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Santé, Benoît !

Par Christophe Thoreau

 

Benoît Paire, Wimbledon 2019 / © Antoine Couvercelle

Suite à sa récente tournée américaine, où il a perdu pied psychologiquement, Benoît Paire a été la victime d’un bashing à répétition. Ça suffit !

Tweets, podcasts, discussions sur zoom, commentaires ici ou là, le tribunal tennistique du web s’est trouvé une nouvelle tête de turc, pour ne pas dire un nouvel accusé : Benoît Paire, le déprimé de la COVID-19, dont la récente feuille de résultats ressemble à s’y méprendre à celle de l’Olympique de Marseille, son club de cœur, en Ligue des champions. Mais plus que ses échecs à répétition, c’est son défaitisme sur le court, doublé de ses provocations sur les réseaux sociaux, qui a renforcé l’ire de nos chers commentateurs numériques : “Il faut le suspendre”; “L’ATP doit lui infliger des amendes” ; “Son attitude est intolérable” ; “Son comportement nuit au tennis” ; “S’il n’y a pas d’envie mutuelle entre Paire et le circuit, qu’on l’éjecte” ; “Quand les jeunes voient que tu peux faire ça en toute impunité, ça me pose problème”. “Il tombe dans l’indécence, il donne une mauvaise image du tennis” ; “Ce qui n’est pas normal, c’est de ne pas se battre.” Et patati et patata… Pour les redresseurs de torts, qui l’ont en travers visiblement, c’est la régalade. Tirer sur une ambulance, quelle élégance… Pour le sens de la nuance, on repassera. Bref…

Assister ainsi à la noyade d’un joueur, parce qu’il n’arrive pas à gérer les contraintes liées à la situation sanitaire, est surtout très triste. Pour Benoît Paire, le début de cette descente en enfer remonte au dernier US Open où un contrôle positif à la COVID-19 l’a contraint à un isolement de 15 jours dans sa chambre d’hôtel. Une cassure dont il ne s’est jamais remis. Et parce qu’un malheur n’arrive jamais seul, en partance pour l’Open d’Australie, il s’est retrouvé dans l’un des trois avions où un cas positif a été identifié, entraînant la mise en quarantaine stricte de tous les passagers à l’arrivée. Nouvel enfermement. Et le sentiment de s’être fait mener en bateau par les organisateurs du tournoi.

Le moral dans les chaussettes mais avec l’espoir de respirer un peu mieux, Benoît a ensuite pris la direction de l’Amérique. Du Sud pour commencer (Cordoba, Buenos Aires, Santiago),  Centrale ensuite (Acapulco), et du Nord pour finir (Miami). Cinq tournois, une seule victoire au compteur, et surtout des fins de match balancées, des prises de bec avec l’arbitre, des jurons, un crachat sur une marque, un air parfois hagard ou absent lors des changements de côté, et des bras levés comme s’il avait gagné, après l’ultime défaite de cette tournée, comprenez, “ça y est, je suis libéré”. 

On avait surtout ici l’image d’un type malheureux, qui a tenté de faire son boulot, certes mal – mais à qui n’est-ce pas arrivé ? – et, parce qu’il est quelqu’un de plutôt sensible, il n’a pas supporté les critiques des donneurs de leçons. D’où, en réponse, quelques provocations digitales comme le rappel du prize money global de sa carrière – 8 554 816 dollars à ce jour – avec ce commentaire : “Finalement, ça vaut le coup d’être nul.” 

Non mais franchement, qu’on lui foute la paix, à Benoit Paire ! Un joueur de tennis mène sa carrière comme il l’entend et ne doit à rien à personne. Il ne s’est jamais vraiment entraîné ? Et alors ? C’est ainsi qu’il a atteint le 18e rang mondial et gagné trois tournois ATP. Son hygiène de vie est contestable ? Qu’est-ce que ça peut faire si sa constitution le lui permet. Il pète les plombs à la première contrariété et balance des “la chaaaaatte qu’il a…” À qui n’est-ce jamais arrivé de s’énerver sur un court, de mal se comporter ? Il y a finalement du Benoît Paire en chaque joueur de tennis amateur. Benoît, c’est un joueur de club ultra-doué, égaré sur le circuit ATP. Et puis, surtout, lorsqu’il joue, il y a de la joie, des frustrations (ah, ce satané coup droit), des cris, des coups de tennis qui ne sont pas dans le manuel, des cagades aussi, bref, des émotions, de la vie ! Mais si vous préférez suivre un Roberto Bautista Agut – Kevin Anderson, libre à vous. S’il faut bannir l’uniformité dans le jeu, réjouissons-nous aussi d’avoir encore sur le circuit quelques personnalités qui marchent parfois en dehors des clous. 

Ce qui fait le carburant de Paire, c’est aussi le public. Cette âme sensible aime épater la galerie et recevoir de l’amour. Dans le monde d’aujourd’hui, les tribunes sont vides, tout comme les players lounges. Alors oui, il ne se sent plus à sa place. Mais il ne l’a pas volée. Si Paire peut disputer ces tournois, c’est grâce à son classement, conséquence de bons résultats passés. Les dollars qu’il a remportés cette année (150 000 à ce jour), il ne les a donc pas volés. D’où quelques jalousies, notamment parce que Benoit a bénéficié du gel du classement ATP pour cause de pandémie, ce qui lui a permis de se maintenir dans le top 30 malgré son absence de performances probantes. Là encore, il n’est pas responsable d’une décision qui a profité à tous les joueurs. Mais que ses détracteurs chéris se rassurent, si Benoit ne se reprend pas, son classement finira par chuter avec les conséquences que l’on sait, le dégel définitif du classement masculin devant intervenir cet été, à priori. Paire est actuellement 160e à la Race. On devrait le revoir à Monte-Carlo, à partir du 10 avril. 

La seule fois où l’on peut considérer que Paire est sorti du cadre, c’était lors des JO de Rio. En équipe de France, il ne joue plus seulement pour lui, évidemment, il a des devoirs. Mais de cette sortie de route, il a appris. Et lors de son passage en Coupe Davis, bien entouré par Yannick Noah et ses potes, il fut absolument exemplaire. En dehors comme sur le court. Preuve qu’il sait évoluer. Et aussi s’excuser comme il l’a fait récemment auprès du comité d’éthique de la FFT, qui s’était ému de son comportement à Buenos Aires. Un comité dans son rôle, mais également compréhensif, puisque le joueur français n’a pas été sanctionné. La FFT plus souple et ouverte que nos petits procureurs on line, ça aussi, ça mérite d’être souligné ! Allez, à la tienne, Benoit !

Benoît Paire, US Open 2019 / © Antoine Couvercelle