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Agassi – Medvedev 1999

Les princes de la ville

Andre Agassi
Andre Agassi (© Art Seitz)

Il y a des naissances qui durent plus longtemps qu’un seul instant, des renaissances qui mettent des années à arriver. Pour moi, Andre Agassi a été le fruit de la première ; pour lui-même, il a accompli la seconde. 

Pour ma génération, Andre Agassi n’a jamais été « le Kid de Las Vegas ». Je ne l’ai jamais vu porter un mini short rose fluo sous un short en jeans, ni arborer une longue crinière blonde qui, des années plus tard, s’est révélée être une perruque. Pour moi, comme pour beaucoup d’autres, Agassi, c’est cet homme pressé, aux sourcils froncés, au pas rapide, au jeu rigoureux. 

Mon histoire avec lui coïncide avec mon amour pour le tennis et, si je devais lui donner une date, ce serait celle-là : le 6 juin 1999. Mettons de côté la parodie de lui que j’ai incarné, quelques mois plus tôt, une Pro Kennex à la main, dans la salle de mon école maternelle d’alors, et dont je ne découvrirai que bien plus tard qu’elle n’était qu’impossible : la faute à un ton de cheveux trop clair, je n’aurai jamais sa barbe naissante de trois jours, la faute à une implantation malicieuse, il n’aura déjà plus alors la tonne de cheveux que j’arbore encore aujourd’hui.

Ce dimanche-là, à Roland-Garros, Andre rencontre Andreï. Physiquement, les deux hommes ne se ressemblent pas : quinze centimètres et une fameuse différence de démarche les opposent. Mentalement, les deux hommes se ressemblent plus qu’il n’y paraît. Mais, surtout, les deux hommes vivent une carrière en écho. Après avoir côtoyé les sommets – certes, plus pour l’Américain que l’Ukrainien – la bascule a été abrupte. Au classement du 10 novembre 1997, Agassi est 141e joueur mondial ; je viens d’avoir cinq ans, et je dois être en train de triturer une de mes nombreuses petites voitures sur le tapis du salon. Au classement du 31 mai 1999, Medvedev est tout juste 100e. Et moi, je suis bien devant mon téléviseur. 

Quelques semaines avant « Roland », Medvedev, à seulement 25 ans, a croisé Agassi, 29 ans, à Monte-Carlo. L’Ukrainien vient de se faire sortir par le tout jeune Ivan Ljubičić au premier tour, et n’a pas gagné deux matchs de suite depuis le début de l’année. Il pense à raccrocher définitivement, et se confie sur son mal-être. Alors Andre lui explique, le coache, trouve les mots justes. Andreï repart pour un tour : c’est fois, c’est pour lui.

Andre Agassi
Andre Agassi (© Art Seitz)

Quand il arrive en ville, Andreï est seul sur son trottoir. Il a onze titres, certes, dont trois fois Hambourg, mais n’a plus rien gagné depuis tout pile deux ans, et une seule demi-finale en Grand Chelem, à Roland déjà, contre l’immense Sergi Brugera, mais il y a six ans… déjà.

Quand il arrive en ville, André est sur le trottoir opposé, mais ils marchent sans doute ensemble. Mal dans sa peau, mal dans son tennis, mal dans son corps, Agassi est revenu dans le top 10 l’année précédente, mais manque de constance. Pire, il révèle une face de lui que l’on ne lui connaissait pas : après sa séparation avec sa femme, il est disqualifié du tournoi de San José pour avoir insulté un juge de ligne. Sa préparation de Roland Garros n’est pas à la hauteur et il abandonne même de la défunte « World Team Cup » à Dusseldörf en plein milieu du premier set de son premier match.

Mais il y a Roland, et des déclics ; pour Andreï, sans doute qu’il arrive dès le deuxième tour. Pete Sampras. Pistol Pete est un shérif, certes, mais pas le shérif de cette ville-ci. Son heure, à lui, arrive dans un mois : ici, sur l’ocre parisien, il n’est rien. Et Pete connaît un de ces jours qu’il connaîtra tant : « this is painful to watch », comme dit le commentateur d’Eurosport. Le numéro 2 mondial est battu et, après un énième retour bloqué dans le filet, s’avance vers l’échafaud de la poignée de main finale. Andreï, lui, célèbre tout en retenue : ce n’est qu’un deuxième tour. 

En 1997, deux ans plus tôt, Guga, alors crinière bouclée, l’avait emporté en huitièmes de finale sur un Andreï top 20, en deux jours et en cinq sets : on connait la suite pour le brésilien. Un tour plus tard, en 1999, c’est pourtant bien Andreï qui terrassera saint Guga. 7/5-6/4-6/4. « Tout rentre » et, cette fois, Andreï célèbre. En demi, il sortira Fernando Meligeni, « l’autre » brésilien, en quatre sets d’une bagarre intégrale. Mais comme pour un « autre » match, personne ne s’en souvient.

À l’époque, il faut s’en souvenir, il n’y a pas 32 têtes de série, mais 16, dont moins de la moitié arrivent cette année-là en deuxième semaine. 

Andre, sur sa route, croise la route du meilleur classé encore en lice en huitièmes de finale : Carlos Moyà. La vraie tête de gondole, c’est lui. Des frappes sèches, un jeu multi-surfaces, une volonté de fer, mais un adversaire, et un combat. Quand le soleil décline sur Paris, le roi Charles aussi. Sur la balle de match, on ne sait pas si André s’excuse pour son lob involontaire ou s’il ne croit pas à ce qu’il vient de réaliser. Il restera la formalité de l’Uruguayen Filippini et, dans une demi-finale perturbée par la pluie, l’inoxydable Slovaque Hrbatý.

L’exploit semble presque inimaginable à l’heure actuelle : les quatre demi-finalistes de ce Roland-Garros 1999 sont respectivement 14e, 30e, 54e et 100e joueurs mondiaux. 

Puis, au septième jour fut le dimanche.

Andre, selon la légende, s’est laissé aller à descendre une bouteille de vodka trouvée dans le minibar de sa chambre parisienne la veille de la finale. Pour conjurer le sort qui l’a vu s’incliner deux fois déjà à ce stade de la compétition sur l’ocre de la porte d’Auteuil, contre Andrés Gómez neuf ans plus tôt, contre Jim Courier huit ans plus tôt. Les deux fois, il avait résisté avant de courber l’échine. Wimbledon, c’est fait depuis 1992, l’US Open depuis 1994, l’Open d’Australie depuis 1995. Mais Roland se refuse à lui : alors, c’est sa dernière chance.

Est-ce cela qui le paralyse ? Sans doute. Andreï, lui, ne se pose pas de questions. Sa balle avance vite, elle est lourde. Il retourne les deux pieds dans le terrain. Il y a cette balle de triple break, déjà : même lorsqu’il veut avancer, Andre doit reculer, capituler. Ace. 19 minutes, 6-1 Medvedev. Éclair dans le ciel parisien, et interruption de la partie.

Ça va aller, il va revenir réveillé par cette pluie revigorante, gonflé à bloc par les mots et l’engueulade de Brad Gilbert, son coach, qui s’en prend au matériel des vestiaires. Ce n’est pas le cas. 6-2 Medvedev. Peut-on parler de lutte, de combat ? Cela fait à peine une heure que les deux hommes sont sur le terrain, et le rêve de André s’éloigne peu à peu de lui, comme un mirage auquel on a cru trop longtemps. Les statistiques sont là, implacables ; 28 fautes directes, 0 balle de break. André passe littéralement à côté de son histoire.

Peu à peu, le médicament Gilbert fait effet. Il pleut à nouveau, mais André n’en a cure. S’il doit s’accrocher, c’est maintenant ou jamais. Peut-être que de l’autre côté du filet, Andreï comprend la portée de l’exploit qu’il réalise, peut-être que ses jambes se raidissent. Peut-être qu’il entend que les « Andre » qu’on entend dans le public ne s’adressent finalement pas tout à fait à lui, depuis le début sans doute. Il avance, mais sa balle ne lui répond plus comme au début. Quand il comprend que le passing de revers de Medvedev s’arrête dans le filet, sur la balle de break pour faire 4-2, Andre saute. Un petit saut, concentré. Come on. Mais Andreï débreake. 4-4.

De mes six ans, je ne fais que percevoir cette réalité au travers du prisme de la possible défaite d’Andre. De l’impossible défaite. Non, il doit gagner, c’est écrit.

Curieux comme le score d’un match reflète rarement sa dynamique. À 4-4, Andre fait deux doubles fautes, dont une à 30 partout ; s’il perd ce point, Andreï va servir pour le match. Pour le tournoi. Pour Roland-Garros. Andre frappe fort, dans le replacement d’Andreï, et monte à la volée. Selon lui, « cette volée aurait pu partir n’importe où » ; elle partira sur la ligne, où il n’y a pas grand-chose à faire que la remettre mollement dans la raquette de l’adversaire. Andre tient, surutilise un de ses coups fétiches, le revers court croisé, et prend son service. « Je n’étais qu’à quatre points de prendre un set », dira-t-il : quatre points qu’il prend d’une traite, comme on ferait le ménage, comme ça, c’est fait. 

Il n’y a pas de show, pas d’encouragement. Andre est en mission. Il marche, il pense, il frappe. Comme un moteur au bord de l’explosion, Andreï, lui, pétarade ; il y a des coups magnifiques, et de grosses erreurs. Ce quatrième set est un modèle de la rigueur qui a fait d’Agassi celui qu’il est pour moi : aucune balle de break concédée, à peine cinq fautes directes, un seul et unique break. Dehors, le monde gronde, la foule parisienne chauffe avec le soleil revenu. Deux sets partout, et Andre court vers sa chaise, sans un regard pour l’adversaire. Tout a déjà changé. Agassi ! Medvedev ! La foule crie, désormais. 

Beaucoup l’ont sans doute oublié, mais ce jour-là, Andreï a une balle de 2-0 dans le cinquième set. Que se serait-il passé ? Ce ne serait que mystère. Parce qu’à 2-2, c’est bien lui, Andreï, qui fissure et sort un coup droit beaucoup trop long. Come on ! Cette fois, Andre brandit le poing vers son adversaire. À 5-3, Andre obtient trois balles de match. Une première, sur laquelle Andreï sert un ace ; une deuxième, qu’il vendange ; une troisième, où le service de l’Ukrainien tient encore. Les balles lèchent les lignes. 

5-4. Qu’y a-t-il dans la tête d’un homme à ce moment précis ? Dans Open, son autobiographie, Agassi dira plus tard des joueurs de tennis qu’ils sont des « fous qui se parlent à eux-mêmes ». Sans doute son esprit doit-il ressembler à celui de la foule du Central, dont certains crient des inepties, mais dont beaucoup demandent simplement le silence. Le retour d’Andreï n’avait pas besoin de déjà sortir des limites du court pour qu’Andre comprenne, sa raquette en l’air, les bras levés, les yeux déjà embués. 

« Quand le troisième set a commencé, il n’était pas encore le meilleur joueur de la décennie. Maintenant, c’est un des plus grands », dira Medvedev en conférence de presse.

Pour écrire un match d’anthologie, il faut être deux ; pour écrire un exploit, on peut être seul. 

La suite de l’année d’Agassi sera magistrale. Titre à Washington, à l’US Open, à Bercy – faisant de lui le seul à avoir fait le doublé Roland-Bercy, finale à Wimbledon, à Los Angeles, aux Masters – toutes perdues contre Pete Sampras, demis à Montréal, Cincinnati, Stuttgart. Il terminera l’année à la 1re place mondiale et, dans la suite de sa carrière, gagnera encore trois fois l’Open d’Australie et sept Masters 1000 – dont un doublé Indian Wells-Miami en 2001 – avant de s’arrêter après l’US Open 2006.

La renaissance de Medvedev, elle, aura fait long feu. Les points glanés lors de ce Roland lui permettront de réintégrer le top 50, mais son espoir s’amenuisera de mois en mois au gré des blessures et des défaites au premier tour. Las, après une ultime victoire à Saint-Petersbourg contre un top 10, Tommy Haas, puis une défaite contre Stefan Koubek, il mettra un terme à sa carrière à la fin de l’année 2001. 

Ce dimanche 6 juin 1999, je suis tombé amoureux du tennis, sans doute pour toujours. Un bon arc narratif ne peut pourtant se contenter d’une seule composante ; Andre, ce week-end-là, est aussi tombé amoureux. Mais ça, c’est une autre histoire.

Steffi Graf et Andre Agassi, Roland-Garros 2009
Steffi Graf et Andre Agassi, Roland-Garros 2009 (© Ray Giubilo)

Gilles Simon,

le « génie » qui était devenu un « laborieux »

Gilles Simon, lors de ses adieux à Roland-Garros en 2022
Gilles Simon, lors de ses adieux à Roland-Garros en 2022 (© Virgnie Bouyer)

Voilà, c’est fini, comme dirait un chanteur de Téléphone. Après trois derniers matchs – dont deux victoires épiques face à Andy Murray et Taylor Fritz – à Bercy, Gilles Simon a tiré le voile sur sa carrière professionnelle. Celle d’un joueur dont le style de jeu a souvent fait parler, avec une vision extérieure passant d’un extrême à l’autre.

Prenez un objet blanc. Regardez-le avec des lunettes à verres verts, il vous paraîtra vert. Regardez-le avec des lunettes à verres rouges, il vous paraîtra rouge. Pourtant, il n’a pas changé. Gilles Simon est cet objet. Un joueur-objet (en tout bien tout honneur, évidemment). Au fil des années, son jeu, s’il a évolué et progressé, est resté basé sur les mêmes atouts. Mais la façon de le décrire est passée d’un extrême à l’autre. En guise de verres à couleurs changeantes : sa progression au classement. « Ce mec est un génie », s’était enthousiasmé Guy Forget, après la victoire épastrouillante de l’intéressé, alors 123e mondial, au deuxième tour de l’Open d’Australie 2006 face à un Tomáš Berdych 23e et en pleine ascension après son sacre à Bercy deux mois plus tôt. Une citation rappelée par « Gillou » dans son livre, Ce sport qui rend fou. « On me répète ça lors de ma conférence de presse, a ajouté le Français. J’ai 21 ans, je ne suis pas encore dans les 100 premiers… Si j’avais été un génie, on l’aurait su avant. »

« C’est le premier tournoi qu’il (Guy Forget, capitaine de l’équipe de France à l’époque) me voit jouer, n’avait pas hésité à lâcher Simon lors de cette conf’ à Melbourne. L’opinion des gens varient en fonction du moment où les gens viennent me voir jouer. » Ce jour-là, exténué par neuf matchs consécutifs – titre Challenger à Nouméa, qualifications du Majeur australien, et premier tour en cinq sets et 4h13 contre le champion olympique Nicolás Massú -, le natif de Nice avait appliqué une tactique visant à ne pas se mettre davantage dans le rouge physiquement. « (Après le duel contre Massú) il avait fallu me porter pour que je regagne le vestiaire, a-t-il confié dans son bouquin. Contre Berdych, j’ai mis très peu de rythme dans mes frappes en lui imposant énormément de variations, avec des schémas de points très courts quand je ne voulais plus d’échanges – j’attaquais sur retour de service, par exemple – puis très long pour créer des changements de rythme. (…) Un service-volée à l’occasion. »

« Deux ans plus tard, on me définit comme un ‘laborieux ‘ » – Gilles Simon

Peut-être étaient-ce ces quelques venues au filet qui avait tapé dans l’œil de Forget, apôtre du jeu vers l’avant. Puis, au fil des ans, le cap’tain s’est mis à faire les gros yeux. Simon était presque devenu un hérétique par rapport à sa propre vision du tennis. Le « génie », terme d’ailleurs souvent galvaudé de nos jours, était rentré dans sa lampe ; la lampe laissée, et oubliée, au fin fond d’une caverne. Bien que de plus en plus fort, Simon, aux dires de beaucoup, était devenu un poussif. « Deux ans plus tard (après la victoire contre Berdych en 2006), alors que je suis classé dans les dix premiers mondiaux, le discours a complètement changé me concernant et j’entends sans arrêt pour me définir les mots ‘besogneux’, ‘laborieux’, ‘il court et il ramène la balle dans le court, voilà…’ En fait, ce talent (terme dont il explique par ailleurs à quel point il est difficile à définir), j’ai réussi à le perdre en rentrant dans les dix, c’est-à-dire en jouant mieux. (…) Cela, vous en conviendrez, n’a aucun sens. »

Le fond du tennis de Gilles Simon n’avait pas changé. Le contexte, si. Quand vous êtes le petit Poucet classé au-delà du 100e rang faisant dérailler un top 20, vous êtes encensé pour votre malice tactique. Quand vous êtes un top 10 qui bat un top 20 de la même façon, en se montrant maître de la stratégie pour faire manquer l’adversaire, vous êtes soudainement « chiant à voir jouer ».  Fin 2020, « CNN », comme il est est surnommé  – « parce qu’il ne la ferme jamais (rires) », a révélé Jo-Wilfried Tsonga -, avait été questionné par GQ sur une éventuelle date de retraite en tête. « Non, je ne sais pas, avait-il alors répondu. On ne s’arrête pas ! Je vais vous faire chier avec mon jeu de merde pendant 15 ans (rires) ! » Finalement, les 15 ans « hyperbolés » ont été en deux saisons réelles avant de tirer sa révérence. Certes, les amateurs de tennis-champagne n’ont sans doute pas pétillé en suivant ses rencontres. Chacun ses goûts. Mais d’autres ont pu continuer à prendre leur pied en le voyant évoluer. 

« Il a fait dérailler tous les joueurs » – Richard Gasquet

Regarder une joute de Gilles Simon, c’est comme suivre une partie d’échecs. Certains vont trouver ça ennuyant à mourir, aussi bon pour la sieste qu’une étape de plaine du Tour de France. D’autres, en revanche, vont se prendre de passion pour l’observation de la tactique. Chercher à comprendre, décrypter, ce que le quart de finaliste de l’Open d’Australie 2009 et Wimbledon 2015 veut mettre en place pour exploiter les faiblesses de son opposant. Quand on n’a pas le physique de Thor – ou de son équivalent argentin, connu sous le nom de Juan Martín del Potro – pour envoyer des coups de marteau en coup droit et des aces à la pelle, il faut bien trouver d’autres moyens de gagner les points. « Il a fait dérailler tous les joueurs, a rappelé Richard Gasquet en conférence de presse  Bercy. Très dur à jouer, grosse condition physique, beaucoup de talent à droite et à gauche pour taper la balle (une qualité de frappe très ‘propre’, très peu de fautes de centrage). Il se sert de la puissance de l’adversaire. Il a été un très gros joueur. Très dur à manœuvrer pour tout le monde. »

Nadal, Federer, Djokovic, Murray, Wawrinka, del Potro, Medvedev, Thiem, Hewitt, Roddick… Tous se sont pris les pieds dans les fils du maître emberlificoteur au moins une fois. Sur le terrain les acteurs de ce sport voient, ressentent des pans de matchs moins évidents à percevoir de l’extérieur. « C’est grâce aux spectateurs qu’on peut vivre de notre passion, a répondu le désormais retraité de bientôt 38 ans devant les journalistes après son ultime match à Bercy. Ils viennent, ils paient leurs places : s’ils trouvent le match ennuyant, ils ont tout à faire le droit de le dire, c’est la base. Par exemple, quand je fais un match contre Andy (Murray), c’est vrai que, pour les gens, il ne faut pas qu’on se joue trois fois (sourire). Mais il y a une dimension tactique et, l’air de rien, une maîtrise qui est colossale pendant le match, mais invisible parce que ce n’est pas hyper impressionnant. Mais les balles sont ralenties comme il faut, elles touchent les zones qu’il faut. C’est très difficile et ça demande une grande maîtrise. Peut-être plus que frapper fort en cadence, mais ce style paraît toujours plus impressionnant. »

« Je pense que c’est le joueur qui m’a le plus appris » – Félix Auger-Aliassime

« Quand ça joue bam-bam, et que tout d’un coup l’un des deux touche une bonne zone, c’est plus spectaculaire et c’est facile de comprendre (pourquoi le joueur en question a fait le point, alors qu’il est souvent moins facile de savoir comment l’un a fait rater l’autre). Si je joue Daniil (Medvedev) ou Manna (Adrian Mannarino), vous allez vous faire chier, c’est certain. Mais pour moi, en tant que joueur, ce n’est pas moins intéressant. Mais je comprends totalement (l’avis des gens). Quand Jo (Tsonga) sert à 220 km/h et explose la balle en faisant un smash sauté, moi aussi je trouve ça fantastique. C’est juste que je ne sais pas le faire (il en a tout de même réussi un contre Taylor Fritz au deuxième tour à Bercy, #GillouLeModeste). J’attache beaucoup d’importance à ce que dit le public. Et sur les connaissances du jeu, le fait de comprendre ce qu’il va se passer sur le terrain, je fais plus confiance aux autres joueurs du vestiaire. Ils connaissent bien les contraintes et difficultés d’affronter tel ou tel type de jeu. » 

Des collègues qui ont pu s’inspirer de ses qualités. À l’instar de l’un des plus prometteurs. Félix Auger-Aliassime, l’homme qui a mis un terme à sa carrière longue de 18 années sur le circuit principal. « J’ai connu Gilles en 2018, 2019 quand je suis arrivé sur le Tour, a confié le Canadien de 22 printemps au micro d’Eurosport à l’issue de la cérémonie d’adieux. Je pense que c’est le joueur avec lequel j’ai le plus appris sur le tennis, que ce soit par rapport à ce qu’il se passe sur le court ou en dehors. En 2020, je me souviens qu’on a passé deux semaines de suite à Cologne dans une bulle. Presque tous les dîners et déjeuners, on discutait à l’hôtel. » Outre la science tactique, les qualités de vitesse et d’endurance, Gilles Simon, c’est aussi un œil exceptionnel. L’un des meilleurs relanceurs de sa génération, et plus globalement de l’histoire. En atteste sa position au classement du pourcentage de jeux gagnés en retour.

« J’ai peut-être vécu les plus belles émotions de ma carrière » – Gilles Simon

Depuis 1991 et la comptabilisation des statistiques par l’ATP, Simon est 56e avec 26,66 % – deux rangs devant Roger Federer, un derrière Daniil Medvedev – d’une hiérarchie dominée par Guillermo Coria (36,19 %), Rafael Nadal (33,57 %), Alberto Berasategui (32,34 %), Novak Djokovic (32,14 %) et Diego Schwartzman (32,06 %). Parmi les joueurs encore en activité, dix seulement devancent le Tricolore aux mollets de coquelet dans ce domaine. Voyant le jeu plus tôt que la majeure partie de l’humanité, il est capable d’être sur des balles inatteignables. Et pour tirer les passings une fois sur celles-ci, il a sa qualité de main. Pas celle dont on entend communément parler, pour glisser des amorties ou caresser des volées. Celle pour donner un coup de poignet habile à bout de bras, en bout de course, parfois en prise marteau, pour trouver une zone et un angle défiant les lois de la physique. Et ça, c’est spectaculaire ; des frappes pouvant faire entrer en éruption les publics les plus éteints. 

À Bercy, pour sa dernière danse, comme à Roland-Garros au printemps, « Gillou », dans le cadre de sa fin de carrière, a mis feux aux tribunes. Au fil de victoires épiques : contre Carreño Busta sur l’ocre de la porte d’Auteuil, face à Andy Murray puis Taylor fritz sur le dur intérieur du 12e arrondissement. En clôture de bal, s’il n’a pas réussi à faire valser un Félix Auger-Aliassime qui a enchaîné un quinzième succès consécutif, il a de nouveau eu droit à une communion mémorable avec le public. De celles qui font chaud au cœur. « Avec ce dernier Roland-Garros et ce dernier Bercy… Des gens vraiment adorables auraient voulu que je gagne le tournoi, mais ce n’était pas vraiment l’objectif (rires), a déclaré Gillou lors de son discours final. Le but, c’était de prendre du plaisir, vivre des émotions. Et j’ai vécu des émotions incroyables, peut-être les plus belles de ma carrière. Merci à tous ! » D’après Boris Vian, « n’importe quel objet peut être un objet d’art pour peu qu’on l’entoure d’un cadre. » Dans le contexte de ses adieux, Gilles Simon le « joueur-objet » a eu droit à une sortie d’artiste. Un artiste du déplacement, de la combativité et de la tactique. Ciao, et merci, l’artiste.

Close Encounters With Vitas Gerulaitis

The generous, charismatic, beloved “Lithuanian Lion” from Queens, New York once inspired a dear friend to say: “Vitas wouldn’t give you the shirt off his back if you needed it, he’d go home and get you a clean one.”

Vytautas Kevin Gerulaitis was born on July 26, 1954 in Brooklyn, NY. Taught by his father was a tennis instructor, “Vitas” played one year at Columbia University in New York before embarking in 1971 on a successful professional tennis career, highlighted by winning the 1977 Australian Open title vs John Lloyd 63 75 57 36 62, playing in the US Open final of 1980 vs. John McEnroe and the 1980 Roland Garros final vs. Bjorn Borg. Gerulaitis won 26 overall ATP singles titles and eight more in doubles including 1975 Wimbledon doubles title with Sandy Mayer. His highest career ranking was ATP no. 3 in February 1978.

After his playing career, which ended in 1986, Gerulaitis became a successful TV analyst for USA Network from 1988-1994. He also coached Pete Sampras during the 1994 Italian Open, due to Pete’s regular coach Tim Gullikson being on a family vacation. Sampras won the final in Rome vs Boris Becker in straight sets.

Just days after the 1994 US Open, Gerulaitis tragically died in Southampton, New York, while sleeping in a guesthouse of a friend, due to carbon monoxide poisoning.

This feature – a collection of memories, stories and anecdotes – is a tribute to one of the most popular and beloved champions in the history of sport…

Chris Lewis: Before commenting on his game, I would like to say a few things about Vitas, the person. On the tour, he was universally liked. Flamboyant, charismatic, witty and incredibly generous, Vitas was always great company, with a tremendous sense of life. With Vitas, there NEVER was a dull moment. Whether it was watching his favorite sports teams, heading out to Studio 54 in his Rolls Royce or practicing for the US Open at his Long Island home, Vitas enjoyed himself. He lived life as if every second counted. And he was popular because wherever he went, he was always in good humor. People loved being around him, and he them.

For example, even though he wasn’t exactly an embodiment of the values represented by that golden era of Australian tennis, when Australia ruled the tennis world, he was well liked by the Australian greats. For instance, he got on tremendously well with Fred Stolle and I know that Tony Roche also thought highly of Vitas and you only had to look at who attended his funeral to see how highly regarded he was by his contemporaries. As far as his playing goes, he definitely was NOT a subscriber to ‘The Seles Principle.’ He was no 800 lb. gorilla, his game had no ‘heft.’ It was a game built purely around speed and reflexes – lightning quick foot speed and even faster cat-like reflexes. He was also an extremely quick thinker and decision maker, making full use of a limited arsenal to exploit any of his opponents’ weaknesses. He was also a guy who wasn’t scared to take the initiative by coming in behind a relatively weak second serve, backing himself – and his speed – to worry the guy into making a return error. You need a special sort of courage to do that.

His was a game that said: “pass me or lob me fifty times in the next two hours and the match is yours.” Bjorn could do it, Jimmy could do it, Ivan could do it, John could do it, but there weren’t too many others who could do it often enough to beat him consistently. To quote Peter Bodo, ‘Vitas was a player who fits into the, One thing I’m confident about, though, is that it’s pretty easy to overlook the value of speed and quickness. Give me a player with world class speed (and I’m talking track-and-field world class), consistent groundstrokes, and a strong mind and – bingo! – he’s Top 5 for sure category. In Vitas’ case, it wasn’t that he relied on consistent groundstrokes and his speed around the baseline to win matches, even though he did this well when he couldn’t get in, he relied on consistent volleys and his speed around the net. I think another factor in Vitas’ on-court success was his larger than life off-court status; he was a true celebrity in the tennis’ rock ‘n roll era. Didn’t matter where he was, walking down the streets of Manhattan, dining in a fashionable restaurant in London or stepping on to the Concorde in Paris, Vitas turned heads. He was the guy who hung out with guys like Mick Jagger and dated Vogue cover supermodels like Janet Jones. Like Bjorn, Vitas brought fans through the gate. Crowds wanted him to win. Most of the time, the guys he played just didn’t have nearly the same status, nor the same star quality. A born showman, Vitas nearly always established a very positive rapport with the spectators. He engaged them. They wanted to see HIM play the next day, not the other poor sap. He was exciting to watch. Is this a factor in a tennis match… the psychological factor involved when playing a BIG name? You bet — unless you’re one of those anti-hero types who likes to spoil the script by ruining the ending. Didn’t happen that often, though. Just against the very best. Like the sixteen times in a row he was beaten by Jimmy and upon finally beating him for the first time, Vitas’ immortal words to the press were, “Nobody beats Vitas Gerulaitis seventeen times in a row.” Classic Vitas!

I mentioned in an earlier post that I practiced extensively with Vitas. Just a word about that. On the practice court, Vitas was all business. His work ethic – he was a Harry Hopman protégé – was flawless. He was easily one of the Tour’s most hard-working, conscientious players on the practice court. Tireless, even after a VERY late night, or nights. Like everything he did, he loved to play. He was one of the few guys who actually ENJOYED pushing himself to the max in practice, and then heading off for some interval training afterwards. Nicknamed “Broadway Vitas” by the press, he lived life in the fast lane, all the time. To me, his legacy is that of someone who squeezed out every ounce of life before his accidental and tragic death. He was both a great player and a great person.

John James: It is a match I would like to forget. I had a very good tournament beating some higher ranked players and reaching the semis. Vitas beat me 6-0,6-0. Very embarrassing. Feature match on a Saturday afternoon. I remember I really played okay. He was just too good for me. I somewhat consoled myself by realizing that we had very similar styles of play. He was just much better at it. The other main thing I remember from the match was how quick he was. None of my shots were big enough to get anything by him. A side note. After I stopped touring I played a lot of tournaments in the New York area. Many of those were held at the National Tennis Center where Vitas Gerualitis Sr. was a coach. He regularly came to watch my matches and chat afterwards. Very nice person. I was flattered that he took an interest in my tennis when he had a son who was such a great player.

Bill Koegler: I was very close friends with Vitas at the time of his death. Incredibly sad. Vitas and I had some wild times together, and he and I had many things planned for the future. I collect cars, and he sometimes would drive one around for a few days when he was in Los Angeles, and he had a key to my condo in Brentwood, near Barrington and San Vicente, between Sunset and San Vicente. He and I and Wilt Chamberlain played three times at the Barrington courts and at The Riviera Tennis Club, where I was a member. Then they were gone.. passed away, my heart aches still.

Jan Triska: The era of McEnroe, Connors, Gerulaitis and Borg… they seemed divine, supernatural creatures, making a hard game look easy. The racquets were basic, not the high tech equipment of the “Big Three” era of men’s tennis. Try playing with the gear of 1980 today and see how it goes.

Gene Mayer: I played Vitas four times and lost each time. I never won a set from him. He was very quick, it was hard to dictate points against him, he transitioned from defense to offense seamlessly.

My lasting memory of Vitas… his huge heart, incredibly generous, always upbeat, a real zest for life, a real concern for inner-city youth and how took great care of his family.

Ed Wolfarth: In the late 70s I was one of his hitting partners at Alley Pond Tennis in Queens, where his dad, Vitas Sr, was tennis director. In the early 80s, Vitas often went to Turnberry Isles in Miami to hit and train with Fred Stolle. He had a great work ethic. One rainy day he took all the kids who were watching him train, bowling in his Rolls Royce! He was a pied piper. Loved by all.

John Cavanaugh: Vitas was the man . The writers would ask the players where they were going at night after the Open and they said, “Wherever Vitas is going.” Borg stayed with Vitas at his home on the Island with it’s own court. My dad Jack Cavanaugh covered the Open from Forest Hills to Flushing and always said the writers loved him. I was lucky enough to meet him back then. Broke my heart when he died. Took the wrong guy. One of the biggest gut punches I can ever remember in sports. Everyone shed a tear for Vitas. A true legend the likes of who we’ll never see again.

Lisa Kerkorian: I first met Vitas Gerulaitis at the US Open in 1981. I was coming into the player lounge as he was leaving. I was starstruck – I wasn’t yet 16 and here was a legend of the game, a man larger than life with an energy about him: charismatic and cool. My lasting memory, though, is of him as person. Jovial, fun to be around, always kind and generous with his time. I got to know him well in 1984, when eight of us went on an exhibition tour of Japan. He was wearing Maggia at the time, and I recall thinking how stylish he looked – and how my clothes felt second rate in comparison.

Kyle Johnson: I got to play doubles twice against Vitas on the Satellite circuit in San Antonio and North Carolina after I finished playing at Penn State. It was mid to late 70s. Players like Vitas, Connors, Nastase would sometimes play Satellites to stay sharp between the bigger tournaments. I remember Vitas hit with a lot of top spin, if you didn’t get in the right position to hit his ball it would bounce right over you. And he was just so friendly, so nice. Not like the other guys like Nastase and eh…

Rob Glickman: A lot of people don’t know who Vitas really was. Everybody thinks he was a cocaine addicted tennis pro. He worked very hard to get to no. 4 in the world, he trained very hard. He liked to party and date beautiful models like Carol Alt and Janet Jones. Vitas Sr. was my boss. Ruta was a year younger than me, I was two years younger than Vitas. Ruta was the most beautiful girl in the world. I had the biggest crush on her. One day at Port Washington I was playing with Larry Davidson, an excellent player, and on the court next to us was Vitas and John McEnroe playing a challenge match. While I was playing Larry, I was also watching them play at the same time [smiles]. Seven years later they were both in the US Open final. When Vitas was in 12th grade, McEnroe was in seventh or eighth grade. I trained with Vitas, two hours of drills, Harry Hopman had us doing everything. When we were all at Port Washington, you’re not exactly friends, more like competitors. Vitas was an amazing athlete, he could have been professioal soccer player or baseball player. He could have chosen any sport but he picked tennis. McEnroe also played soccer and basketball in high school and he chose to concentrate on tennis.

A lasting memory of Vitas? Probably going to Studio 54 and seeing Vitas there on the dance floor with two beautiful models. The confidence he had wherever he went. He was handsome, blond, confident and generous. He was my idol. Everybody wanted to be Vitas. Did you know he put white gauze tape on his grip? He learned that from me. I think about him almost every day. I wonder what he’d be like as a 60 year old. Like he was becoming a good TV analyst and interviewer. It’s too bad he passed away too young. Everybody loves Vitas, Pete Sampras, McEnroe, Connors, Borg. Did you see who came to his funeral? It’s great that you are doing a book about Vitas. I hope they make it into a movie.

Human After Ball

Robot DARwin-OP, de Virginia Tech Robotics (© NASA Kennedy, via Flickr - flic.kr/p/mbiNvM -, CC BY-NC 2.0)

D’un terrain à construire et installer soi-même, avec piquets pour le filet et raquettes à peine cordées, à l’émergence des nouvelles technologies révolutionnaires, comme les robots ramasseurs  de balles ou les drones entraîneurs, le tennis a connu, depuis deux siècles, une évolution conséquente. Si l’humain était depuis toujours au cœur de cette pratique dont les ancêtres remontent à l’antiquité, la course à la performance peut aujourd’hui interroger sur la place qu’il prendra désormais sur les courts dans les années à venir. 

De l’art de la balle  

« Quelques jeunes gens, partagés en deux camps, chassent de l’un à l’autre une boule faite de cuir, grosse comme une pomme, sur un terrain bien uni ou du moins qui a paru convenable aux joueurs. Sur cette balle, qui est comme le prix de la lutte et qu’on place au milieu, ils courent au galop, chacun tenant à la main une baguette de moyenne longueur, terminée par une large courbure dont le milieu est fait de cordes à boyaux desséchées et entrelacées comme un filet. » Cinnamus, écrivain du XIIe siècle et secrétaire particulier de l’empereur byzantin Manuel Ier, nous rapporte dans son ambitieuse Histoire, l’existence d’un jeu de balle pouvant s’apparenter, anachroniquement parlant, au tennis des temps modernes, auquel s’adonnaient avec ferveur les romains de l’époque du bas-empire. Cette activité, qui semblait rudimentaire de par sa forme et approximative de par ses règles, était, si l’on en croit les nombreux écrits en étant rapporteurs, appréciée de tous. Mais, surtout, loin d’être l’unique en son genre ; balle céleste, balle commune, jeu du harpiste… En allant voir du côté des Grecs, là aussi, le constat d’une omniprésence du loisir à descendance sphérique est sans appel. 

Homère, avec son Odyssée, s’en faisait d’ailleurs le témoin : « Ils prirent une belle balle couleur de pourpre qu’avait faite l’habile Polype ; l’un la lança vers la blanche nuée en se renversant  en arrière ; l’autre, bondissant, la saisit habilement avant qu’elle retombât à terre. » Le  médecin grec Galien, dans son traité de La petite balle, un porte-parole : « Les joueurs luttent à qui relèvera la balle, ce qui fait éprouver le plus de labeur, au point de fatiguer la tête et le  cou, ce sont les nombreux renversements et les efforts multipliés qu’on fait pour saisir la  balle. »

Le territoire hellénique semblait même avoir, déjà, son Jean-Paul Loth local, répondant au nom  de Damoxène : « Un jeune homme de dix-sept ans jouait à la balle ; il était de Cos, or cette île  ne semble produire que des dieux. Lorsqu’il tournait les yeux vers les assistas, soit qu’il prît la balle, soit qu’il la livrât, tous en même temps nous applaudissions. L’élégance de son jeu, sa tenue, sa grâce, tout enfin, quoiqu’il dit ou qu’il fit, était parfait en lui. Je n’ai jamais rien entendu de si charmant, je n’ai jamais vu une telle grâce. »

Toutes ces bribes d’histoire, aussi lointaines soient-elles, mettent en évidence un attrait  incontestable pour les jeux de balle, qui n’en sont alors qu’à leurs prémices, primitifs et non institutionnels.  

Si, quelques années seulement après eux, le jeu de paume se révèle être le premier véritable ancêtre de notre sport actuel, introduisant l’existence du filet mais aussi de la raquette après y avoir joué durant des siècles à main nue ou revêtue d’un gant en cuir, il faut attendre Walter Wingfied, major anglais de l’armée coloniale des Indes, pour voir apparaître l’appellation  brevetée de « lawn-tennis » en 1874, rebaptisée « Sphairistiké », soit « l’art de la balle ». En grec,  évidemment. Là encore, le caractère artisanal et « home-made » du jeu est indéniable. Ce dernier  consistait en effet à monter soi-même un court de tennis, pliable et à installer sur gazon, le tout organisé dans une sorte de mallette à transporter. Piquet, bandes, balles, raquettes et filet, aucun  détail n’était négligé.  

Si cette introduction semble tout droit sortie d’un manuel de l’histoire sportive de l’antiquité  jusqu’à nos jours, elle permet de mettre en évidence l’évolution radicale qu’a connue le tennis en quelques décennies seulement. Si la balle n’était, à l’époque, rien sans l’humain, il est  aujourd’hui difficile de ne pas penser à prétendre l’inverse. L’arrivée des nouvelles technologies bouleversent les règles du jeu, à tel point que les sens qui nous composent, ayant permis de mettre au point cette activité physique et intellectuelle qui traverse le temps, sont  progressivement remplacés par toutes sortes d’intelligences artificielles. Ou quand l’objectif  remplace l’œil. Les robots, les jambes et les drones, les raquettes, voire le cerveau. 

Le faucon et le renard  

Si, tout au long des XIXe et XXe siècles, le tennis a mué à travers les dimensions de son terrain, les surfaces qui le composent, les outils qui le façonnent, c’est bien le joueur, l’arbitre, le  spectateur et les officiels qui ont permis sa folle ascension parmi les sports comptabilisant le plus  d’adeptes, atteignant aujourd’hui 1 milliard de supporters. Les récentes innovations, tendant progressivement à réduire drastiquement le rôle de l’humain sur un terrain, soulèvent de nombreuses questions. 

La plus ancienne et la plus implantée de ces dernières est sans conteste le Hawk-Eye. Créée en  1999 par le scientifique britannique Paul Hawkins et rachetée en 2012 par la firme multinationale Sony, c’est en 2006 que cette technique d’arbitrage révolutionnaire basée sur un système informatique est validée par la Fédération de tennis des Etats-Unis, ainsi que l’ATP et la WTA  pour apparaître, dans un premier temps, sur les courts de certains tournois d’Amérique du Nord.  L’œil du faucon vient notamment survoler les terres du Masters 1000 de Miami en mars 2006, puis, le 28 août de cette même année, à l’occasion de l’US Open, Mardy Fish devient le premier  joueur à mordre à l’hameçon du Hawk-Eye en Grand Chelem. 

Auparavant, la décision d’un point gagnant hésitant s’effectuait à la discrétion de l’arbitre, lequel pouvait parfois demander l’aide de Cyclops, un système utilisé pour la première fois en 1980 à Wimbledon. Cet ancêtre imprécis du Hawk-Eye permettait de déceler uniquement les balles sur la ligne de service et n’était pas proposé sur toutes les surfaces. Un peu discriminatoire, donc. 

Désormais, l’arbitre peut donc être contesté par les joueurs, remettant ainsi une partie de son libre jugement à l’œil d’un rapace virtuel. Cette technologie de haute précision vient alors mettre fin aux coups d’éclats, parfois mémorables et délicieux, des sportifs contre les décisions  arbitrales. Mais ces incidents font aussi le jeu des technologies, souhaitées par de nombreux  champions réclamant davantage de précision. Novak Djokovic s’exprimait à propos du Hawk-Eye  en ces termes : « La technologie est tellement avancée de nos jours, je ne vois pas pourquoi nous devrions maintenir les juges sur le court. Tous les tournois devraient être équipés de cette technologie ».

Novak djokovic, Alexander Zverev, Roland-Garros 2019)
Novak Djokovic, vérifiant une marque face à Alexander Zverev à Roland-Garros en 2019 (© Art Seitz)

D’autres, comme Roger Federer, y étaient cependant beaucoup plus réticents. « Je ne pense pas  que ce soit fiable à 100 %, je vois toujours des résultats incompréhensibles. » Rafael Nadal semblait, lui, naviguer entre deux eaux. « C’est certain que la technologie existe, mais bientôt nous ne serons que les deux joueurs sur le court. Je pense qu’il est important d’y maintenir de la présence humaine. » Ces propos corroboraient alors ceux du président de la WTA, Larry Scott, qui prétendait que le système du Hawk-Eye permettrait de « s’assurer que les annonces [soient] exactes, sans perdre l’élément humain des officiels sur le terrain ». Mais, là encore, la course effrénée au progrès technologique vint mettre à mal ces déclarations.

En 2020, avec l’épidémie de Covid-19 et les restrictions en découlant, le Master de Cincinnati, tout comme l’US Open ou le Masters de Londres, se sont disputés sans juges de ligne, se basant exclusivement sur la technologie du Hawk-Eye. Mais à l’heure du déconfinement et de la reprise de la saison, la question du retour des officiels a suscité de fortes interrogations. S’ils ont choisi de convier le public aux matchs en 2022, les organisateurs de l’US Open ont cependant décidé de maintenir l’absence totale des juges de ligne. Le tournoi Next Gen ATP Finals, qui récompense les huit meilleurs joueurs de moins de 22 ans de l’année, en plus de ne pas convier les juges sur ses courts, en est même venu, de ce fait, à redessiner entièrement les contours des terrains de jeu esthétiquement connus depuis des décennies. Les couloirs ont ainsi été effacés et les règles du jeu ont été adaptées, répondant aussi à la demande télévisuelle et publicitaire : les sets ont été disputés en 4 jeux gagnants, le tie-break à 3-3 et le point décisif joué à 40-40, réduisant alors radicalement le temps passé des joueurs dans l’arène, mais aussi des  téléspectateurs devant leur télévision. Enfin, à l’ère du coronavirus, notons également la décision des organisateurs de l’Open 13 de Marseille de 2021 de disposer 1000 spectateurs en plastique,  représentés par de vraies photographies de supporters triés sur le volet. Si pour certains le silence est d’or, l’effervescence des aficionados du tennis dans les stades semble irremplaçable pour d’autres, peu désireux, on le comprend, de faire face à un public en carton. 

En outre, l’arrivée d’une nouvelle technologie, Foxtenn, vient là aussi redistribuer les cartes de l’arbitrage vidéo. Au tournoi ATP de Metz, en 2014, le faucon semble pour la première fois menacé par le renard. L’Espagnol Javier Simon propose en effet d’aller plus loin encore qu’un  simple « in » ou « out » lors de la vérification d’une possible faute, afin de s’adapter à l’évolution rapide des joueurs, des surfaces, des performances, mais aussi des technologies. Son système prévoit d’installer une quarantaine de caméras autour des courts, de façon à capturer chaque moment en haute définition à raison de 3000 images par secondes, contre 150 pour son possible futur ancêtre, permettant ainsi de reproduire l’impact de la balle tout en délivrant aussi les images réelles de ses trajectoires. A l’essai depuis 2019 et utilisé dans quelques tournois comme celui du Masters 1000 de Madrid en 2021, Foxtenn semblerait s’imposer doucement mais sûrement comme la relève de l’arbitrage virtuel. 

Mais alors, quel avenir réserver aux arbitres de chaise ou aux juges de ligne ? Feront-ils toujours partie du paysage tennistique dans cinq ou dix ans ? Rien ne semble plus incertain, puisque la  présence de certains androïdes rôdant autour des courts de tennis se fait de plus en plus  insistante.  

Si les robots lanceurs de balles existent déjà sur le marché depuis de nombreuses années, permettant ainsi d’assurer un entraînement aux joueurs solitaires déjà empreints de technique et les dispensant d’un coach, les ramasseurs de balles pourraient eux aussi se voir menacés par un certain Tennibot. Inventée par une société américaine dont le concept s’est fait connaître en 2018, cette petite machine parvient à capter les balles disséminées sur le terrain grâce à  l’intelligence artificielle, lesquelles s’engouffrent ensuite sous une sorte de trappe. Pouvant être  pilotée à distance par les joueurs grâce à une application mobile, elle ne se déplace cependant qu’à une vitesse d’environ 2 à 3 km/h. Pour l’instant. Il lui faudra donc réaliser de gros progrès techniques pour espérer concurrencer la rapidité et l’agilité des petits « ballos ».  

Plus récemment encore, l’idée de l’utilisation du drone dans la nouvelle pratique du tennis, bien que ponctuelle et partielle, fait elle aussi son chemin. Le Drone-ovic, sorti en 2016 en hommage à Novak Djokovic promet aux fervents admirateurs du Serbe de s’entraîner comme leur idole grâce à son système d’envoi de balles spécialement conçu pour perfectionner son smash. Jo-Wilfried Tsonga, retraité des courts depuis Roland-Garros, a quant à lui quelques projets en tête pour son après carrière. Le Français entend bien démocratiser l’utilisation du drone lors des entraînements, afin, dit-il « d’aider les coaches à récolter des données très précises, qui peuvent être déterminantes dans la progression de nos jeunes joueurs et de joueurs plus confirmés ». Il collabore actuellement avec le constructeur français Parrot pour mettre au point et développer cette technique.  

Si cette course à la performance technique et technologique est bel et bien lancée, l’avenir de l’humain sur le court de tennis n’a quant à lui jamais été aussi fragile. En viendra-t-on à remplacer les joueurs eux-mêmes par des petits bijoux d’intelligence artificielle ? Ce ne sont  certainement pas les deux RG Robot, humanoïdes venus taper la balle lors de l’édition 2016 de Roland-Garros, qui diront le contraire. Loin, très loin encore de faire des étincelles à coups de raquette magique, nul doute que leurs concepteurs allemands Kuka et Schunk mettront tout en œuvre pour les perfectionner dans les années à venir et, qui sait, les faire un jour soulever un  trophée ?

Denis Grozdanovitch

« Jouer, c’est du temps de gagné »

© S.ROUDEIX/Opale/Leemage

Le jardin du Luxembourg au cœur de Paris, ses mythiques courts de tennis, la douceur d’une après-midi de fin d’été, le cadre est posé pour une discussion avec un tennisman philosophe. Dans De l’art de prendre la balle au bond, Denis Grozdanovitch a narré son parcours peu banal d’apprenti champion de tennis devenu écrivain. S’il a finalement choisi l’écriture comme terrain de jeu, le lauréat du prix Saint-Simon 2019, 74 ans, a gardé son âme d’enfant de la balle. Témoin privilégié de l’évolution du tennis, il raconte à Courts ses rencontres avec René Lacoste, Jean Borotra ou Ken Rosewall et défend son approche romantique du tennis, qui renvoie au plaisir originel du jeu. Pendant ce temps-là, une leçon de tennis vient de débuter sur l’un des courts du jardin du Luxembourg…

Courts : Vous avez pratiqué à haut niveau le tennis, le squash, le jeu de paume. Maintenant vous jouez de façon assidue aux échecs. Pourquoi est-ce que vous aimez tant jouer ?

Denis Grozdanovitch : Je devais être un enfant assez angoissé avec des parents et des grands-parents traumatisés par les deux guerres mondiales. Le jeu a été une sorte de refuge pour moi. Le club de tennis était à quelques centaines de mètres de la maison familiale à Mesnil-le-Roi. Tous les soirs j’allais m’entraîner au mur, jusqu’à la nuit. Les premières étoiles apparaissaient et il y avait cette petite planète blanche, car les balles étaient encore blanches, que je faisais circuler. Il y avait quelque chose de commun avec ce jeu des planètes. « Regarde les étoiles comme si tu tournais avec elle », disait le philosophe latin Lucrèce. Dans l’Antiquité, les jeux de balles étaient en corrélation avec une forme d’astronomie. Si on arrivait à maîtriser ces petites planètes bondissantes, on pouvait mieux maîtriser son destin. Ce que j’aimais, c’était la sensation de contrôler la balle, de la mettre où je voulais. Au fond, c’est quand je jouais à mes jeux d’enfant, puis à mes jeux d’adulte, que je ne perdais pas mon temps. C’était du temps gagné. J’ai toujours eu l’impression que ma vie était justifiée par le jeu.

 

C : À l’origine, le tennis se joue dans les jardins. Cette connexion avec la nature, elle semble importante à vos yeux.

D.G. : Ah oui ! J’ai des souvenirs d’enfant à jouer au tennis en bord de Seine. Il y avait quatre courts en terre battue entourés de grands arbres. J’ai joué toute mon enfance dans cet endroit. Pour moi, ce contact avec la nature fait partie du tennis. Ici, au jardin du Luxembourg, c’est pas mal parce qu’on entend le bruit du vent dans les arbres. J’ai toujours été conscient de l’environnement, de la beauté du jardin autour, du soleil qui joue son rôle pendant la partie.

 

C : Dans les années 60, vous êtres un apprenti champion à l’INSEP (Institut national du sport) mais vous êtes passionnés de littérature et vous devez vous cacher pour vous adonner à la lecture dans un milieu pas très porté sur la culture.

D.G. : Oui, j’avais compris qu’il ne fallait pas trop montrer son côté intellectuel dans les milieux sportifs. J’avais amené en secret une malle de livres que je cachais sous mon lit. J’avais trouvé une vieille salle de musculation désaffectée dans laquelle le lisais. Un jour, j’ai été surpris par un camarade en train de lire. Il était complètement effaré (rires). Le soir, ils ont essayé de me bizuter. J’ai toujours pâti de ce côté intellectuel. C’est pour ça que j’ai arrêté assez tôt ma carrière professionnelle. Ce n’était pas du tout mon truc parce que les entraîneurs voulaient me robotiser. J’adorais le tennis mais je ne voulais pas devenir un robot comme le sont la plupart des joueurs modernes…

 

C : C’est une rencontre avec René Lacoste qui achève de vous convaincre que cette carrière n’est pas pour vous. Que s’est-il passé ?

D.G. : J’étais champion de France junior, j’avais 17 ans. René Lacoste était venu assister à l’un de mes matchs au Tennis Club de Paris et ensuite il était venu me voir dans les vestiaires. C’était un grand de ce monde, il est arrivé avec son majordome qui lui tenait son manteau plié sur le bras. Il s’est approché de moi et m’a dit : « Jeune homme, je crois que vous avez les qualités si vous le voulez bien pour devenir champion du monde. » Au moment où il m’a dit ça, je me suis dit qu’il se trompait complètement… Par la suite, nous avons continué à avoir des échanges. Il a commencé à me prendre sous son aile, à me donner des conseils diététiques, stratégiques et même psychologiques.

 

C : Avez-vous côtoyé d’autre illustres joueurs ?

D.G. : Oui, j’ai joué avec les quatre mousquetaires, René Lacoste, Henri Cochet, Jacques Brugnon et Jean Borotra. J’ai joué tous les dimanches avec Jean Borotra, pendant plusieurs années. À 60 ans, il avait encore un niveau de première série, c’était étonnant. Il était assez filou. À chaque fois que je gagnais deux jeux de suite, il essayait de « m’endormir » au changement de côté. « Ah tu vois Denis, ce coup me rappelle ma finale de Wimbledon contre Bill Tilden, en 1932… » Je repartais la tête dans les étoiles et je perdais les deux jeux suivants (rires).

 

C : Éprouvez-vous des regrets par rapport à cette carrière avortée ?

D.G. : J’ai le regret de l’ambiance du tennis de l’époque, de son esthétique, mais pas de ne pas avoir été un champion. J’ai mené cette vie d’hôtels en hôtels, de clubs en clubs pendant cinq ans quand j’étais un espoir. J’ai trouvé que c’était une vie absurde. Vous allez à Moscou, vous allez à New York et vous ne sortez pas du club. Vous ne voyez pas la ville, vous ne rencontrez pas les habitants, c’est un enfermement. Ça ne me plaisait pas du tout.

 

C : Le style est important en littérature, il l’est aussi au tennis selon vous ?

D.G. : Ah oui ! C’est pour ça que je trouve que Roger Federer est un prodige, un ovni prodigieux. Au sein de ce monde professionnel complètement frelaté, dévoyé par le commerce et le sponsoring, il a réussi à garder son âme d’enfant. Il est passionné, comme un enfant à ses jeux. Il a dit une fois en interview, et c’est passé assez inaperçu, « je crois que personne ne s’amuse plus que moi sur un court de tennis ». Il a gardé ce sens du jeu et c’est ce qui fait sa qualité. David Goffin me donne aussi cette impression de jouir de l’élégance de son jeu.

 

C : Quel regard portez-vous sur la nouvelle génération avec des joueurs aux styles différents comme Tsitsipas, Kyrgios ou Medvedev ?

D.G. : Il y a un renouvellement qui est assez intéressant. L’ennui, c’est tout ce qui va autour, comme les tenues épouvantables des joueurs, par exemple. Je respecte tout à fait Nadal, mais ses tenues ce n’est vraiment pas mon truc. Les chaussures noires sur terre battue, j’ai du mal. Mais bon, vu mon âge, c’est peut-être une question de génération…

 

C : Pour finir, pouvez-vous nous raconter votre plus beau souvenir de tennis ?

D.G. : Dans les années 1950, il y avait les « tournées Kramer » qui réunissaient les meilleurs joueurs du monde. Un jour, je m’entraînais seul au service au Tennis Club de Paris, quand sont arrivés sur le court d’à côté Ken Rosewall, le no 1 un mondial de l’époque, Pancho Segura, Lewis Hoad et Alex Olmedo. Ils ont commencé à jouer un double d’entraînement. Je me suis arrêté, je les ai regardés et puis le directeur du club qui était là m’a montré du doigt en disant que j’étais le champion de France junior. Une fois leur double terminé, mon idole Ken Rosewall m’a proposé de faire des balles. Il y a un effet de mimétisme qui se crée quand on joue contre un joueur professionnel. On a joué une demi-heure et il m’a « aspiré » dans son jeu. J’ai joué le meilleur tennis de ma vie. J’ai écrit un texte sur ce moment, je l’ai appelé « Un tennis de rêve ». 

 

Article publié dans COURTS n° 9, automne 2020.

Happiness in Four Colours!

© Nils Martenet

With System 4, Michel Russillon is reinventing the tennis court in order to bring back its adolescent soul. And to magnify what it exists for – to play.

 

“In life, what you love, you do well.” In this simple sentence lies a proverbial truth. Not absolute, no – but the proven truth of a person who dedicated his life to tennis, tennis as a game, and as an apprenticeship – an allegory of the life we all pass through, tennis as a way of being and behaving: Michel Russillon.

A sports teacher by training, with emphasis on tennis, Russillon has developed a concept, System 4, which aims to put play and fun back at the centre of tennis education. 

“Remove three saucepans that stick to our sport,” he explains the proposed transformation. “From a so-called elitist game, to make a popular game; from an individualistic game, switch to a friendly game; and, rather than suggesting that tennis is difficult to access, provide a learning method that is simple and understandable for all.”

Elitism, individualism, complexity… Criticism that does not date to yesterday. And which today seems to manifest itself within various tennis federations as a decline in popularity. In France, at the national level, the erosion of the number of people holding a tennis licence has emerged as a fundamental campaign theme during the presidency elections of the French Tennis Federation. While in 2010, 1.1m licences were issued, now there are only 950,000. Moreover, ten years ago, when the number peaked, the Federation was already struggling to find ways to attract young players. 

“There is a disaffection with tennis among young pre-adolescent girls,” observed Odile de Roubin, then in charge of tackling the problem at the FFT. A similar battle occurs in the United States, where the number of tennis participants only began to increase with the COVID pandemic, after having decreased from 19 to 17 million between 2010 and 2017. 

On the other hand, the public still longs for its champions, even as the typical tennis spectator has aged. The average age of a tennis fan has ballooned from 51 to 61 in the last 15 years, the cause of much hand-wringing within the sport. 

Perhaps new vision and new champions are what is needed to break this trend. 

 

“We need to touch and feel the ball!”

For Michel Russillon, the key is to focus not on the champions but the players and the teachers. 

“We messed up our approach,” he analyses. “We did too many drills, the so-called Hopman method of hitting baskets of balls in repetition. People saw the coach send balls like that to Federer, Nadal, and company. But, for them, that’s not a problem! For Roger or Rafa, the automation is done, they are just warming up. On the other hand, a beginner who receives a ball fed from a coach does not learn anything. He doesn’t know if it’s an attacking ball, a defensive ball… I’m not criticising those who prefer to use the basket, but I really don’t think this is the right way to learn tennis.” 

Hit the ball and shut up!” reads an article in Le Monde written 40 years ago about Harry Hopman’s Academy. An entire program! Should we play the role of a charlatan and let the trick be on those who wish to learn the sport properly? No. 

“There is this viral phenomenon among the generation Y, it is undeniable,” says Russillon. “Being able to offer different types of tennis at a club, which is also very popular in the USA: pop tennis, touchtennis, pickleball, padel. For me, it is not a worry. There is no competition – these are just fashions, trends. Most of those who try something else pick up the racquet half an hour later.” 

As time has proven, we don’t drop our passion for the fuzzy yellow ball on a whim; we simply take a break from time to time to reflect on this strange relationship between the mind, the body, the court, and the racquet. 

“Obviously, you need to touch and feel the ball. There is something very specific about tennis,” adds Russillon. 

It is perhaps this imagination that has accompanied us since the moment we struck the first ball. Those dreams that we’ve been chasing since youth. Those moments spent hitting alone against a wall, imagining ourselves in front of throngs of spectators, playing for a trophy against a legend of the sport. Visions of Slam finals, at the end of our idyllic little street, against the worn door of the family garage or the wall of our tennis club – maybe even inside the house, with the sofa fashioned into a net. 

Those euphoric wins we experienced, for the very first time, scoring a victory over a big brother, a friend, an older partner who had been schooling us for years… We mimicked the gestures of our tennis idols – the insouciant volatility of John McEnroe, the crisp, clean technique of Stefan Edberg, the joy of Guga, coolness of Borg, eloquence of Federer, and vibrancy of Nadal – and formed a mystical bond with this craziest of sports.

© Nils Martenet

The pupil? A treasure that has all the talent in the world..

It is also for this reason that Russillon decided to implement his ideas. System 4 is a versatile concept, embodied by a new vision of the tennis court and a new educational approach to competing between the lines. On the surface, occupied by a traditional court within its, not always attractive, grid boundaries, 18 by 36 meters, Russillon has created a “tennis park” with four, quadricoloured progressive courts. 

Colour-coded, on the same surface, and with the doubles alleys eliminated so that the eye can focus on what’s important, the player can become truly aware that they are playing on a rectangle. The four courts can either take this form for educational purposes or another one – a little different and less colorful, but with an associated racquet rental service on top, so that the club can make it a space dedicated to more than tennis, from pickleball to touchtennis.

“Our sport has been around for 150 years, and it never budged,” Russillon says. “I believe it is time to change the infrastructure in order to learn better and have fun immediately. Suddenly, we have smaller courts, which allow us to hit more balls, a colour code reminiscent of traffic lights, and the different roles that I have to play during a game: server or returner, defender or aggressor. 

“In the red zone, I am behind the baseline – I am defending. In the orange zone, I start to take the initiative. In the green zone, I attack, and in the yellow zone, I finish – I volley, I conclude the point. It transcribes well the game that I advocate, a creative game and not a robotic one. If we look at contemporary tennis, we see that it is played a lot in the red zone. With the children, we try to start in the red in order to teach them consistency, but, then, we quickly go to the yellow zone where we take the initiative.”

This colourful environment, that gives pleasure and breathes life into training sessions, must be accompanied by a thoughtful educational approach. 

“I am in favour of the active method, in which people play and draw the necessary resources from themselves,” explains Russillon. 

And finally, System 4 comes with a credo: each child has all the talent in the world. 

“A student is a treasure, an essential person loved by their loved ones, the family, the whole environment,” says Russillon. “It is the coach’s responsibility to help the student find those resources that will lead to success. The player must therefore be able to analyse his game by asking the right questions in order to find the solutions: Did I react well? Did I play with the right pace? Was I well oriented and balanced? Did I play the right shot?”

Using this approach, the quadricoloured courts make it possible to get closer to the essence of the sport. 

“They maximise the stimulation of training. And this is important, because I believe that, if the children have difficulty concentrating, it is perhaps because I, as a coach, have not succeeded in offering them a training session that would lead them to concentration.”

 

The four courts can therefore be broken down into four workshops, says Russillon. “On the largest court, training is individualised with a player and a coach. On the two intermediate courts, we practise improvement and play, free or with instructions. In all three cases, we are in a real match situation. Finally, on the smaller court, we work on coordination using balance balls and footwork ladders, to promote stability and equilibrium. The children are spread out over the four courts and switch according to a set timing.

The result? Satisfaction. 

“When they get home at night, they can say that they’ve perfected themselves, that they’ve worked out physically, that they played and had fun!” 

Last but not least, there is an essential aspect of the instruction: the use of the whole range of training balls. “We are aiming for immediate success,” confirms Russillon. “It’s better to start the volley with a soft ball and, if all goes well, move on to the heavier red ball, then to the orange ball, sharper than the yellow ball, or to the green ball, slower. If you fail, no worries, we go back to the soft ball – we adapt to the level of the child.”

© Nils Martenet

“Tennis is a way to feel good about yourself”

If tennis is a sport that feeds back after every point played, success or failure, the challenge of System 4 goes far beyond. For Michel Russillon, tennis is not a goal in itself. It is “a way to be good with yourself”. 

“It’s only for Roger or Rafa that it’s a goal in itself,” he jokes. “For us, it’s a game, a pleasure, which allows us to develop qualities that we need throughout our lives: taking initiatives, contact with others, responsibilities – useful values ​​in everyday life that allow us to feel good in our sneakers and with our peers. There is no tennis without camaraderie! In short, it is a lifestyle from a young age, and until the most advanced level. It is still rare to find a sport that you can play from 4 to 77-years-old! You do singles, doubles, you can adapt and evolve.”

“In short, it’s the sport of a lifetime. On the physical level, on the play level, but also on the relational level. And that is essential with this painful period that we have been through.” 

System 4 takes up this challenge. Creating bonds, bringing back conviviality in tennis clubs and in everything related to the fuzzy yellow ball.

“Absolutely!” Exclaims Michel Russillon: “When there are eight children who alternate between workshops, have fun, and succeed on these four quadricoloured courts, you have twice as many parents and grandparents around who join the discussion, and then, who knows, maybe play together. When you have the young and the old playing touchtennis or a game of pickleball on the courts, you have so many interested looks and people around who want to test it and maybe come to the club once more during the week.” 

The project then takes on a formidable importance. For Michel, it is embodied in a true profession of faith: “My goal is to bring tennis to the city. In the city! Build city parks that make you want to hit balls rather than go for a run on the treadmill.”

A non-prescription prescription of conviviality and shared happiness: “The game is all within us. And, at the end of the day, we’ll have a drink together!” 

 

Story published in Courts no. 2, autumn 2021.

The Queen said

“it must have been terribly hot”

on Centre Court.

© Art Seiz

Did you know that Althea Gibson was in a John Ford movie playing opposite John Wayne and William Holden? Are you old enough to know who Althea Gibson was? 

And why is it that, although she had a major role in the 1958 movie, Gibson’s billing hardly ever showed up in any publicity? She had, after all, been ranked world number one female tennis player one year earlier. In 1956, she had won the French Open, and in 1957 she had glided to the top with victories at the Australian Open, Wimbledon, and the US Open. Is it because she was thought of more as a sportsperson than an actress that, even though she was on screen more than any other woman except for Constance Tower, her name is twenty-third in the credits?

More likely, of course, the reason that the 5ft 11in tall 32-year-old who played a slave girl in Ford’s film was not given star billing, or any billing at all, is that she was Black.

When she won at Roland Garros, she had been the first Black woman ever to win a Grand Slam tennis title. Six years earlier, in 1950, she had, at age twenty-three, broken the colour barrier of the American Lawn Tennis League by playing at the exclusive West Side Tennis Club in Forest Hills in the U.S. National Tennis Championships. In 1951, she had been the first African-American player to play at Wimbledon. None of it had come easily. Following her Wimbledon title six years after that, when she was shown being congratulated by Queen Elizabeth, she said, “Shaking hands with the Queen of England was a long way from being forced to sit in the coloured section of the bus going into downtown Wilmington, North Carolina.” 

Gibson was born to sharecroppers who worked on a cotton farm in rural South Carolina. The Great Depression had an immediate impact on rural farmers, and in 1930, her parents moved to Harlem. The Police Athletic League operated a play-area near to the family’s apartment on 143rd Street between Lenox and Seventh Avenues—Gibson, a natural athlete, played lots of sports there, and by age twelve, she was the women’s paddle tennis champion for all of New York City. Her father taught her boxing, and she took to it naturally. Her neighbours made a collection for her to have tennis lessons. At first, she considered tennis to be a sport for weak people. She would later say that combat came so naturally to her that she would “fight the other player every time I started to lose a match,” but, still, she played and she played well. 

Soon, Gibson began to win tournaments. She was discovered by Walter Johnson, a physician in Lynchburg, Virginia, who mentored young African-American tennis players—Johnson would eventually mentor Arthur Ashe as he did Gibson—and he helped her gain entry into tournaments that did not normally have Black competitors. She moved back to the South, to Wilmington, North Carolina, and her tennis was of such sterling quality that she got a full athletic scholarship to attend Florida A&M University. 

But the tennis world was not fully open to her. Gibson was initially kept out of the US National Tennis Championships at Forest Hills. Racial discrimination was prohibited by law, but to qualify for the Nationals, players had to win a certain number of sanctioned tournaments, and they were held at all-white private clubs where Blacks never went onto the courts, even in tournaments technically open to everyone. It took the doyenne of women’s tennis, Alice Marble, to publish an editorial in the July 1950 issue of the magazine American Lawn Tennis to change history. 

Gibson reprints Marble’s diatribe in her lovely autobiography, I Always Wanted to be Somebody— a book that is rare for its candour, lack of boasting, and its freshness of tone, even if it is not great literature. Marble, as cited in Gibson’s book, writes that lots of people “Want to know if Althea Gibson will not be permitted to play in the Nationals this year. Not being privy to the sentiments of the U.S.L.T.A., … when I directed the question to a committee member of long standing, his answer, tacitly given, was in the negative … The attitude of the committee will be that Miss Gibson has not sufficiently proven herself.”

Tennis Legends during Us Open Tennis Championships ceremonies at Louis Armstrong Stadium. Rod Laver, Tony Trabert, Tracy Austin, Arthur Ashe, Maria Bueno, Althea Gibson, Fred Stolle, Vic Seixa, Jack Kramer, Fred Stolle, Jimmy Connors, Frank Parker © Art Seiz

Marble writes that the committee member did not think it adequate that Gibson had been a finalist in the National Indoors. She would have to play in the tournaments in Orange, East Hampton, and Essex. But they were invitationals. “If she is not invited to participate in them, as my committee member freely predicted, then she obviously will be unable to prove anything at all, and it will be the reluctant duty of the committee to reject her entry at Forest Hills.1

“We can accept the evasions, ignore the fact that no one will be honest enough to shoulder the responsibility for Althea Gibson’s possible exclusion from the Nationals. We can just ‘not think about it.’ Or we can face the issue squarely and honestly … It so happens that I tan very easily in the summer—but I doubt that anyone ever questioned my right to play in the Nationals because of it.”

Just after the editorial appeared, Gibson tried to enter the New Jersey State Championships at the Maplewood Country Club, but was refused on the basis that there was “not enough information.” Then, however, American Tennis Association officials joined the battle for Gibson’s admission to Forest Hills, and the Orange Lawn Tennis Club in South Orange, New Jersey, allowed her to play in an important championship. “The dam broke,” Gibson would write. At age twenty-three, she was invited into the Nationals and became the first Black player, female or male, to enter the tournament. An article in The Daily Worker reported that “No Negro player, man or woman, has ever set foot on one of these courts. In many ways, it is even a tougher personal Jim Crow-busting assignment than was Jackie Robinson’s when he first stepped out of the Brooklyn Dodgers dugout.”2 Ebbets Field, where the Dodgers played, did not, after all, reek of exclusivity. The half-timbered Tudor-style buildings of the elegant club in Forest Hills, an oasis of verdure and space in New York’s borough of Queens that seemed like an English village in the middle of the metropolis, made it a bastion of America’s white Protestant establishment. It’s thirty-five tennis courts bespoke quiet wealth—that was one large piece of real estate a short trip from midtown Manhattan. The founders and subsequent inner sanctum of the place had ideas on how to keep it the way they wanted; like private schools, dancing classes, country clubs, and universities all over America’s so-called segregated Northeast in the 1950s, there were unwritten rules concerning the eligibility of Blacks and Jews. 

Gibson’s getting into the tournament was a breakthrough, but it would not have secured her membership in the tennis club. In 1959, Ralph Bunche Jr, the fifteen-year-old son of Dr Ralph Bunche—one of the most distinguished Black people in America, a Nobel Prize winner and United Nations Under-Secretary for Special Political Affairs—was denied membership. Bunche Jr was taking lessons with George Agutter, a 72-year-old pro who had been teaching at Forest Hills for 45 years, and Agutter had urged him to apply for junior membership. Agutter had not realized that his pupil was a light-skinned Negro. After the error was recognised and Bunche Jr was told it was out of the question, “The elder Bunche thereupon called the club president, Wilfred Burglund, who said he was sorry, but Forest Hills simply didn’t take in Negroes or Jews. When Bunche protested that Negro star Althea Gibson twice won the women’s singles title at Forest Hills (in 1957 and 1958) Burglund replied that the club had no control over the players in the tournaments held there by the U.S. Lawn Tennis Association, but it definitely could decide its own membership. If the club admitted Negroes, said Burglund according to Bunche, hundreds of its members would instantly resign.3

Bunche went public about the matter, which was rare for him. “Neither I nor my son regard it as a hardship or humiliation. It is not, of course, in the category of … segregation … suffered by … Negroes in the North as well as the South. But it flows from the same well of racial and religious bigotry. Rather, it is a discredit to the club itself.” Five US senators publicly spoke up against the Club’s policy, and New York’s deputy mayor joined the protest against the heinous policy. The response from the leadership of the Club was silence. The US Supreme Court had made its landmark school integration decision five years earlier, but since the club had nothing in its bylaws or constitution establishing the policy that prohibited Blacks and Jews and other unspecified minorities from joining, no one had further recourse, and the policy stayed in place. Even with the breakthrough allowance to play at Forest Hills, it was not all onwards and upwards. Gibson would write that she was “discriminated against by the tournament committee when they assigned me to Court 14, which is the farthest removed from the clubhouse of all the courts on the club grounds and has the smallest capacity for accommodating spectators.”4 

Ginger Rogers, who played mixed doubles in the tournament, was, on the other hand, put on the court directly in front of the clubhouse. Even at her obscure location, though, Gibson was noticed, to the extent that she had to cope with the annoyance of flashbulbs constantly going off in her face and temporarily blinding her. The press was excited by her breakthrough presence, and her tennis was remarkable. Lean and muscular, she used her long arms gracefully, dazzling people especially with her powerful serve.

Whatever the battles she had been through to get her into Grand Slam tournaments, in 1957, not only was Gibson the first Black champion at Wimbledon, she was the first champion ever to receive the trophy personally from Queen Elizabeth II. When she had been getting ready for the match, “Everyone in the dressing room was talking excitedly about the news that the Queen was going to be there. That made me feel extra good. I would have been terribly disappointed if she hadn’t been.”5 An hour before the match, when she was practising on a side court, she “saw Queen Elizabeth eating lunch on the clubhouse porch. Instead of making me nervous, it made me feel more eager than ever to get out there and play.” As Gibson changed into a fresh shirt, she was counselled how to curtsy to the Queen after the match. Then, just after Gibson won the finals with dashing tennis, the tournament officials asked her and the other finalist, Darlene Hard, to walk over to the umpire’s chair and wait as workmen unrolled a red carpet from the royal box.

“Queen Elizabeth, followed by three attendants, walked gracefully out on the court. She wore a pretty pink dress, a white hat and white gloves, and she was absolutely immaculate, even in all that heat. One of the officials called me to step forward and accept my award. I walked up to the Queen, made a deep curtsy, and shook the hand she held out to me. ‘My congratulations,’ she said, ‘it must have been terribly hot out there.’ I said, ‘Yes, your majesty, but I hope it wasn’t as hot in your box. At least I was able to stir up a breeze.’ The Queen had a wonderful speaking voice and looked exactly as a Queen ought to look, except more beautiful than you would expect any real-life queen to look.” Queen Elizabeth then presented the gold salver to Gibson. Gibson “curtsied again and backed away from her… I remembered the backing away business from the movies.6 The Queen then retreated and the red carpet was rolled back up.

Althea Gibson, Zina Garrison, Arthur Ashe and not sure of man on right... Could be Althea’s Companion at Wimbledon. © Art Seiz

At a celebration ball that evening at the Dorchester Hotel, Gibson addressed the Duke of Devonshire, who was master of ceremonies, and said, “In the words of your distinguished Mr. Churchill, this is my finest hour.” She thanked “the many good people in England and around the world whose written and spoken expressions of encouragement, faith, and hope I have tried to justify.” She said that her win was “a total victory of many nations… created through the international language of tennis.”7 Then Gibson started the dancing by going out on the dance floor with the tennis pro Lew Hoad. The two of them circled the ballroom to the song ‘April Showers’, which Gibson had requested, and it took several minutes before others in the awestruck crowd followed them onto the dance floor. In New York, following her triumph in London, Gibson was the second African-American—Jesse Owens had been the first—to be honoured with a ticker tape parade. President Dwight Eisenhower wrote her, “Recognizing the odds you faced, we have applauded your courage, persistence, and application. Certainly it is not easy for anyone to stand in the centre court at Wimbledon and, in the glare of world publicity, and under the critical gaze of thousands of spectators, do his or her very best. You met the challenge superbly.”8

Gibson then won the US Open in the stadium where she had previously been forbidden entry. The following year, she glided to victory yet again in both tournaments. The Associated Press, in both 1957 and 1958, declared her “Female Athlete of the Year.”

It was an unusual idea of John Ford’s to put Gibson in his movie, The Horse Soldiers, and an odd decision on her part to take the role. On the screen, she is subservient and docile. She generally has a look on her face of wide-eyed astonishment.Although she refused to speak in the dialect that Ford had initially requested, and had great dignity as a tall, well-dressed, and pretty slave, was the antithesis of the warrior she was in real life. 

And she is shot dead well before the end of the movie, which generally roars with testosterone and is a general bloodbath. It is not a brilliant part, but she is competent at it.

Gibson liked performing, and not just on the tennis court. Gibson was a talented singer and saxophonist; in 1943, she had been runner-up at an amateur contest at Harlem’s renowned Apollo Theater, and in the same year she won those three Slam tennis titles, she had sung in public at the Waldorf Astoria Hotel at an 84th birthday tribute to W.C. Handy, a well-known songwriter who was considered “The Father of the Blues.” The year after she was in The Horse Soldiers, she released a phonograph record and performed on the Ed Sullivan Show. But despite her moments of glory, Gibson struggled. Once she stopped winning Grand Slam matches, she was low on funds, and made money doing exhibition matches before Harlem Globetrotters basketball games. She, and her doubles partner Angela Buxton, who was Jewish, were turned down on the many occasions that they sought admission to the The All England Croquet and Lawn Tennis Club. Gibson, meanwhile, became a professional golfer, and joined the Ladies Professional Golf Association—the first African-American to do so—at age thirty-seven. She was able to be a member, but still was banned from tournaments not just in the South but also in the North, and often had to dress for matches in her car because she was not allowed into the clubhouse. 

The rest of Gibson’s life did not have the glamour of her Queen Elizabeth years. She did well at golf, but not spectacularly, and made money largely by doing sponsorship deals. She continued with golf and tennis, but not on the same level as in earlier years. Nonetheless, in 1976, Althea Gibson became Athletic Commissioner of New Jersey—and was the first woman to hold such a post anywhere in the U.S. Married and divorced twice, she was essentially alone in the world when she then had two cerebral haemorrhages and a stroke and, unable to pay her rent or medical treatment, she asked for help from various tennis organisations but never received it. Fortunately, Angela Buxton raised over a million dollars from mutual acquaintances to ensure her comfort until 2003 when Gibson died. Today, there are children’s books featuring Althea Gibson as an exemplar of courage and tenacity. Through tennis, she changed the world. 

1 I Always Wanted to be Somebody, pp. 63-65

2 Rodney, L: 

On the Scoreboard: Miss Gibson Plays at Forest Hills, The Daily Worker, August 24, 1950

3 Segregation: West Side Story, anonymous article dated July 20, 1959 in the Ralph Bunche papers of the University of California, UCLA Special Collections

4 p. 71

5 p. 132

6 p. 134

7 p. 138

8 p. 140

 

Story published in Courts no. 3, Summer 2022.

The Ultimate Demise of New York’s East River Courts?

 

Built on a New York ‘flood plain’ the courts will leave tennis loving New Yorkers dry for at least four years

East River park on a full night in August 2020, not long after Covid-19 restrictions were partially lifted. Photo © Adrian Brune

In the summer of 2019, as the U.S. Open show rolled into New York, the city’s public courts became a boon for celebrities: Lindsay Davenport shot a Heineken ad on a court along the Hudson River; Eugenie Bouchard drilled with then-coach Pat Cash at the Bronx’s Cary Leeds Tennis Center; even Daniil Medvedev turned up to play. His choice: the Brian Watkins Tennis Center at Manhattan’s East River Park.

Why East River Park? The proximity to East Midtown, where a lot of the players stay? For the views of the Williamsburg Bridge? Sightseeing spots created by the famous urban planning despot Robert Moses? Or the relative anonymity and no-BS attitude of the Lower East Side?

The regulars at the Center, one of the most popular tennis playgrounds in Manhattan, never asked. And Medvedev never said. But as the 2022 U.S. Open winds down and hurricane season rolls into the Tri-State area, another storied tennis venue could go the way of the Tudor City Courts, the Forest Park Tennis Courts in Queens and the former Cosmopolitan Tennis Club in Harlem: the Brian Watkins Tennis Center. 

“This is a very low- and moderate-income neighborhood. Most of the park is lined with public housing. It’s people who have been here for generations, who love this park and this place,” said Pat Arnow, a neighborhood resident who started the group East River Park ACTION. “That is why you are losing the park, because the city doesn’t care about the people who love this park right now… It’s not a tourist park. It doesn’t have a lot of rich people enjoying it.”

Courts under construction in the early 1930. Photo © New York Public Library

Last winter, despite protests, court petitions and players staging sit-ins amid bulldozers, construction started on the $1.4 billion “East Side Coastal Resiliency Project (ESCR),” — a hurricane-defense plan created in the wake of 2012’s massive Hurricane Sandy, which put FDR Drive and a good part of the East Side under water.  Following the current blueprints, city contractors will build a 1.2 mile wall along the water and cover the razed park with eight feet of fill to create a berm that will supposedly block hurricane-sized currents. A new park and new courts have been planned to sit atop the levee in four, maybe five years — or whenever workers finish. 

Protestors stand outside during and early morning last November 2021, a last ditch effort to save the courts. Photo © “East Side Coastal Resiliency Project (ESCR).

“If we built resilience measures, and didn’t protect the park itself, we would continue failing our communities for the exact reason the environmental justice movement started,” said Carlina Rivera, the City Council member who has represented the area since 2018. “My community doesn’t deserve a park that essentially turns into a bathtub every few years when there’s a hurricane. We deserve a park that’s protected.”

 

Back to Beginnings

For once, the reviled Moses might have done something good for the city — when he embarked on changing the waterfront, the East River was a hub of slaughterhouses, power stations and railroad yards. In tandem with Franklin D. Roosevelt Drive (FDR), Moses created a tree-shaded esplanade that rolled out with the highway. It housed abundant recreational facilities, lots of green space and windswept views — a respite for the tenements.

Acquiring land for a park in the LES proved prohibitively expensive and legally twisted, however. Instead, the city opted to fill in the waterfront, and in 1939, East River Park opened. It  featured a running track, a track house, an amphitheatre for famous producer Joseph Papp’s productions of  Shakespeare in the Park, and 12 tennis courts with a storage house and public toilets. 

The finished East River Courts in 1939 — a urban renewal project by the famed city planner, Robert Moses. Photo © New York Library Archive.

Since then, however, the city has chipped away at the park. In 1949, the administration decided to widen FDR and took a section of the park to do it. In 1963, Mayor Robert F. Wagner extended South Street for tourists and pushed into the park. But the most drastic change to the waterfront took place in 2012, when Hurricane Sandy came to town. In a matter of hours, East River Park was under water. 

To keep the fate from repeating, not long after Sandy, the administration of outgoing mayor Bill DeBlasio presented a more palatable $760 million plan which would have razed a smaller section of the park, built berms and marshland, and installed floodgates on FDR Drive. In 2018, however, De Blasio scrapped it for the ESCR, a proposal he argued would create a better-protected space and make construction faster and easier. It would also temporarily sacrifice the newly refurbished track, the amphitheatre, and the courts, while permanently demolishing 1,000 trees — some 80 or more years old — an ecology project, and possibly the landmark protected tennis and track houses.

A bird’s ever view of the torn-up East River courts and the playground , both of which the city allege will rebild in 2025. Photo © Adrian Brune

Local citizens under several groups, including East River Park ACTION, filed lawsuit after lawsuit. Initially, it seemed something might stick. But last December — the final month of de Blasio’s administration — demolition crews began working around the clock under constant police protection and in defiance of an appeals court restraining order to flatten the Southern half of the park, while men, women and their children sat on park amenities and stood in front of trees. On December 16, the restraining order was rejected, but by then, the damage was irreversible.

A couple waits for their court to come up during a warm August night in New York City. The courts have been the sites of numerous friendships made, much dating and even celebrity sightings. Photo © Adrian Brune

One of the more widely used courts in the city, the East River courts were renamed — a bit morbidly — the Brian Watkins Tennis Center in honor of a Utah tourist and University of Idaho tennis player who was slain in the subway while attending the 1990 U.S. Open. By spring 1991, the courts had a $1.7 million resurfacing and $30,000 donation from an anonymous donor to teach tennis to local children. 

Used nearly year-round, the courts had recently fallen into disrepair, with cracks filled with cement, downed windscreens, and nets held up, at times, with spare tennis balls, cans and anything leftover in racquet bags. With one of the major tennis centers now gone, other tennis associations across the city have braced themselves for the spill over. 

“My guess is that we are definitely seeing spill over. Fort Greene is very, very busy this season,” said Sam Burns of the Fort Greene Tennis Association, which operates the closest set of two or more public courts next to the East River. “I’m really glad that the City has committed to rebuilding the courts by including them in the improvement plans and I know that the NYC tennis community will be extremely happy when they have access to public tennis courts again.”

A sign-up sheet is used to designate the times of matches. It doesn’t always work, and while some courts have website reservations sites, none have city-wide apps to reserve courts. Photo © Adrian Brune

Bâtisseurs

© Antoine Couvercelle

Ils sont ceux qui entourent et préparent le joueur. Qui lui permettent de toucher ses limites et de les repousser. Et qui l’accompagnent pour être meilleur… sur le court, mais aussi en dehors. Focus sur ces bâtisseurs de l’athlète, du coach au préparateur physique, en passant par les kinés, les scientifiques et les laboratoires, à l’image de NHCO Nutrition®

 

Construire. Déconstruire. Reconstruire. Il y a le joueur de tennis qui, toujours, souhaite apprendre et progresser, adepte jusqu’au-boutiste de la fameuse citation apocryphe d’Antoine Lavoisier : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. » Oui, pour cet athlète qui entretient l’espoir de vivre un jour l’ivresse d’une remise de trophées sur le court central d’un tournoi du Grand Chelem, rien n’est jamais perdu et tout doit contribuer à paver et niveler le chemin qui mène à cet Eden sportif. 

Mais c’est oublier que « rien ne se crée » non plus, que la transformation est une traversée, un changement qui peut s’apparenter à une simple évolution… comme aux plus profonds bouleversements. C’est aussi ce que son corps raconte, jusque dans ses plus petites unités vivantes, aux tréfonds des cellules. « Quand le joueur de haut niveau fait un effort intense, il détruit ses fibres musculaires, mais c’est en s’entraînant qu’il incite son corps à mieux se reconstruire et à gagner en puissance musculaire et en performance», explique Maud Belicchi, Directrice Recherche et Développement au sein des Laboratoires NHCO Nutrition®, remémorant quelques lointaines leçons de SVT passées à rêvasser plutôt qu’à noircir des cahiers. Résultat ? « Son objectif, dès la fin de son effort, est de les reconstruire. »

Construire. Déconstruire. Reconstruire. Des verbes qui font résonner leurs nuances aux oreilles averties des latinistes : « construire », c’est étymologiquement « construere », « bâtir », « entasser par couches », le tout avec structure. « Avec ». Une préposition qui a son importance : cette plongée rapide dans les pages d’un Gaffiot qu’il a fallu retrouver entre le Lagarde et Michard d’un vieil oncle et un reliquat suranné de cours encartonnés offre un écho surprenant, mais profond à la vie du joueur de tennis. 

 

« Mon corps est mon outil de travail »

Car on ne naît pas joueur de haut niveau. On le devient à force de construction, d’une structuration progressive qui ne peut se faire seule, mais avec : le coach, le préparateur physique, le préparateur mental, le kiné, l’expert nutritionniste… Tous participent au chantier. À sa préparation et à sa création. « La performance est une notion globale », confirme Frédéric Fontang, coach de Félix Auger-Aliassime. « Tous les aspects sont à prendre en compte, de la nutrition à la biomécanique, si on veut atteindre le plus haut niveau et durer. En tant qu’entraîneur, je suis exigeant dans mon approche à 360 degrés avec Félix. »

Il y a le soin apporté à l’accessoire, au matériel, mais surtout celui que le joueur accorde au tout premier de ses outils : son corps. Une réalité sur laquelle s’étendait longuement Pierre-Hugues Herbert dans une chronique pour Tennis Addict : « Mon corps est mon outil de travail. Il est irremplaçable. Si je le casse, ce n’est pas le genre de chose que je pourrai aller changer chez Leroy Merlin… Depuis mon plus jeune âge, mon entourage a toujours mis l’accent sur mon hygiène de vie et m’a fait comprendre qu’il fallait que je prenne soin de mon corps. » L’entourage, ce sont aussi ces différents experts qui contribuent au chantier. « Les meilleurs joueurs du monde voyagent quasiment tous avec des personnes chargées exclusivement de prendre soin d’eux (masseur, ostéopathe, préparateur physique, diététicien) », continue P2H. « Novak Djokovic avec son régime sans gluten, ses séances de yoga et ses deux kinés en est un très bon exemple. Tout comme Serena Williams qui voyage, elle, avec son cuisinier sur les tournois. »

Charlotte Ducos, responsable de la préparation physique pour la All In Academy, abonde. « C’est un travail d’équipe, dont le chef d’orchestre est l’entraîneur-tennis. C’est évidemment lui qui dicte, puisque la préparation d’un joueur dépend de la planification des tournois et de ce que le coach veut travailler. » Il y a les staffs médicaux qui permettent d’établir très précisément le profil physique du joueur avec ses faiblesses et ses pathologies. « Et nous aussi, du côté des préparateurs physiques, on a nos petits tests : est-ce que le joueur est fort du haut du corps, du bas, du devant, du derrière ? est-ce qu’il y a un déséquilibre ? On répète ces tests régulièrement tout au long de l’année pour vérifier que le travail physique mis en place fonctionne. Et on s’adapte. »

Adaptation, le mot est lâché. Car, comme pour tout chantier, les imprévus sont légion. Et le temps manque toujours… « C’est effectivement difficile de caler de grosses périodes de préparation physique dans l’année », confirme Charlotte Ducos. « Pour nous, l’objectif, c’est que le joueur n’arrête jamais complètement de travailler. Tout stopper, c’est faire un pas en arrière. On essaie de le faire comprendre à nos jeunes joueurs : ce travail contribue à prendre soin de leur corps, à le préparer à ce qu’il va endurer. Parce que l’on ne travaille pas seulement le développement physique ; on bosse aussi à prévenir l’apparition des pathologies. »

2022 BNP Paribas Open-Indian Wells © Ray Giubilo

La science des acides aminés

Si la préparation et la prévention font partie du quotidien du joueur, certains athlètes poussent la rationalisation de leur corps plus loin en mettant la science à contribution. L’analyse biomécanique, par exemple, comme ce fut le cas de Daniil Medvedev avec sa gestuelle au service. La réalité virtuelle également : à l’INRIA à Rennes, on a développé un serious game en VR qui permet aux gardiens de but, en football, de travailler l’anticipation des mouvements « en suivant des cibles de couleur qui bougent dans tous les sens », explique-t-on du côté de l’institut. Pourquoi pas le tennis ? « Il y a des zones cérébrales liées à la concentration, la douleur, l’appétit… plusieurs zones spécialisées qui peuvent communiquer », confie Maud Belicchi. « À force d’entraînement, on peut stimuler certaines connexions cérébrales qui nous permettent, grâce à la répétition et au travail, d’être sollicitées plus facilement et de créer des réflexes. Le cerveau est élastique : plus vous en stimulez des zones différentes, plus les neurones développent de nouvelles connexions entre eux. Il se passe la même chose dans le cerveau du sportif. En fonction des exercices qu’il réalise et à force de répétitions, il ancre une routine jusque dans ces neurones. C’est ainsi qu’il peut modifier son cerveau, ses réflexes, sa rapidité, son contrôle musculaire… » 

Mais la nutrition et la micronutrition sont elles aussi des sujets d’innovation propres à participer au bâti du joueur de haut niveau. Au sein des Laboratoires NHCO Nutrition®, on a ainsi développé le concept d’Aminoscience®. L’explication ? « Le laboratoire a tout simplement intégré les acides aminés dans ses compléments alimentaires », indique Maud Belicchi. La poésie chirurgicale du vocabulaire scientifique a ceci de paradoxal qu’elle est d’une justesse absolue – mais évoque une polysémie d’univers inconnus aux oreilles béotiennes. « Toutes nos protéines sont composées d’acides aminés. Il en existe des centaines, mais seule une vingtaine d’acides aminés sert à fabriquer des protéines, protéines qui servent, elles, à faire les fibres musculaires, entre autres. »

Pas besoin d’être prix Nobel pour le supposer : si les fibres musculaires s’avèrent fondamentales pour le promeneur solitaire qui flâne d’un pas rêveur, à quel point le sont-elles pour Rafael Nadal lorsqu’il vient claquer son ultime volée de revers après 5 h 24 de match en finale du dernier Open d’Australie ? « Un sportif, dans le cas d’une activité intense, a un métabolisme accru. Il a donc besoin de plus de nutriments. On va lui apporter plus d’acides aminés pour faire plus de protéines et, ce faisant, plus de fibres musculaires. Améliorer : c’est vraiment le but des compléments alimentaires. »

Certains acides aminés peuvent être utilisés pour la reconstruction musculaire. Directement assimilables, ils servent immédiatement à faire et à refaire du muscle. D’autres vont davantage permettre de prendre de la masse musculaire ou de faire une sèche en forçant l’organisme à puiser dans ses graisses tout en préservant ses muscles. D’autres encore participent à la prévention de pépins physiques : « On travaille d’ailleurs beaucoup sur l’articulaire », confirme Maud Belicchi. « Avec, d’un côté, le renforcement et le confort articulaire et, de l’autre, le tendineux pour limiter les risques de blessures. Les compléments alimentaires constituent alors une bonne alternative au traditionnel anti-inflammatoire qui soulage ponctuellement le sportif : ils proposent des ingrédients et des substances naturelles pour une utilisation de fond. »

 

« Anima sana in corpore sano ! »

« Avec un corps bien préparé et des nécessités physiques honorées, l’on peut s’attacher à préparer la tête », assénait Nick Bollettieri dans son Tennis Handbook. D’autant que pour Frédéric Fontang, « le physique et le mental sont liés. Pour moi, ils ne font qu’un et on en a la preuve au quotidien si on prend soin d’écouter son corps et son esprit. Ce sont des vases communicants. Il est important pour un joueur de haut niveau d’être stimulé en dehors des limites pour progresser, mieux se connaître et se dépasser lorsque les circonstances le demandent. » Charlotte Ducos va plus loin : « Technique, physique et mental doivent s’imbriquer complètement. Mais je mettrais presque le mental au-dessus des deux autres. Courir, frapper des coups droits, des revers… Ils savent tous le faire. Ce qui fait souvent la différence, c’est la gestion des émotions sur le terrain. »

L’objectif final de ce chantier global ? Être un meilleur joueur de tennis. Mais surtout… « Être une bonne personne ! », s’exclame Charlotte Ducos. « C’est l’essentiel et c’est aussi ce que l’on essaie d’inculquer aux jeunes joueurs : quels individus veulent-ils être sur et en dehors du court ? » Exactement ce que confiait Ashleigh Barty l’année dernière, après son titre à Wimbledon : « Je me sers de toutes mes expériences pour progresser et devenir une meilleure personne. Le tennis m’a beaucoup appris, certes, mais devenir une bonne personne, c’est ça ma vraie priorité. »

Construire. Déconstruire. Reconstruire. Et devenir ! 

 

Article publié dans COURTS n° 12, printemps 2022.

Pickleball on the Rise

© Court 16.Inc.

The sport was hardly on any one’s radar ten years ago, but today it is growing by leaps and bounds. What is making so many people pick up the paddle?

Listen keenly. Here comes the offbeat chorus of the newest craze in racquet sports; the percussive sound waves that crackle through the air when the paddle hits the pickleball.

Still confused?

Think Toy Story meets tennis: Buzz Lightyear and Woody, played by two paddles about to fall into the hands of a pair of soon-to-be pickleball addicts in Southern Florida.

Thwack! A sound which grows on you, like the crack of a baseball bat, the pop of Rafael Nadal’s forehand echoing inside Court Philippe Chatrier, or the ping of a golf ball being driven off the tee by a PGA pro. And that’s not the only sound we now associate with pickleball. The sound of cash registers clicking, a soundtrack to a relentless expansion of market share, is also heard.

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The US Open—Growing Proof of Pickleball’s Growth

2022 marks the 57th anniversary of pickleball, a sport reportedly named after the “pickle boat” in crew races, which refers to boats that were crewed haphazardly by anybody who happened to be ready and available. Pickleball has been around for a while, but nobody seemed to notice until a decade ago, when a half-century of humble beginnings finally gave birth to America’s fastest growing racquet sport craze. In the United States the sport has seen annual participation grow by over 10 percent in each of the last five years. Today nearly 5 million people regularly pick up the pickle paddle in the U.S. alone.

“There is absolutely no ceiling on this sport right now,” says Terri Graham, founder of the US Open Pickleball Championships. “This sport right now has 4.8 million but I would be shocked if there weren’t more like eight or nine million people playing right now.” Graham, who left behind a career at Wilson Sporting Goods to take the pickleball plunge, started the US Open Pickleball Championships, and the rest is history. In 2016, the tournament’s inaugural year at its home base in Naples, Florida, over 800 players made the journey to pickleball Mecca to play the tournament. Six years later, nearly 3,000 players flocked to Naples for the 2022 edition, which now offers $100,000 in prize money. There are 60 courts on site, which sits on a sprawling public park, surrounding a crown jewel center court that holds 2,000 spectators. “We’re sold out all week, we don’t have a ticket available,” Graham says. “The spectators come here in droves. This year, we were thinking we were going to have 25,000 people over the seven days, but it is going to be closer to 50,000.”

When Graham left her job at Wilson, she had grand ambitions, but she admits that she never envisioned the sport growing as exponentially as it has. “My statistics that I did on my business plan at Wilson, they were all wrong, because I never projected this many players,” she said. Pickleball isn’t just an American fad. Currently 62 nations are members of the International Federation of Pickleball. Graham sees growth accelerating in all regions, but particularly in Asia, where it is just starting to make inroads. “When this lands in Asia, then watch this sport go really, really insane,” she says. “Because it is the same size court as a badminton court, and you think of Asia and they are great badminton people and great ping pong players. When it lands there, and it gets popular, then wait and see what happens. There is no ceiling on it—it is just multiplying constantly and as soon as somebody discovers it, they don’t leave it.”

 

Tennis and Pickleball: Rivalry or Harmony? 

There is some talk of a rivalry between tennis and pickleball, with players often bickering over the fact that many tennis courts have been converted to pickleball in recent years. But in reality, many in the racquet sport community, which includes squash, padel, badminton, ping-pong, pickleball, and tennis, subscribe to the adage that more is merrier. Even the United States Tennis Association, the national governing body for tennis and owners of the US Open, has carved out space for pickleball. Calling the sport a “crafty mix of badminton, tennis, and ping-pong,” it has hired a Head Pickleball Professional, and created leagues at its national campus in Orlando, Florida.

What to make of this so-called rivalry then? Anthony Evrard, founder and CEO of Court 16 in New York City, believes that a rising tide lifts all boats. He stresses that Court 16, which is opening a third facility in Manhattan this summer, is a tennis brand first and foremost. But he believes that embracing all forms of racquet sports and remaining inclusive is the way forward.

“You talk to someone who plays squash, and they’ll tell you that the sport is booming,” he said. “Talk to someone who is in pickleball, of course it is booming. There are all these booming sub-communities for all racquet sports. 33 or 35 percent of the tennis players could become pickleball players or the other way around. Every three people that play one racquet sport could be easily converted into another, if properly introduced, in the right context, in the right setting, with the right equipment. “If you put all those pieces together it’s just increasing the general population for racquet sports.”

© Court 16.Inc.

Families that play together grow together 

Mark Osborne and his wife Jenee had never played tennis or pickleball before 2018. Mark loves to play golf and ice hockey, Jenee wasn’t the sporting type, but when Jenee’s mother came back from a winter spent in Arizona raving about pickleball, Jenee quickly gravitated to the sport. At first reluctant, Mark eventually followed suit. “Yeah, I really didn’t want to get into it,” he said. “I play hockey, I golf, and I didn’t really want to get into another sport, then I started playing and I just got hooked.”

Fast forward four years and the whole family has entered the pickleball community in Michigan. Mark’s son, Dominic, is sponsored by Pickleball brand Selkirk and has professional aspirations. Mark plays doubles with Dominic and his wife at tournaments and their daughter Sofia, a former tennis player, also plays. “It’s not just bringing the family together,” Osborne told Courts. “The people that you meet playing pickleball, it’s almost like you grow your family because you meet so many people that you become close with.”

Another benefit of the pickleball experience? Osborne says he has seen a new side of his son. 12-year-old Dominic plays with passion, embracing his spot on the front line of the pickleball revolution. “He’s pretty darn good, I’ll say that much,” Osborne raves. “The way the kid gets pumped up out there on the court when he starts hitting some good shots—my nerves get more out of whack just watching him than they do when I’m playing myself.”

 

The pickleball channel? Yes indeed! 

If you stream it, they will come. At least that’s the hope, and with pickleball, so far so good. Rusty and Meredith Howes, the founders of the Pickleball Channel, came from the entertainment industry in Southern California and decided to take a shot on the nascent sport when they came across it while working at the Huntsman World Senior Games, which are effectively the Olympics for seniors. Rusty laughs when he tells the story of being asked to produce a piece about pickleball by an employer. “He called us, saying, ‘I have this segment I could make but I don’t know what pickleball is—what’s pickleball?’” Howe explained.

The Howes did their homework and realised two things: One, there was virtually no coverage of the sport. Two, it was growing faster than weeds in an abandoned lot! “We could see even in the first two years it was exponential,” Meredith told Courts. “It will continue to grow because the sport is addictive, once you’re in, you’re in. I don’t see people giving up.”

Howes also believes that the sport will see growth overseas and beyond.

“Certainly North America is so much bigger than everyone else, but it is blowing up in Australia, Asia and Europe,” Rusty said. “We’ve had lots of requests for Pickleball Channel to come.”

 

Easy to Learn, Easy to Play, Easier on the Body 

Evrard, whose Court 16 caters to a more recreational group of pickleballers, says that the simplicity and less technical nature of pickleball helps with children as well as seniors. “There are many reasons that the sport is growing. Less injuries, more social, easier to get into, and now a huge inventory of courts all over,” he says. Most important? The sport’s remarkable growth has everybody talking about it. Now that the bandwagon is filling up, more people want to join the party. Agents are signing pros to contracts. The media is writing about it. Pickleball is snowballing, says Evrard, and he doesn’t expect it to change anytime soon. “It’s getting exposure—even with Octagon and IMG now,” Evrard says. “I have a friend, who is on the agent side, who told me that they just signed some players a few months ago to represent. If some of those guys are starting to have representation by all of the big talent agencies, I think we can anticipate a few more years of good growth.”

 

Story published in Courts no. 3, Summer 2022.