis Courts

© Lux Tennis

Jouer au tennis dans les plus beaux endroits de la planĂšte avec Carlos Alcaraz ou Martina Hingis : c’est le programme de rĂȘve que propose LUX Tennis. On a voulu en savoir plus
 Et, raquette en main, dĂ©couvrir les courts et l’univers merveilleux de trois hĂŽtels d’exception : la RĂ©serve GenĂšve, le BĂŒrgenstock Resort Lake Lucerne et l’Evian Resort.

 

« C’est un rĂȘve d’ĂȘtre ici, sur le court Arthur Ashe, et non dans ces tribunes d’oĂč je regardais Serena Williams jouer lorsque j’étais encore junior ! » Lorsqu’elle Ă©voque la sacro-sainte enceinte de l’US Open, ses 23 000 places, sa rumeur, sa dĂ©mesure et ses lĂ©gendes, Iga Úwiątek a les yeux qui pĂ©tillent. C’était son rĂȘve Ă  elle, mais c’est peut-ĂȘtre aussi le vĂŽtre. Le nĂŽtre. Peu importe ! On rĂȘve tous d’un endroit ou d’un autre oĂč taper la petite balle jaune.

Pour certains, ce sont les grands courts dans toute leur majestĂ©. Pour d’autres, ce sont des terrains du bout du monde
 Celui de Bunabhainneadar, le plus cĂ©lĂšbre court de tennis d’Harris Island, en Écosse, oĂč l’on fait plus Ă©quipe Ă  deux contre le vent, la pluie et les embruns plutĂŽt que l’on ne s’affronte. Ceux d’Olhahali, aux Maldives, oĂč l’on tape en couleurs sur un court bleu, que bordent le vert des palmiers et le blanc d’un sable lĂ©chĂ© par le turquoise de l’ocĂ©an Indien. Ou celui de Singita Sabora Camp, en Tanzanie, que nos lecteurs les plus fidĂšles connaissent forcĂ©ment. Si si, c’est ce court en pleine savane, en Une du numĂ©ro 1 de votre magazine prĂ©fĂ©ré !

On ne joue pas seul, et on ne joue pas seulement avec quelqu’un, mais on joue quelque part.

© La Réserve GenÚve

D’un practice avec Rafael Nadal aux plus beaux hîtels de la planùte

C’est ce qu’a bien compris Joan Soler, fondateur de LUX Tennis. Lui a eu la chance de soulever l’ocre de la plus belle ville du monde. Ancien joueur de bon niveau, -15, 1300e mondial Ă  l’ATP, vainqueur de quelques matchs sur le circuit Future en 2016, il s’est confrontĂ© un peu tardivement au milieu du tennis professionnel. « J’ai pu voyager, jouer quelques tournois, mais j’avais dĂ©jĂ  passĂ© la vingtaine. J’ai essayĂ© pendant un petit moment, j’ai vu ce qu’était le circuit Future, j’ai jouĂ© pas mal de tournois en France, des CNGT
 J’ai mĂȘme affrontĂ© de bons joueurs, parfois autour de la 200e place mondiale ! Bref, c’était une belle expĂ©rience. » Avec un joli rĂȘve au bout : jouer Ă  Paris, porte d’Auteuil. Et face Ă  Rafael Nadal. « Oui (rires), j’ai Ă©tĂ© sparring-partner Ă  Roland-Garros pendant cinq ans et j’ai pu jouer avec Rafa pendant une heure la veille de sa finale, en 2017, pour sa decima. Je garde vraiment plein de superbes images de ces moments en tĂȘte ! Cela m’a ouvert des portes et c’est peut-ĂȘtre aussi grĂące Ă  ça que j’ai pu crĂ©er LUX Tennis  »

Car son rĂȘve premier, tout du moins son envie profonde, sa vocation, c’était de faire du tennis son travail. « J’ai toujours voulu lier les deux, le travail et le tennis. Il y a eu, forcĂ©ment, l’ambition d’en faire un mĂ©tier et de devenir pro pendant un petit moment, mais j’ai vite fait le choix de bifurquer et de ne pas m’enliser. Devenir coach ? Pas forcĂ©ment. Mais ĂȘtre directeur sportif d’un club, pourquoi pas  » Ou crĂ©er sa propre maniĂšre de concilier son sport et son activitĂ© professionnelle ? C’est LUX Tennis, qu’il lance en 2018 avec son associĂ© de toujours, Tony Rajaobelina, ancien -30, qui a dĂ©fendu les couleurs de Madagascar en Coupe Davis. « C’est lui qui m’a fait venir pour l’aider dans un hĂŽtel aux Maldives, oĂč il Ă©tait directeur tennis. Cette expĂ©rience m’a permis de dĂ©couvrir ce milieu du coaching tennis en hĂŽtel. J’ai dĂ©cidĂ© de me lancer lĂ -dedans en rentrant en France et j’ai trĂšs vite demandĂ© Ă  Tony s’il voulait faire partie de l’aventure. »

Le tennis dans les plus beaux endroits du monde, c’est un peu leur concept. « LUX Tennis manage et gĂšre le tennis pour les hĂŽtels les plus prestigieux du monde », confirme Joan. « L’hĂŽtel nous donne les clefs du club de tennis et on le dĂ©veloppe de maniĂšre Ă  ce qu’à terme, le client ait envie de venir prĂ©cisĂ©ment dans cet hĂŽtel pour jouer au tennis. » Un rĂȘve Ă©veillé ? « C’est sĂ»r que les terrains de tennis sont souvent dans des endroits exceptionnels. On ne travaille qu’avec des hĂŽtels 5 Ă©toiles et des Ă©tablissements qui ont le label Palace. Des environnements paradisiaques ! »

 

Jouer au tennis aux Maldives
 Un rĂȘve ?

Lesquels ? Jumeirah Ă  Olhahali, aux Maldives. La Residencia, Ă  Majorque. L’Anantara Layan Phuket Resort, en ThaĂŻlande. Au total, 35 hĂŽtels et resorts dans le monde, dont 10 aux Maldives : LUX Tennis est leader en Europe du management de tennis pour l’hĂŽtellerie de l’ultra-luxe. « Ces hĂŽtels doivent proposer des services pour se dĂ©marquer de la concurrence. Et ces services ne peuvent qu’ĂȘtre aussi exceptionnels qu’irrĂ©prochables. C’est la raison pour laquelle ils les confient Ă  des spĂ©cialistes dans leur domaine, que ce soit pour la plongĂ©e, le fitness, le spa
 ou le tennis, avec nous. » 

LUX Tennis gĂšre le club de tennis de l’hĂŽtel et cela va du choix des balles, des raquettes et des bĂąches pour habiller les courts, Ă  la crĂ©ation de Pro Shops, en passant par le systĂšme de rĂ©servation des courts ou les Ă©vĂ©nements ponctuels.

Et les coachs, bien sĂ»r ! Avec un catalogue d’entraĂźneurs de trĂšs, trĂšs haut niveau. « C’est notre gros challenge : recruter des coachs de qualitĂ©. Tous ceux que l’on envoie dans les hĂŽtels ont Ă©tĂ© nĂ©gatifs ou classĂ©s Ă  l’ATP. Cela peut ĂȘtre un joueur qui a Ă©tĂ© 300e mondial ou un coach expĂ©rimentĂ©, parfaitement bilingue, trĂšs Ă  l’aise avec cette clientĂšle. » Trois mois, une saison, un an, deux ans : ces coachs voyagent et font rĂ©sonner le bruit des cadres et des cordages dans ces paradis sur terre. Cours collectifs et leçons privĂ©es, ils sont de vĂ©ritables ambassadeurs de LUX Tennis au quotidien
 aux cĂŽtĂ©s de David Ferrer et Martina Hingis, les ambassadeurs historiques de la marque. Des noms illustres qui mouillent le maillot tout au long de l’annĂ©e et ont mĂȘme créé, pour LUX Tennis, des programmes d’entraĂźnement conçus Ă  partir de leur propre expĂ©rience.

© BĂŒrgenstock Hotels AG

La RĂ©serve GenĂšve : voyage sur les berges du LĂ©man
 et bien au-delĂ 

RĂȘver, c’est bien. Voir, sentir, toucher, c’est mieux. Rendez-vous pris, cet Ă©tĂ©, Ă  la RĂ©serve GenĂšve pour initier le parcours unique d’un amoureux du tennis qui souhaiterait taper la balle au bord de lacs alpins, entre HelvĂ©tie et Haute-Savoie


Une invitation au voyage. « LĂ , tout n’est qu’ordre et beautĂ©, Luxe, calme et voluptĂ©. »* Le LĂ©man est ici, Ă  cĂŽtĂ©. On entend son ressac, on aperçoit ses reflets bleus. GenĂšve Ă©galement, pas loin. Mais on ne l’entend pas, et on l’oublierait presque
 Car on pĂ©nĂštre dans ce petit Ă©crin de verdure, les raquettes Ă  la main, comme on entre dans un autre monde. « La RĂ©serve GenĂšve a Ă©tĂ© pensĂ©e comme un lodge », explique-t-on Ă  la direction de l’Ă©tablissement. Moquette en lĂ©opard, lampes et oiseaux Ă  foison, verdure Ă  l’extĂ©rieur, verdure Ă  l’intĂ©rieur avec cet arbre dans le Loti, l’un des trois restaurants de l’hĂŽtel, qu’envahissent les fougĂšres et les fleurs exotiques. Et les mots de Baudelaire le cĂšdent Ă  ceux de Pierre Loti, Ă©crivain voyageur
 « La forĂȘt, la jungle. Et le jour se lĂšve pour moi sur un monde de branches et d’herbages, sur un ocĂ©an d’éternelle verdure, sur un infini de mystĂšre et de silence, dĂ©ployĂ© Ă  mes pieds jusqu’aux lignes extrĂȘmes de l’horizon. »**

Un bien joli voyage comme celui qu’offre, vers l’ExtrĂȘme-Orient, l’un des autres restaurants de la RĂ©serve GenĂšve, le TsĂ© Fung, l’unique chinois Ă©toilĂ© en Suisse. À la baguette ? Le chef Frank Xu qui raconte une histoire cantonaise dans l’atmosphĂšre d’un palace du ShanghaĂŻ des annĂ©es 30.

 

« La RĂ©serve GenĂšve a Ă©tĂ© pensĂ©e comme un lodge » 

Mais avant d’aller faire rĂ©sonner le bruit des balles dans la quiĂ©tude de cette rĂ©serve exotique, il faut prolonger un peu le plaisir d’une tranquillitĂ© absolue au spa. « Il s’agit du plus grand spa genevois dans un hĂŽtel : 16 cabines de soin, 2500 mÂČ, une salle de fitness Ă  la lumiĂšre du jour, deux autres salles dynamiques pour des cours collectifs et privĂ©s qu’animent les cinq personal trainers de la RĂ©serve  » Au programme : massage 5 Ă©toiles, sĂ©ance d’ostĂ©opathie, bilan prĂ©-tennis dans le calme, l’élĂ©gance et la discrĂ©tion. Et cette piscine intĂ©rieure
 

Car si le cadre alpin pousse aux sorties en raquettes l’hiver ou Ă  la randonnĂ©e l’étĂ©, c’est aussi pour le tennis qu’on va Ă  la RĂ©serve GenĂšve. Depuis le spa, on monte vers les deux courts dans la pelouse en resserrant la main sur son grip en prĂ©vision des efforts Ă  venir. « Avec notre partenaire LUX Tennis, on anime et bonifie merveilleusement nos installations tennistiques. Les Genevois viennent ici pour une journĂ©e hors de la ville. Les clients de l’hĂŽtel et les membres de notre spa peuvent prendre des cours privĂ©s de tennis ou profiter des cours collectifs d’étĂ© comme d’hiver avec des coachs de haut niveau, puisqu’on met une bulle sur l’un des courts au retour du froid. »

La RĂ©serve GenĂšve a fĂȘtĂ© ses 20 ans cette annĂ©e. On y passerait bien deux dĂ©cennies, mais on n’a que quelques jours
 Il est temps de partir. Des adieux Ă  la hauteur de la chaleur et de la gentillesse de l’accueil : direction le petit ponton privĂ© en contrebas de l’hĂŽtel sur le lac LĂ©man. Le motoscafo de l’établissement nous emmĂšne alors gratuitement en centre-ville pour la suite de notre pĂ©riple ! 

© BĂŒrgenstock Hotels AG

Le BĂŒrgenstock Resort Lake Lucerne : il Ă©tait une fois


La suite, c’est un autre lac de la patrie de Roger Federer et Stanislas Wawrinka. Le lac des Quatre-Cantons, le fief de Martina Hingis. Un fief qui fut aussi celui d’Audrey Hepburn ou de Sofia Loren. Un fief qui nous fait voyager non seulement dans l’espace d’une montĂ©e en altitude tant lĂ©gĂšre qu’onirique, mais aussi dans le temps. Vous l’avez compris, au BĂŒrgenstock Resort Lake Lucerne, l’histoire s’écrit en noir et blanc. Une institution hors du temps, des chronos, des agendas et des calendriers sur les hauteurs de ce sommet des Alpes du canton de Nidwald, Ă  laquelle on accĂšde par une petite route Ă©troite qui ne laisse deviner Ă  aucun moment l’immensitĂ© de ce que l’on va dĂ©couvrir.

« C’est un resort inĂ©galable, unique en Europe et dans le monde », confirme Lauriane Zosso, responsable de la communication. Pourquoi ? « Par sa situation ! » À 500 mĂštres d’un des plus beaux lacs de Suisse, perchĂ© sur une montagne, qu’entourent les prĂ©s, les vaches, le ciel, la majestĂ© des Alpes avec, Ă  ses pieds, ce petit bijou bleu
 « Il y a la vue Ă©poustouflante, mais tout ce qui va avec Ă©galement : le calme, cette ambiance naturelle si particuliĂšre, les cloches des vaches, la nature partout, tout le temps, et des infrastructures exceptionnelles : nos deux hĂŽtels, le spa sur trois Ă©tages et 10 000 mÂČ, la grande piscine extĂ©rieure historique, nos sept restaurants, notre golf et nos courts de tennis, ainsi que les innombrables activitĂ©s extĂ©rieures : le chemin des falaises, accessible en poussette, les balades Ă  vĂ©lo, Ă  pied  »

« Beyond imagination ». Au-delĂ  de l’imaginable. Ce sont les termes retenus pour Ă©voquer le 150e anniversaire du BĂŒrgenstock, cette annĂ©e. 150 annĂ©es inimaginables d’un esprit pionnier qui y a créé le plus haut ascenseur extĂ©rieur d’Europe, le deuxiĂšme plus ancien golf de Suisse et le premier funiculaire Ă©lectrique du pays qui monte et descend au catamaran faisant la navette sur le lac, pour rendre accessible cet endroit inaccessible. 

 

Les plus beaux courts du monde ?

Les courts de tennis sont Ă  la hauteur. C’est le mot : trĂšs loin, lĂ -haut, Ă  l’altitude des courts rĂȘvĂ©s sur lesquels on veut jouer un jour, au moins une fois dans sa vie. « À l’instar du golf, c’est un des premiers Tennis Clubs de Suisse en montagne. On a eu toutes les cĂ©lĂ©britĂ©s des annĂ©es 50-60, notamment Audrey Hepburn, notre Ă©gĂ©rie, qui adorait ce sport. » Au BĂŒrgenstock, les diamants ne sont pas sur canapĂ©, mais posĂ©s dans cet Ă©crin naturel : trois courts, un extĂ©rieur qu’encadrent ces deux courts intĂ©rieurs mythiques, les Diamond Domes. Des terrains rĂ©putĂ©s dans le monde entier pour leur architecture spectaculaire, en diamant, faite avec du bois de la rĂ©gion, ouvrant sur les champs, les prairies et la verdure Ă  l’infini


Si Kant dĂ©finit le sublime comme mathĂ©matique ou dynamique, c’est surtout l’étymologie qui l’évoque le mieux au BĂŒrgenstock Resort Lake Lucerne : « sublimis » en latin, « suspendu dans les airs ». 

À l’image du spa, immense, oĂč l’on trouve tout ce que l’on peut vouloir trouver
 À manger, Ă  boire, du frais, du chaud, des matelas avec vue sur le lac, des chambres de relaxation, le sauna avec vĂ©randa panoramique, la piscine hollywoodienne, la piscine Ă  dĂ©bordement que deux doigts semblent dĂ©licatement tenir au-dessus du paysage. On y est partout en mĂȘme temps, en Suisse, en Scandinavie, en AmĂ©rique du Sud
 ailleurs, tout simplement. 

Ailleurs, comme dans les restaurants, sept Ă©tablissements aux concepts authentiques tous diffĂ©rents, que dirige Mike Wehrle, Corportate Culinary Director du resort depuis 2017. L’assiette, le verre et la sĂ©rĂ©nitĂ© d’un moment au-dessus des nuages comme dans le Spices Kitchen & Terrace… Sans parler des bars, dont le somptueux Lakeview Bar & Cigar Lounge, oĂč l’on achĂšte ses cigares et l’on sirote son whisky en contemplant la vue ! 

Une vue que l’amoureux du tennis doit se rĂ©soudre Ă  quitter. Et s’il aura eu le temps de tester son swing dans la montagne, c’est surtout pour pouvoir briller sur les greens et les courts de tennis d’une autre institution oĂč l’emmĂšne LUX Tennis


© Evian Resort

L’Evian Resort : vivons jeunes !

Retour sur les rives du LĂ©man, cĂŽtĂ© Sud et français cette fois-ci, Ă  l’hĂŽtel Royal de l’Evian Resort. Il y a d’abord le charme d’Évian-les-Bains, de ses thermes et de la boutique Ă©ponyme oĂč l’on peut personnaliser sa bouteille d’eau. Une bouteille Courts plus tard, on prend la route du resort et de son parc boisĂ©. Une forĂȘt verdoyante de 15 hectares qui invite l’art jusque dans la nature avec des Ɠuvres naturelles dissĂ©minĂ©es un peu partout
 Avant de dĂ©couvrir, enfin, l’hĂŽtel Royal, ses 5 Ă©toiles, son label Palace et ses 150 chambres, Ă  deux pas du golf, des courts de tennis et de l’hĂŽtel Ermitage, son petit frĂšre Ă  quatre Ă©toiles. 

 

Un complexe tennistique d’exception

Au Royal, tout est douceur, fraĂźcheur, couleurs pastel et raffinement. Des qualitĂ©s qui auraient dĂ» ravir le roi Edouard VII d’Angleterre, en l’honneur duquel il fut nommĂ© en 1909
 mais qui n’aura jamais pu profiter de l’appartement qui lui Ă©tait rĂ©servĂ©, terrassĂ© en 1910 par une sĂ©rie de crises cardiaques – et les 40 cigares et cigarettes qu’il fumait chaque jour.

Les Ă©chos de l’Histoire, avec un grand H, s’écoutent dans chaque recoin, chaque couleur et chaque chambre du Royal. Il y a l’architecture, celle d’HĂ©brard, qui en fit longtemps le plus bel hĂŽtel d’Europe. Il y a ses visiteurs qui contribuent Ă  sa lĂ©gende depuis plus d’un siĂšcle : Marcel Proust, Sacha Guitry, Greta Garbo, Edith Piaf, des rois, des reines, des sultans et des maharadjas
 Il y a cette dĂ©coration oĂč tout respire, du bar en forme de rotonde que cerclent d’immenses baies vitrĂ©es jusqu’aux salles des restaurants, qui se succĂšdent le long du grand hall : les Fresques et son Ă©toile au guide Michelin, la VĂ©randa… 

La piscine Ă  dĂ©bordement en forme de piano chante la musique d’une plĂ©nitude que l’on ressent souvent devant le beau. Devant l’unique. 

Mais si l’on ne peut se priver de barboter quiĂštement, l’on a surtout hĂąte de dĂ©couvrir les terrains de tennis. Un couvert, trois extĂ©rieurs, du green set et du gazon synthĂ©tique, deux pistes de Padel, un city stade, un espace de jeux pour occuper les enfants pendant que les parents tapent la balle
 À la baguette de la rĂ©novation des courts, LUX Tennis y a aussi créé un Pro Shop oĂč s’équiper (et acheter des tee-shirts et des magazines Courts). Et, parce qu’on ne peut imaginer un sĂ©jour Ă  Evian sans entraĂźner ses putts, on va forcĂ©ment faire un tour du cĂŽtĂ© de l’Academy, l’école de golf
 Juste avant de se dĂ©tendre au spa !

© Edouard Guibaud

RĂȘver avec LUX Tennis
 et jouer avec Carlos Alcaraz ?

Disons-le Ă  nouveau, un peu diffĂ©remment : au tennis, on joue quelque part. Mais aussi avec quelqu’un
 Si le rĂȘve d’un amoureux de ce sport le mĂšne de la RĂ©serve de GenĂšve au BĂŒrgenstock, avant de revenir en France, peut-ĂȘtre ce rĂȘve serait-il encore plus beau si son partenaire Ă©tait numĂ©ro un mondial ou joueur du Top 10 ?

Et si
? « C’est un service rĂ©cent que l’on propose aux hĂŽtels, que l’on a nommĂ© LUX Tennis Star Events », dĂ©veloppe Joan Soler, le fondateur de LUX Tennis. « Faire en sorte que ceux-ci permettent Ă  leurs clients de jouer avec des stars ou d’anciennes stars du tennis. L’annĂ©e derniĂšre, on a organisĂ© 18 Ă©vĂ©nements. » Les plus heureux ont ainsi pu taper la balle avec Carlos Alcaraz Ă  l’Abama Resort, Ă  Tenerife, et Iga Úwiątek Ă  Cap Juluca, sur l’archipel d’Anguilla. Oui. Avec Mary Pierce aux Maldives. Avec Guy Forget Ă  la RĂ©serve de GenĂšve. Avec Martina Hingis, pendant une semaine, Ă  l’Interalpen-Hotel Tyrol. « Martina jouait 1h30 par jour avec les clients de l’hĂŽtel, qui ont Ă©galement eu des temps d’échanges avec elle. » La Suissesse est dĂ©jĂ  venue Ă  la RĂ©serve de GenĂšve deux fois, une fois Ă  l’Evian Resort et une autre fois au BĂŒrgenstock. David Ferrer, de son cĂŽtĂ©, a Ă©galement fait le BĂŒrgenstock et Ă©tait prĂ©sent, mi-octobre, Ă  la RĂ©serve. Iva Majoli et Sabine Lisicki joueront sous les fameux Diamond Domes en octobre et novembre 2023. Enfin, sont Ă©galement annoncĂ©s Alexander Zverev au Patina Maldives. Et Carlos Alcaraz, une nouvelle fois.

 

Guy Forget Ă  la RĂ©serve de GenĂšve, Majoli et Lisicki au BĂŒrgenstock, Chang Ă  Evian


« Si beaucoup de ces Ă©vĂ©nements sont rĂ©servĂ©s aux clients de l’hĂŽtel, on organise aussi des sessions publiques », continue Joan Soler. « Quand on a fait jouer David Ferrer Ă  la Residencia, Ă  Majorque, les gens du coin pouvaient rĂ©server leur leçon avec lui et les passionnĂ©s prendre un Airbnb Ă  cĂŽtĂ© pour participer. » Michael Chang est ainsi venu au Royal, Ă  Evian, cette annĂ©e, pour un cours forcĂ©ment mĂ©morable. « Tu es Ă  Evian, ou dans le coin, tu as Michael Chang qui vient Ă  cĂŽtĂ©, tu as cette occasion unique de jouer avec lui ! Peu importe le niveau, tu joues, tu discutes, tu repars avec ta photo, ta casquette ou ton polo signĂ©s
 C’est une expĂ©rience rĂȘvĂ©e pour un amoureux de tennis. »

Une expĂ©rience qui se dĂ©veloppe toujours plus. L’avenir pour LUX Tennis ? « S’implanter aux États-Unis et dans les CaraĂŻbes. Mais aussi dĂ©velopper nos services pour des clients privĂ©s. On propose dĂ©jĂ  beaucoup de choses en ce sens : un client qui voyage Ă  Paris pour le travail, qui veut prendre un cours de tennis ou taper la balle, peut nous contacter. On lui trouve un coach, des courts
 On travaille Ă  dĂ©velopper nos activitĂ©s pour le particulier, Ă  travers un membership qui verra bientĂŽt le jour. » 

En attendant, on a rĂȘvĂ© les yeux ouverts, quelques jours durant, sur ces “diamond courts” si prĂ©cieux des lacs LĂ©man et de Lucerne. Et on les ferme encore aujourd’hui pour songer Ă  d’autres joyaux sur le golfe d’Oman, l’üle Maurice ou la Riviera Maya. Avec le numĂ©ro un mondial de nos rĂȘves de l’autre cĂŽtĂ© du filet
 

 

*L’Invitation au voyage, Charles Baudelaire

**L’Inde (sans les Anglais), Pierre Loti

 

Article publié dans COURTS n° 15, automne 2023.

Le plus grand

© Antoine Couvercelle

Il m’aura fallu 12 annĂ©es de domination et 24 Grands Chelems pour me rendre Ă  l’évidence : Novak Djokovic est non seulement le plus grand statistiquement, mais il est aussi et surtout le plus grand tout court. Pourquoi cet Ă©clair de luciditĂ© soudain ? Peut-ĂȘtre parce que deux Grands Chelems de plus que Nadal, c’est l’assurance dĂ©finitive que son Ă©ternel rival, en fin de course, ne reviendra plus ; peut-ĂȘtre parce qu’il compte dĂ©sormais une moyenne hallucinante d’un Grand Chelem remportĂ© toutes les trois participations, 24 sur 72 ; peut-ĂȘtre parce que gagner l’US Open aprĂšs en avoir Ă©tĂ© banni l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, comme l’Open d’Australie en dĂ©but d’annĂ©e, c’est une maniĂšre parfaite de clore un chapitre qui aurait pu faire vaciller sa lĂ©gende, et qui aura fini par l’élever encore davantage ; peut-ĂȘtre parce que Kobe Bryant Ă©tait l’une de mes idoles et que l’hommage de Djokovic pour son ami regrettĂ© m’a Ă©mu aux larmes ; peut-ĂȘtre parce que Djokovic, l’annĂ©e de ses 36 ans, vient de sortir de son chapeau un quatriĂšme Petit Chelem, le deuxiĂšme en trois ans, un exploit que Federer et Nadal n’auront jamais pu accomplir dans leur trentaine ; peut-ĂȘtre tout simplement parce que la mienne approche, de trentaine, et qu’il est temps de trancher ce dĂ©bat qui a occupĂ© toute ma vingtaine.

Vous me direz : comment mesure-t-on la grandeur en tennis, et peut-on seulement la mesurer ? Dans cet essai, je


Froidement, prenons d’abord les chiffres. Le nerf de la guerre. Dans un futur proche, possiblement dĂšs 2024, Djokovic deviendra le premier membre d’un club unique : le 25-40-400 (25 Grands Chelems, 40 Masters 1000, 400 semaines passĂ©es Ă  la premiĂšre place mondiale). Vingt-cinq, quarante, quatre cents. Vingt-cinq, quarante, quatre cents ! Il faut se le rĂ©pĂ©ter plusieurs fois pour y croire. Pour la forme, ajoutons-y les 7 annĂ©es conclues tout en haut du classement (bientĂŽt 8 ?) ; les plus de 83 % de victoires en carriĂšre ; les plus de 250 victoires sur des pensionnaires du top 10
 Rien ne sert de toutes les citer : prenez n’importe quelle ligne statistique, celle Ă  laquelle vous ĂȘtes le plus sensible, et vous avez de fortes chances d’y retrouver Djokovic (loin) devant.

En comparaison directe avec ses co-stars du Big 3, Djokovic l’emporte Ă©galement sur (presque) tous les terrains. Dans les confrontations ? 27-23 contre Federer, 30-29 contre Nadal. Plus indicatif encore : depuis Wimbledon 2012, Djokovic est invaincu contre Federer en Grand Chelem (6-0) ; depuis l’US Open 2013, Djokovic est invaincu contre Nadal hors terre battue (10-0). L’avĂšnement du Serbe en 2011 reprĂ©sente le point de dĂ©part d’une longue procession dont l’on a toujours su – l’interlude 2016-2018 mis Ă  part – qu’elle le mĂšnerait Ă  son Mont Kopaonik : le statut de Greatest Of All Time par les chiffres.

© Virginie Bouyer

Par plusieurs exploits homĂ©riques qu’il partage avec lui-mĂȘme, Djokovic a donnĂ© de la substance Ă  ces chiffres. À la genĂšse des 12 annĂ©es de domination, il y a les 43 victoires consĂ©cutives, un record dans la configuration actuelle du circuit ; six mois en apesanteur oĂč il Ă©tait devenu impossible de battre un joueur jusque-lĂ  connu pour ses friabilitĂ©s mentales et physiques. Le Grand Chelem Ă  cheval sur 2015 et 2016, ensuite : jamais personne avant Djokovic, chez les hommes, n’avait dĂ©tenu les quatre Majeurs sur trois surfaces simultanĂ©ment. Comment le blĂąmer d’avoir fait un burn-out aprĂšs avoir brĂ»lĂ© le jeu ? Mais puisque Djokovic est insatiable de records, son retour au premier plan Ă  l’étĂ© 2018 correspond Ă  un autre Ă©popĂ©e fabuleuse, achevĂ©e Ă  Cincinnati : les neuf Masters 1000 en carriĂšre, tous tamponnĂ©s sur son passeport. L’amoureux des langues et des cultures aura mis un point d’honneur Ă  gagner Ă  Monte-Carlo et Rome, lĂ  oĂč Federer n’a jamais gagnĂ©, et Ă  Miami, Shanghai et Paris, lĂ  oĂč Nadal n’a jamais gagnĂ©. Enfin, il y a le presque Grand Chelem calendaire, en 2021, dont l’épilogue malheureux en finale de l’US Open contre Daniil Medvedev – une dĂ©faite sĂšche et des larmes humides – ne doit Ă©clipser le caractĂšre exceptionnel de la performance. De notre vivant, nous ne reverrons certainement jamais quelqu’un voler aussi prĂšs du Grand Chelem. Djokovic 2021, c’est la lĂ©gende d’Icare appliquĂ©e au tennis.

Quand « Nole » ne sera plus joueur de tennis, au-delĂ  du quantifiable, resteront les matches et les histoires. Son sourire en coin avant de planter Federer d’un retour gagnant assassin sur balle de match contre lui Ă  l’US Open 2011 ; le « This is Sparta! » hurlĂ© avec Gerard Butler dans les coursives du Arthur Ashe Stadium aprĂšs la finale de l’US Open 2015 ; ces deux balles de match sauvĂ©es, encore, et ce sourire en coin, toujours, au moment de toiser la foule hostile, un brin d’herbe dans la bouche, aprĂšs avoir triomphĂ© de Federer en finale de Wimbledon 2019 ; le troisiĂšme set monumental contre Nadal Ă  Roland-Garros 2021, en nocturne, qui aura indirectement levĂ© le couvre-feu en France ; ce combat de prĂšs de quatre heures contre Carlos Alcaraz, un jeune homme de 16 ans son cadet, en finale de Cincinnati 2023, parachevĂ© par un arrachage de chemisette Ă  la Hulk, comme en finale de l’Open d’Australie 2012 – comme pour rappeler qu’il est l’antagoniste ultime.

S’il fallait ne retenir qu’un match, et qu’une seule histoire, c’est justement l’Open d’Australie 2012 que je choisirais, tant il rĂ©unit tout. 5 h 53 inĂ©gales mais tellement prenantes contre le rival de sa deuxiĂšme partie de carriĂšre, Nadal. D’innombrables retournements de situation et une victoire inĂ©luctable de Djokovic 7-5 au cinquiĂšme. Leurs jambes qui lĂąchent les deux rivaux lors de la cĂ©rĂ©monie de remise des trophĂ©es. Et puis l’aprĂšs. Un deuxiĂšme match aprĂšs le match. Retenu pendant prĂšs de deux heures au contrĂŽle anti-dopage car totalement dĂ©shydratĂ©, Djokovic, qui ne boit pas d’alcool, est contraint de descendre une biĂšre pour accĂ©lĂ©rer le processus. Lorsqu’il est enfin libĂ©rĂ©, il est 3h30 du matin en Australie. Pompette, Djokovic dĂ©cide d’aller crasher la fĂȘte des bĂ©nĂ©voles. Il dĂ©barque en fanfare, s’empare du micro, monte sur une chaise et demande Ă  l’assistance ce qu’elle souhaite qu’il lui chante. RĂ©ponse collĂ©giale : AC/DC. « I’m on a hiiighwaaay to heeell », s’époumonne-t-il. Pendant une demi-heure de karaokĂ©, avec sa confĂ©rence de presse Ă  effectuer dans la foulĂ©e, le Djoker s’abandonne et donne Ă  une foule de quidams des souvenirs pour la vie. Ceux qui y Ă©taient diront que cela valait n’importe quelle afterparty des Oscars.

© Ray Giubilo

Une autre fĂȘte, celle de ses 18 ans, juste avant Roland-Garros 2005, raconte Djokovic et dessine son destin. À Belgrade, dans son fief, Djokovic est entourĂ© par famille et amis
 et par Sergej Trifunović, l’un des acteurs les plus populaires du pays. Pour l’occasion, ce dernier a composĂ© une ballade qui suggĂšre que Djokovic dĂ©boulonnera Federer et Nadal un jour. Entre deux chants d’anniversaire, celle-ci est entonnĂ©e Ă  tue-tĂȘte par les convives et par le principal intĂ©ressĂ©. Bien avant 2011, il est dĂ©jĂ  clair que la Serbie a un incroyable talent.

En rĂ©alitĂ©, c’est en 1999, en pleines Guerres de Yougoslavie, durant ce que les Serbes appellent aujourd’hui les « 78 jours de la honte », que se trouve l’essence de Djokovic. En plein cauchemar Ă©veillĂ©, son grand-pĂšre, Vladimir, l’abrite chez lui des bombes de l’OTAN ; sa professeure de tennis et Ă©ternelle ange gardien, Jelena Gencic, choisit leur lieu d’entraĂźnement en fonction d’oĂč elles sont tombĂ©es la veille, gageant qu’elles ne tomberont pas deux fois de suite au mĂȘme endroit. En 2012 puis 2013, Djokovic sera frappĂ© par le deuil de deux des personnes les plus importantes de sa vie. Par deux fois, sa rĂ©ponse sera magnifiquement emprise d’émotion : Ă  Monte-Carlo 2012, oĂč il trouve la force d’entrer sur le court et de gagner en hommage Ă  « Vlado », quelques heures aprĂšs avoir appris sa mort ; puis Ă  Roland-Garros 2016, oĂč il honore la derniĂšre volontĂ© de « Jeca », celle que son Ă©lĂšve rĂ©unisse les quatre Grands Chelems.

Construit dans l’opposition forcĂ©e – à la guerre, Ă  Fedal – et marquĂ© par une extraordinaire capacitĂ© de rĂ©silience, Djokovic a tracĂ© un chemin profondĂ©ment singulier et polarisant. Dans les annĂ©es qui viennent, puisque le n°1 mondial a dĂ©clarĂ© vouloir jouer jusqu’aux Jeux Olympiques de Los Angeles en 2028, en espĂ©rant avoir dĂ©crochĂ© cette mĂ©daille d’or qu’il dĂ©sire tant dĂšs Paris 2024, il y aura sĂ»rement d’autres brins d’herbes avalĂ©s, d’autres polos arrachĂ©s, d’autres tĂ©lĂ©phones raccrochĂ©s au menton imberbe de jeunes joueurs mi-agacĂ©s, mi-honorĂ©s – il se dit que Ben Shelton a adoré – et d’autres variantes. Vous avez le droit de le dĂ©tester. Avec l’ñge, Djokovic continuera d’ĂȘtre lui-mĂȘme, sans compromis, loin de l’époque people-pleaser qui a brouillĂ© son image. Sa deuxiĂšme partie de carriĂšre – dĂ©sormais aussi prolifique que la premiĂšre, 12 titres du Grand Chelem chacune – a marquĂ© un vrai changement Ă  cet Ă©gard. Oui, Djokovic veut battre tous les records. Oui, Djokovic se nourrit de l’animositĂ© autour de lui. Il est le anti-hĂ©ros qui a vĂ©cu suffisamment longtemps pour devenir le hĂ©ros.

Si 2023 restera comme l’annĂ©e oĂč le Serbe est devenu le recordman du nombre de titres en Grand Chelem, elle constitue l’auto-acceptation dĂ©finitive de sa nature. En rĂ©ponse Ă  cela, nous nous devons d’ĂȘtre honnĂȘtes avec nous-mĂȘmes. C’est en apprĂ©ciant Djokovic pour qui il est, pour ses qualitĂ©s et ses dĂ©fauts, pour ses rĂ©ussites et ses ratĂ©s, que j’ai compris qu’il Ă©tait le plus grand joueur (masculin) de l’histoire du tennis, sans astĂ©risque ni technicalitĂ©. Le plus grand tout court, sans qu’il soit nĂ©cessairement possible de le prouver formellement autrement que par les chiffres. Doit-on tout justifier, tout rationnaliser ? On le sait, c’est comme ça. When you know, you know. MĂȘme Nadal l’a reconnu Ă  demi-mot aprĂšs l’US Open. La rĂ©alisation a Ă©tĂ© collective. Novak Djokovic est le GOAT de ce sport. Il est celui Ă  qui ce statut tenait le plus Ă  cƓur et il l’a obtenu. Cela n’enlĂšve rien aux autres, et cela fait un bien fou de le dire. 

 

Article publié dans COURTS n° 15, automne 2023.

FILA Loves Courts

 50 Years of FILA on Open Courts

Björn Borg, FILA Brand Ambassador  © Fondazione FILA

Into a new decade, out of the late 1960’s and into the early 70’s, emerged a young designer named Pierluigi Rolando. Fresh from a failed textile venture, Rolando set up a meeting with Enrico Frachey, one of the founders of the modern FILA. The “Doctor,” as he was called, had an agenda, to turn the loom-making-turned-undergarment company into an international sportswear brand. Frachey instructed Rolando to “think of new horizons.” 

“Frachey, who had by this time become Enrico to me
 had noticed that tennis was becoming an interesting market for new kinds of clothing. Tacchini had just introduced a line of tennis wear, thanks to his experience as a champion in the sport,” said Rolando. “We decided to do a tennis collection and it was the beginning of an extraordinary adventure that launched us into the firmament of the greatest planetary success of all time.”  

And just like that, Rolando staked the FILA flag into tennis history with the “White Line,” an enduring Italian riff on performance sportswear. The company found two players, Paolo Bertolucci and Adriano Panatta — rising stars on the Italian tennis courts —to wear its clothes, linking the FILA¼ brand with champions and introducing the world to the marketing strategy now known as endorsements. “The product
 was there. The logo was there. The only missing element was the emotion connecting the product to the consumer,” wrote Marco Negri who at the time was the Vice President Fondazione FILA Museum, as seen in the book Tutti in FILA by Pierluigi Rolando. “Having sportswear worn by the best players generated a particular reaction in consumers, as if by wearing them, they would have had the chance to ‘walk in the shoes’ of their sports idol.”

In 1911, Giovanni Fila, a woodworker, got a new clientele: local weavers  who needed their frames repaired. Seeing the prospects and profits available in textile manufacturing, he decided to establish his own textile company. He created Fratelli Fila¼, a spinning factory for carded and combed wool, the most typical and widespread among the manufacturers in Northern Italy at the turn of the 20th century. In 1926, the family began to manufacture underwear for men, women and kids before expanding into outerwear apparel at the end of the 60’s. This expansion allowed FILA to grow and blossom through post-war social turbulence, political change and technical and economic innovation to revolutionise clothing design.

But patriarch Giovanni Fila could have never imagined how iconic his designs would become. By 1973, after five decades of building its business, FILA changed everything and entered the sports market with its “White Line” tennis collection — the discipline that would catapult the company to international acclaim. But the company didn’t stop there. In addition to bringing colour and the red-and-navy “F-Box” logo to the world of tennis, which had been previously played strictly in white, FILA carried its zeitgeist to mountain wear, swimming, golf and other athletics. “Companies have traits in common with humans. In the same way as humans, companies are born with a specific DNA that, unlike the human one, may be changed throughout their existence,” Frachey wrote. Since then, FILA has continued to create, pioneer and lead the way in modern sportswear. Through figures from Australia to America who would don the Italian brand while accomplishing some of the greatest athletic feats in history: Bjorn Borg’s five consecutive Grand Slam wins on grass from 1976 to 1980; Reinhold Messner’s legendary solo ascent of Mount Everest without supplemental oxygen; Ingemar Stenmark’s 1978 World Cup in skiing in Garmisch-Partenkirchen, Germany; and 32 medals for FILA athletes in Los Angeles in 1984. 

© Fondazione FILA

The Birth of Iconic Kit:

Pierluigi Rolando — the man who would reinvent FILA — was born in Ronco, a small town near the FILA headquarters in Biella, and grew up in Torino, a city he loved and hated. For this reason, when it came time for advanced education, he attended the University of Leeds, in England, where he learned not only textile engineering, but also the feelings behind fashion through the concept of “mood boards.” Dr. Frachey and Giovanni’s grandson, Giansevero Fila, invited Rolando for an interview at the end of the 1960s. After exchanging niceties, they immediately asked Rolando if he knew how to convert a set of underwear samples into knitwear manufacture. When he replied “yes,” he earned the job. 

By 1968, the Fila family chose to split the company in two groups, the majority group included Maglificio Biellese MABY, which continued to specialize in underwear. But Maglificio Biellese soon began to experience  a sharp drop in the sales due to a change of lifestyles and tastes, thus resulting in a decline in underwear sales. MABY had to catch the new trend of customers’ tastes. Giansevero Fila, the co-leader with his father Ettore, appointed new leadership from outside the family. One of them was Frachey, who was in charge of designing and implementing a renovation strategy in this challenging transition. 

Frachey and Rolando spent long hours brainstorming sketches, followed by interminable discussions outlining the execution of concepts. There was demand for a tracksuit, an item that would become part of every person’s wardrobe — athlete or not — for after work, for relaxing and even for looking like the champions seen on tv and in magazines. The tracksuit would become that bridge garment between sports and leisure. The first tracksuit for tennis was created during one of these marketing meetings. 

“We had noticed that tennis was becoming an interesting market for new kinds of clothing. Tacchini had just introduced a line of tennis wear, thanks to his experience as a champion in the sport. In the USA, the sport was becoming widespread in the clothing market as well as equipment and footwear,” Rolando wrote in his seminal book Tutti in Fila. “Ever since I was a young kid in Biella, I had been going to the tennis club near the soccer stadium. I played with my childhood friends
 Enrico convinced Giansevero to consider getting into this market that had a lot of potential.”

Rolando used existing machinery to create a line in which the undergarments, the shirt, the shorts, and the outer garments, the track suit or sweater, all worked together within a colour scheme based on the negative/positive dichotomy, or rather, light colours underneath and dark colours on top. “We understood that in the United States, and more precisely in California, people tended to avoid the colour white as much as possible because it was too bright for the television cameras
 it was probably a good idea to introduce color,” Rolando wrote. Rolando designed shirts with a very light shade of color as a base and something much deeper at the collar and the front snap openings, a dazzling white with a navy collar and a red snap flap, or an ùcru base with the same combination. When confronted with a light blue or light green pastel, Rolando made the contrast with a deeper and more intense hue — the similar colours were then repeated on the outerwear. 

For the track suit, Rolando looked to the English Royal Guard and penguins for inspiration for added flourish. “We used the first for the faultless red chevrons on their sleeves and the latter, because dressing the tailcoat, they could not have been less elegant than anyone else,” Rolando wrote in Tutti in Fila. “Over the years, I noticed that penguins and robins have a natural elegance thanks to their colouring, a black or a dark colour on the top and back and lighter colours under the arms and on the front of the body.  This, as well as the chevrons, helped me immediately conceptualize the first track suit that was going to overlap from sportswear to streetwear.”

The revolution continued. The FILA “F-Box” logo needed an upgrade: Sergio Privitera, a marketing manager, showed the team an “F” divided in two, with the upper F-line disconnected from the lower half in navy and red — the fashionable colours of the moment. After the “White Line” had its initial success in Italy on the backs Paolo Bertolucci and Adriano Panatta — rising stars on the Italian tennis courts — FILA started casting further afield. 

 

FILA Crosses the Oceans

From the start, FILA’s tennis White Line was enormously popular in the USA, despite the fact that Panatta was virtually unknown in the States. The American market rewarded a collection that had brought something new to the market, a combination of sportswear with a fashionable flair. During this time a young Swede was climbing the tennis ladder “by using his racket as if it were a cudgel,” Rolando wrote. “Everyone wanted a piece of Bjorn Borg.” Frachey had already procured Borg in an endorsement deal inked at the 1975 MIAS and told to work on a new collection for Borg. For that, Rolando needed to figure out how to put printing on tubular knitwear — something that was akin to “putting a tattoo on a boa constrictor
 while it’s moving!” 

As in all of Rolando’s creations, there was the fundamental nod to the past and history, along with something new and up-to-date. Rolando looked to the 1920s and 1930s Brooklyn Dodgers for inspiration, whose uniform used a simple unremarkable stripe that became a symbol of its most famous player: Babe Ruth. Rolando measured the stripes exactly and then decided to avoid printing the stripe on both sides of the shirt for simpler mass manufacturing. Borg brought great success to FILA sportswear by winning titles in London five times. Through this radical change in sports apparel, FILA produced over  five million iconic  shirts. 

Borg retired for the first time in 1981 at age 26, but FILA was just getting started. In women’s tennis, an Aboriginal Australian athlete named Evonne Goolagong arrived on the scene and FILA signed her, giving her a look that evoked the Burcina Natural Reserve, which she had admired in Piedmont. The Argentinian tennis player, Guillermo Vilas, had a strong and imposing physique, which Rolando symbolised with two navy or red horizontal striped motifs on the sides of the shirt, while covering the top part of the shirt with navy or red, juxtaposing the colour of the stripes. In 1987, Boris Becker joined, followed by Monica Seles, who created her own line of flowery, pastel tops and bottoms in 1993. During Jennifer Capriati’s 2001 comeback swing, FILA  sponsored her and when she won her two Grand Slam titles, extended her contract three years. And Belgian Kim Clijsters signed with FILA just before making her first Grand Slam final in 2001.

© Ray Giubilo

FILA Enters  Footwear

FILA Holdings in 1983, decided to diversify once more and granted a contract to the Lario shoe factory to make the first FILA shoe prototype, a red-and-navy sandal. From there, FILA created the white leather Original Tennis trainers with red and navy stripes on the sides and a small FILA F-box on the tongue. In the US, FILA gave artistic license to designers Kevin Crowley and Jack Steinweis to create the Take, Targa and Tennis 88 — a riff on the Original Tennis shoes. FILA then chose rising Detroit Pistons star Grant Hill for its first venture into basketball, selling nearly two million pairs of the Grant Hill 2. Soon FILA counted Nike, Adidas and Reebok as their competitors. 

More collaborations followed. Using the Borg pinstripe, FILA created the BB1 polo in colours from pink to yellow to navy to green. The tracksuit Settanta jacket that FILA Brand Ambassador, Bjorn Borg wore over his pinstripes in the 80s — the one with the classic navy colourway, gardenia detailing under the arm, the waistband with red stripes and baseball style collar — still sells in the millions. With Brooks Brothers, FILA came out with the FILA Milano Fit Performance Fun shirt featuring a button-down collar, contrasting sleeves, and a colour block design. The FILA x Brandon Maxwell crossed FILA’s classic navy and green and Maxwell’s playful pink and red in a quarter zip, a flirty flare skort and a two-piece polo tank. FILA x Mini Rodini blended whimsical with practical animal prints for kids and FILA x MSGM took the Axilus 2 Energized performance tennis shoe and customised them with MSGM patches in black/red and white/yellow colour combinations.

FILA didn’t just settle for partnerships with tennis players, the company branched out into supporting major tournaments around the world, including the BNP Paribas Open, Infosys Hall of Fame Open, Western & Southern Open, Japan Open, China Open, National Bank Open, Argentina Open, amongst others.At the 2023 edition of the BNP Paribas Open FILA  brought artefacts from the brand’s history, including archival outfits, from the Fondazione FILA Museum in Biella, Italy, to the company’s on-site store at the Indian Wells Tennis Garden. There, FILA also debuted the “Tie Breaker” collection giving its current roster of players, Barbora Krejcikova, Karolina Pliskova, Reilly Opelka and Diego Schwartzman a fresh look for spring. 

This new era of icons included the recently retired Ashleigh Barty, who gave homage to the first indigenous woman from Australia to win a title in London, Evonne Goolagong Cawley. On her own run in London in 2021, Barty wore a tank top and with a laser-cut floral pattern, echoing the embroidered flowers and scalloped hemlines that appeared on Goolagong Cawley’s 1971 dress. When Leo Borg decided to come into the FILA fold, he began to sport a new twist on the classic stripes — this time horizontal — and reignited its relationship with his 67-year-old father, who regularly wears a solid polo to most events. 

As FILA’s celebration of 50 Years in Tennis continues, the company is reflecting on the past, while working towards the future with a plan to launch new products throughout the seasons that still push the boundaries of performance and style. “FILA has been a brand that has stayed true to itself and those are always the brands that withstand time the best,” said Reilly Opelka, a current member of Team FILA. “I love the tracksuit, I think it’s iconic FILA. When I am going to Milan for fashion week, it is the only tennis piece that ends up in my suitcase. I like its heritage. ”

© Ray Giubilo