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Le goût de l’intemporel

Tous les amateurs (et Cédric Pioline) vous le diront : au tennis, on boise beaucoup. On réinvente dans des “tchongs” tonitruants toutes les essences du bois, le score frêne et on se dit qu’il y a encore du bouleau. Alors tant qu’à boiser, autant le faire à bon escient, et c’est exactement la démarche entreprise par Frédéric Descamps, élagueur à la ville devenu artiste mais qui se considère plutôt comme un artisan obsédé à l’idée de donner une nouvelle vie aux pièces qu’il trouve tout en proposant des oeuvres amusantes et jamais très éloignées du monde du tennis.

 

Prendre soin des objets

D’une ancienne vie de graphiste, Frédéric Descamps a gardé le dégoût d’être enfermé et probablement deux ou trois leçons de mise en espace. D’un ancien rêve de devenir joueur professionnel, il a conservé le plaisir de frapper dans la balle de toutes ses forces et celui de jouer. Dans son actuelle vie d’arboriste grimpeur, il collecte depuis vingt ans des pièces anodines, celles qui mettent en valeur les défauts mécaniques des arbres, qu’il conserve précieusement dans son garage. En combinant tout cela, il s’est mis à fabriquer des pièces originales où il cultive ses passions et son goût pour l’imperfection et sa beauté : “Un jour, j’ai eu un déclic. Je me trouvais dans un arbre, avec vue sur une cour intérieure, alors que tombait une averse sévère. Là, dans la cour, sous la pluie, il y avait une raquette de tennis, des ballons de foot, un hoverboard. Personne ne les avait rangés. Je me suis rappelé, à quel point quand j’étais enfant la raquette de tennis était précieuse, à quel point on en prenait soin ; aujourd’hui, on a parfois perdu ce sens de l’objet. Il faut pourtant beaucoup de technologie, d’énergie pour construire une raquette… J’ai eu envie de donner une nouvelle vie à des objets à travers le bois, d’être attentifs à eux. C’est quelque chose que j’ai toujours eu en moi, qui me vient notamment de ma mère hollandaise pour qui cette idée que tout pouvait encore avoir une utilité avait beaucoup de sens. 

Frédéric se passionne pour le projet et y puise une énergie qu’il se redécouvre. Et, à son grand étonnement, son enthousiasme s’avère tout de suite communicatif : “J’avais décidé de fabriquer une raquette, à partir des souches dont je disposais. Et étonnamment, ce jour-là, Laurent Van Reepinghen (directeur de la publication de Courts, NDA) m’a appelé. J’y ai vu un signe et ça m’a donné l’énergie pour continuer. J’avais depuis longtemps le projet d’incruster dans un banc la raquette de Peter McNamara, que mon grand-père, ancien capitaine de l’équipe nationale belge, avait récupéré ; finalement, je l’ai fait avec une autre raquette, mais le résultat m’a vraiment plu. J’aime l’idée de fabriquer du mobilier et surtout que ce soit brut. Je n’ai pas le goût de la perfection, j’aime quand le travail de l’artisan est visible.

© Rezine

Le goût de l’imperfection

De fait, les créations de Frédéric ont cette beauté propre aux objets qui ont conservé de leur créateur un souffle d’âme. Entre les traces de tronçonneuse, c’est une passion qui se dessine, et peut-être un rêve qui s’esquisse : “Cet objet, le banc, a une forte valeur symbolique au tennis. C’est le lieu où l’on se repose, où l’on se retrouve entre deux jeux au changement de côté. D’une certaine manière, mon rêve d’enfant aurait été de jouer Roland Garros et je n’y suis pas parvenu ; ce serait une belle manière de réussir ce rêve si mes bancs se retrouvaient sur les courts de Roland… 

En cette époque où l’urgence climatique fait planer sur nos vies une menace à court terme, le lieu commun serait d’opposer l’homme à la nature : en la conquérant, nous avons collectivement participé à son affaiblissement, à son affadissement, à sa déréliction. Les industries du spectacle et du sport-spectacle ont pris leur part à cette réalité. Mais Frédéric Descamps veut croire à une symbiose possible, au bénéfice des deux parties : “A travers mes pièces, je veux mettre en avant l’ingéniosité de la nature. Nous avons des techniques, des savoir-faire, mais la nature également. Je suis toujours surpris de constater l’existence des soudures naturelles dans les essences. Elles sont toujours situées au bon endroit et répondent à un besoin du vivant, qui a un sens. Par exemple, quand une forêt est mise à blanc, tous les arbres font un nouvel effort mécanique pour construire quelque chose. Ce sont ces pièces qui me passionnent.

Ce sens du réemploi, qu’il s’attache aux essences de bois ou aux pièces manufacturées, a longtemps perdu du terrain en Europe, où l’hyperspécialisation économique a valorisé les métiers du tertiaire au détriment d’une certaine intelligence des mains qui se transmettait de génération en génération. Face à cette société d’acceptation du gâchis, Frédéric Descamps se félicite de constater un retour de flamme pour la création et les arts manuels. Une façon, peut-être, de conjurer ses jeunes années passées sur le court de tennis, quand la recherche du coup gagnant à tout prix le conduisait souvent à envoyer des bûches dans les bâches ? Plus sérieusement, cette philosophie guide l’intégralité de sa vie, qu’elle soit professionnelle ou artistique : “J’ai fabriqué moi-même une gruminette, un outil qui permet d’accéder à des forêts compliquées tout en préservant au maximum les belles essences, les beaux arbres. Je pratique la taille raisonnée. J’aime l’idée que, dans mon travail, j’apporte aux essences une nouvelle beauté à travers mes créations et je pérennise en même temps la beauté des arbres et des forêts.

© Rezine

Un trait d’union entre les époques

Sublimer et préserver. Frédéric Descamps cultive ce goût de l’intemporel jusque dans ses projets. Il réfléchit notamment à la manière dont la raquette peut aider à créer des ponts entre les disciplines et, plus fort encore, entre les époques : “Le bois a façonné notre main. C’est en travaillant le bois avec nos mains que nous avons incité notre cerveau à se développer d’une certaine manière : homo sapiens, c’est l’homme du bâton, plus encore que de la pierre. Le bois fait le lien. C’est la raison pour laquelle, en pensant à Jim Courier, qui venait du base-ball au départ, j’ai le projet de fabriquer un manche de raquette qui se prolongerait en batte ; c’est aussi la raison pour laquelle je voudrais créer une raquette dont le manche serait un silex. Le manche est un trait d’union qui unit les hommes et montre la manière dont certains objets façonnés par la nécessité sont désormais devenus des outils qui servent à jouer…

Pour offrir à ces créations présentées à l’occasion de l’exposition Courts à Uccle une chance de tutoyer l’intemporel, peut-être faudrait-il les nommer ? Pour l’heure, Frédéric n’a pas tranché la question : “Pour le moment, je ne les nomme pas. C’est aussi une manière de me considérer comme un artisan. Peut-être que je le ferai à un moment, à partir d’un projet précis. Peut-être ce projet de raquette-batte de base-ball, ou le projet de raquette-cuiller, qui rappelera le service à la cuiller. 

Il faut dire que les noms se perdent et que, parfois, on oublie les visages. Tandis que le bois, lui, reste. 

« L’ Afrique aime le tennis »

EDGE joue l’entremetteur

« Il y a très peu de joueurs africains (sur le circuit principal), on a vu Malek Jaziri, Ons Jabeur (ou encore Selima Sfar ; tous trois Tunisiens) ces dernières années, Younès El Aynaoui, Hicham Arazi, Karim Alami (Marocains) un peu avant, mais c’est à peu près tout ; et quel joueur d’Afrique noire ayant eu des résultats notables pouvez-vous me citer ? »

Se prenant pour un novateur, le rédacteur de ces lignes va faire de ce papier un article-jeu. En vous laissant farfouiller dans les tiroirs de cette armoire à souvenirs qu’est la mémoire, pour n’apporter la réponse qu’à la fin. Sans avoir à retourner le magazine, rassurez-vous, pour ne pas transformer Courts en Journal de Mickey. Quant à la question, elle est posée par un mordu absolu de tennis, co-fondateur de EDGE. Une agence de tennis internationale, visant à aider de jeunes talents à déployer leurs ailes pour voler jusqu’au plus haut niveau, bien connue des lecteurs de COURTS pour avoir déjà été sujet de plusieurs articles permettant d’accéder aux coulisses des circuits ITF, WTA et ATP. Mais au cas où, pour les profanes et en la faisant aussi courte que l’énumération du palmarès des joueurs français masculins à Roland-Garros dans l’ère Open, EDGE est une Player Development Agency qui fonctionne selon un modèle unique, en devenant partenaire à long terme de ses joueurs.

La philosophie de l’agence consiste à soutenir de jeunes joueurs, sans discriminations liées à la nationalité, et moins encore au genre : EDGE aide en majorité des talents féminins, cas unique dans l’industrie du tennis. « EDGE s’occupe de joueuses russes ou biélorusses, tout en étant le partenaire officiel de la Fédération ukrainienne de tennis et en aidant plusieurs familles de ce même pays, nous explique Rick Macci, coach de renommée planétaire à l’origine du projet. Et nous nous occupons également d’une jeune israélienne numéro 1 mondiale des U13 tout en représentant le joueur arabe le mieux classé à l’ATP. »

Le plus important restant l’expertise maison fournie à chacun de leurs protégés : « EDGE offre un accès aux meilleurs spécialistes mondiaux dans plusieurs domaines liés au tennis, nous détaillent les deux proches amis fondateurs de EDGE, Clément Ducasse et Daniel-Sacha Fradkoff. Ça va de la customisation de raquette aux analyses statistiques et vidéos, en passant par la biomécanique et la préparation mentale… Ainsi que, désormais, un court en gazon londonien implanté en Suisse. »

© François Wavre

Des wild cards pour les Africains à l’Orange Bowl

Faisant le constat que le continent africain – Afrique du Sud et famille Black au Zimbabwe avec Cara, Byron et Wayne, mises à part – n’a eu que très peu de champions de premier plan – euphémisme – malgré son potentiel, EDGE a décidé de s’impliquer. 

« Nous (EDGE) avons un accord avec le Junior Orange Bowl (l’un des tournois les plus importants au monde pour les jeunes). Nous sommes partenaires, et pouvons organiser, à travers le monde, des tournois qualificatifs dont les vainqueurs et finalistes obtiennent des wild cards pour l’Orange Bowl en fin d’année à Miami, dans les catégories U14 et U12, garçons et filles. Nous sommes donc en train d’organiser ces épreuves qualificatives en Europe – même si le besoin est moindre, parce que les meilleurs Européens sont déjà aidés par leurs fédérations, ou ont déjà le classement nécessaire –, au Moyen-Orient, et en Afrique. » 

 

En Afrique, un acteur majeur, la « CAT » 

La Confédération africaine de tennis (CAT) est dirigée depuis fin 2023 par le Béninois Jean-Claude Talon. Un homme ayant pour volonté de développer le tennis africain au niveau planétaire, comme en témoigne l’un de ses premiers objectifs : « Mettre plusieurs Africains dans le top 100 ITF (classement mondial junior). » Car, fin février 2024, l’Afrique ne comptait que sept représentants – majoritairement originaires du Maghreb – parmi les 200 meilleurs juniors. Quatre chez les garçons : les Marocains Karim et Réda Bennani, cousins, le Tunisien Alaa Trifi et l’Égyptien Nour Fathalla ; trois chez les filles : la Béninoise Gloriana Nahum, la Marocaine Malak El Allami et l’Égyptienne Jana Hossam Salah.

Le plan de la Confédération africaine de tennis, travaillé pour être le plus solide possible sous l’impulsion du programme « à la fois réaliste et ambitieux » de Jean-Claude Talon, est à voies multiples. Il concerne bien entendu les infrastructures et la création d’académies, mais aussi le tennis à l’école, l’organisation de la CAN Tennis et désormais également de l’Orange Bowl ou encore les projets de tournois ATP & WTA 250 (voire 500) sur le continent, sans oublier la formation massive d’entraîneurs et d’arbitres, le tout en s’assurant de l’implication de joueurs emblématiques comme modèles.

 

Accès à des sommités du monde du tennis

« Les gens aiment vraiment le tennis en Afrique. Il y a vraiment un potentiel. Pour aider à le développer, en plus des tournois qualificatifs pour l’Orange Bowl, il y a cette idée de partager les compétences. EDGE va communiquer auprès des fédérations de façon à ce que celles-ci, mais aussi les familles, puissent venir vers nous quand ils ont des jeunes doués afin que nous puissions les aider, leur faire rencontrer nos experts, ou, en cas de besoin, leur trouver une académie. »

« Mais sans leur dire qu’il faut obligatoirement partir d’Afrique, précise Guillaume Ducruet, agent chez EDGE. S’ils ont déjà un bon centre d’entraînement, ou un coach très compétent et qui, avec notre aide, même à distance, peut avoir de bons programmes pour aider au développement du joueur, tant mieux ! C’est surtout dans l’idée de pouvoir détecter les joueurs quand ils sont jeunes – c’est un travail collectif  en leur donnant la possibilité de jouer des tournois Tennis Europe (le circuit européen pour les jeunes), l’Orange Bowl, et d’avoir accès à des entraîneurs de haute qualité comme Rick Macci, ou Riccardo Piatti. » Trois éminences parmi ceux dont le coaching et la formation sont une religion.

Rick Macci, que certains ont pu découvrir dans le film King Richard (La Méthode Williams, en français), est connu, et reconnu, pour avoir aidé à faire grandir les sœurs Williams, Jennifer Capriati, Andy Roddick, ou plus récemment Sofia Kenin. Avec son académie basée à Boca Raton, en Floride, il fait partie des piliers d’EDGE. « Par exemple, poursuit Guillaume Ducruet, quand les jeunes iront à l’Orange Bowl, ils pourront s’entraîner avec Rick Macci au sein de ses installations. Il aide aussi nos joueurs, et nos coachs, par vidéo pour la partie technique ; la biomécanique, c’est une de ses grandes forces, il est incroyable ! Mais il y a aussi des opportunités avec Gilles Cervara (entraîneur de Daniil Medvedev) qui est à la fois consultant et ambassadeur pour EDGE. »

Riccardo Piatti a quant à lui mis ses talents au service, par exemple, d’Ivan Ljubičić tout au long de sa carrière, de Novak Djokovic entre 2005 et 2006, de Milos Raonic, Richard Gasquet ou encore de Jannik Sinner entre ses 13 et 20 ans. « Nous avons un partenariat avec son académie (Piatti Tennis Center), qui est à Bordighera en Italie, juste à côté de Monaco, nous indique Luca Bassi, partenaire chez EDGE et lui-même proche de Riccardo Piatti. Nous apportons certaines choses que l’académie ne fait pas, ils envoient certains joueurs et coachs chez nous (au campus en Suisse) ; et certains de nos joueurs vont chez eux pendant une semaine, voire à l’année. Nous avons donc la possibilité d’y envoyer un jeune talent qui n’a pas la chance d’avoir les bonnes structures dans son pays. Mais nous n’interdisons rien ! Si le joueur souhaite rejoindre une autre académie pour une raison intéressante, nous n’allons pas lui dire non. Nous n’imposons rien, le jeune reste maître de son projet, nous sommes là pour l’aider. »

© François Wavre

Aziz Dougaz, numéro 1 africain, pilier du « projet Afrique »

Si le bébé « projet Afrique » n’en est encore qu’à ses premiers pas début 2024, un joueur l’incarne déjà chez EDGE depuis juillet 2023 : Aziz Dougaz. Au moment de l’écriture de ces lignes, la semaine du 27 février 2024, le Tunisien de 26 ans est classé 218e mondial, soit numéro 1 africain et également sacré champion arabe fin 2023. En ayant grandi avec le rêve de prendre un chemin que personne dans son pays n’avait réellement tracé pendant son enfance. Avant 2017, aucun de ses compatriotes n’avait atteint le top 50 en simple ; Selima Sfar ayant toutefois grimpé jusqu’au 75e rang en 2001. Puis Malek Jaziri a fait tomber cette barre 15 ans plus tard, avant d’atteindre son apogée, 42e, en 2019 ; Ons Jabeur lui a emboîté le pas en faisant son trou parmi les 50 meilleures du globe en 2020, puis s’est imposée comme la plus grande de l’histoire de sa nation, au point de disputer trois finales de Grand Chelem et de devenir numéro 2 WTA en 2022.

« En étant jeune, c’est sûr, ça crée beaucoup de limites mentalement, vu que personne ne l’avait fait [percer au plus haut niveau], s’est souvenu Aziz Dougaz pour la chaîne YouTube Game, Set & Talk en janvier 2024. Les gens autour ne croient pas vraiment que c’est possible. Envisager d’être top 50 ou top 100, ce n’est pas un rêve commun quand je commence à jouer au tennis en Tunisie. Mais ensuite, Ons (Jabeur) et Malek (Jaziri) ont vraiment eu un impact énorme, je pense. La “Fédé” a plus de moyens désormais. Mais c’est clair qu’en grandissant, c’était compliqué. Tu regardes autour de toi, tu te rends compte que la plupart arrêtent le tennis à 15-16 ans pour se concentrer sur leurs études. Ce n’était vraiment pas dans la mentalité, ni des joueurs ni des parents, de se dire : “On peut tenter l’aventure, croire au rêve.” C’était plus : “Mais Aziz, qu’est-ce que tu fais, à essayer de devenir joueur de tennis professionnel ? Tu ferais mieux de te concentrer pour être médecin, avocat ou ingénieur. Il n’y a pas d’avenir dans le tennis, ne pense pas que ça va tourner différemment pour toi. »

Volonté de fer, en acier galvanisé, le gaucher ayant service et coup droit pour points forts a déjà accompli un premier objectif colossal, devenir joueur de tennis professionnel. Grâce, aussi, au soutien inconditionnel de ses parents. « Ma famille n’est pas du tout dans le tennis, donc ils sont aussi partis dans l’inconnu, nous a-t-il confié. Dernièrement, je leur ai dit : “Mais en fait, vous avez été un peu fous (sourire) ! J’avais 15 ans, vous ne connaissiez rien au tennis, et vous avez cru en moi, sans aucune objectivité. Ce n’était pas rationnel comme choix. C’est vraiment incroyable la chance que vous m’avez donnée ; d’avoir cru en moi alors qu’on n’avait aucune connaissance, pas de facilité autour de nous, pas de coach hyper-expérimenté, rien, et on a réussi à avancer petit à petit, malgré de nombreux obstacles.” »

Tel un explorateur lâché au milieu d’une forêt vierge, le natif de La Marsa a dû se frayer son propre chemin. Sans la machette qu’aurait pu être une Fédération fortunée pour débiter plus rapidement les embûches. En 2015, à 17 ans, il est parti seul – sans coach, personne pour l’aider, que tchi – au bout du monde afin de disputer l’Open d’Australie juniors. 45e mondial de la catégorie cette année-là, il s’est ensuite orienté vers le parcours universitaire aux États-Unis, faute de sponsor et de soutien financier pour pouvoir se lancer sur le circuit professionnel. Sa première expérience avec un entraîneur attitré sur la durée, il ne la connaît que depuis 2023. Avec Yannick Dumas, membre de l’équipe EDGE.

 

Avoir tous ces moyens à disposition, ça permet d’apprendre plus vite 

Aziz Dougaz

 

« Avant d’arriver chez EDGE, j’ai eu deux coachs, nous explique Aziz Dougaz. Un coach brésilien avec qui j’ai pu travailler pendant trois mois seulement. On a dû s’arrêter en mars 2020 en raison de la Covid, parce qu’il devait travailler sur un projet d’académie et ce n’était pas faisable de continuer. Et juste avant Yannick, j’ai fait six mois avec un coach portugais, qui a été forcé d’arrêter, contre sa volonté et la mienne, à cause de problèmes de santé. Donc, oui, avec Yannick, c’est la première collaboration complète et aussi longue, pour moi. Ça fait déjà un an (fin février 2024). » Un coach pour lequel il bénéficie de l’investissement fourni par EDGE. Tout comme les différents experts – préparateur physique, mental, nutritionniste, customisation de raquette, statisticiens, cordeur, ostéo – mis à disposition au campus suisse et sur le circuit.

« Les expertises et compétences offertes par EDGE, normalement, ce sont les membres du top 100 qui peuvent se le permettre, nous a précisé Yannick Dumas. À part ceux issus de fédérations avec plus de moyens comme la FFT, les jeunes, argentins ou slovènes par exemple, n’auront pas accès à tout ce que nous pourrons proposer à ceux que nous aiderons dans le cadre de notre projet Afrique. Les ressources statistiques, avec Fabrice Sbarro et Shane Liyanage (analystes des données et de la performance) pour analyser en détail le jeu du joueur mais aussi de ses adversaires, seuls les meilleurs peuvent se les payer. Fabrice a bossé des années avec Gilles Cervara, ou actuellement avec des Top 20 ATP & WTA ; Shane travaille lui avec Aryna Sabalenka et Ons Jabeur, notamment. »

La découverte d’un nouveau monde pour Aziz Dougaz, qui a dû beaucoup apprendre seul, bricoler ses propres outils pour se construire, en se mettant parfois des coups de marteau sur les doigts. « Je partais de très bas par rapport aux moyens, aux connaissances et à l’environnement tennistique qu’ont la plupart des joueurs, a-t-il révélé. La customisation des raquettes, j’ai commencé il y a un an, alors que, je m’en suis rendu compte, tout le monde fait ça depuis très jeune. Prépa physique, pareil. Avant, c’était vraiment très aléatoire ce que je faisais, beaucoup d’improvisation. C’était un travail intermittent, en fait. J’en faisais un mois, et après un peu tout seul pendant trois mois. Même chose avec le mental, je n’avais jamais vraiment travaillé avec un spécialiste de ce domaine auparavant. Si j’avais été entouré comme ça plus jeune, j’aurais sans doute évité beaucoup d’erreurs. Même si c’est aussi une force d’avoir traversé plein d’épreuves avec ma famille. Mais avoir ces moyens à disposition désormais, ça permet d’apprendre plus vite. »

© Charlotte James

Yannick Dumas, coach d’Aziz Dougaz, à l’origine du projet chez EDGE

En étant maintenant épaulé dans son aventure par Yannick Dumas. Un technicien rencontré pour la première fois il y a belle lurette. « Aziz est venu en France parce qu’il cherchait une structure pour une année, quand il avait 15 ans, se rappelle le Français. Avec sa famille, il était au moment du choix entre rester en Tunisie où c’est compliqué pour le tennis, ou aller dans une académie. J’étais responsable des filles dans celle où il est venu. Ensuite, on a toujours gardé contact. On s’est toujours dit qu’on travaillerait ensemble, mais ça ne s’était jamais fait. En janvier 2023, je rentre de l’Australie où j’étais avec un joueur canadien, et on met fin à notre collaboration. Aziz m’a appelé, m’a expliqué qu’il devait faire une tournée et venait d’arrêter avec son coach souffrant de problèmes de santé, et m’a demandé si je voulais l’accompagner. Je suis parti avec lui, et de semaine en semaine on a continué. Au moment où j’ai débuté avec Aziz, j’ai commencé à discuter aussi avec EDGE, que j’ai rejoint en mars, notamment pour le “projet Afrique”. »

 

Être un vrai champion, c’est aussi savoir redonner aux autres

Aziz Dougaz

 

Car, de par sa trajectoire, Yannick Dumas a acquis une bonne connaissance du tennis africain. Jeune entraîneur, il a passé beaucoup de temps sur ce continent pour les tournois ITF juniors. « À force, je me suis lié avec les personnes qui organisent les tournois, gèrent les structures etc., n’a-t-il pas oublié. J’ai un peu été pris d’amour pour l’Afrique, les gens. J’ai rencontré des gamins qui avaient beaucoup de qualités, un cœur gros comme on n’imagine même pas, avec une énorme envie d’apprendre, d’être champions, en étant prêts à tout donner, mais ils avaient très, très peu de moyens, voire aucun. J’ai un peu aidé quelques joueurs, j’ai travaillé avec un jeune Éthiopien pendant quelques mois, en l’emmenant dans les tournois, etc. Et là, avec EDGE, en ayant plus de possibilités humaines, financières, c’était l’occasion de se demander comment on pourrait aider ce continent qui a envie de se développer. Aziz était le beau parcours de l’Africain qui s’est fait tout seul. Il peut être le mentor, la locomotive des futures générations, c’est le numéro 1 africain et arabe chez les hommes actuellement. »

Un rôle allant au-delà de ce statut. « Aziz est plus qu’un mentor, parce qu’il m’aide aussi dans la réflexion stratégique, on échange sur le “projet Afrique”, il participe à sa construction, a ajouté Yannick Dumas. Il a beaucoup partagé son avis avec moi, sur le fonctionnement de l’Afrique, et tout ce qu’il y a vécu. Parce qu’il y a vécu beaucoup plus de choses que moi, et de l’intérieur. Avec son expérience, il a pu co-construire le projet. » Parce qu’Aziz Dougaz, qui n’a toujours aucun sponsor et ne peut compter que sur EDGE et la Fédération tunisienne, ne joue pas au tennis uniquement pour lui. S’il veut donner plus d’ampleur encore à sa carrière en ayant pour objectif d’atteindre le top 50, c’est aussi pour se créer davantage de ressources afin de pouvoir filer un coup de main aux autres.

« J’ai toujours pensé qu’être un vrai champion, ce n’est pas que sur le terrain. La première qualité d’un champion, ou d’une personne de façon générale, qui réussit dans la vie, c’est sa capacité à redonner pour aider les autres. J’ai toujours chéri ces valeurs, inculquées par mes parents. Aider des jeunes, transmettre, ça me tient vraiment à cœur. Si je peux, grâce à mon expérience et EDGE, permettre à certains d’éviter de faire les mêmes erreurs que moi, ce serait vraiment top. En avançant encore au classement, ça me permettrait d’aider et d’avoir un impact plus grand sur les jeunes. C’est vraiment un rêve. Je me le suis toujours promis. » Et il a déjà allié la parole aux actes, en présentant à Yannick Dumas un joueur prometteur de 14 printemps, gaucher et tunisien lui aussi. « On partage, avec sa famille et lui, l’expérience d’Aziz, nous a relaté Yannick Dumas. On répond à leurs interrogations sur la construction d’une carrière. Et ensuite, si on le décide tous ensemble, pourquoi pas lui offrir plus de moyens humains, une expertise de coaching de temps en temps, des voyages en Europe s’il le faut. »

En ayant pour but, avec EDGE, de « multiplier ces expériences-là aux côtés de joueurs africains ». Afin de pouvoir aider, entre autres, à trouver un héritier aux deux seules personnes noires africaines titrées sur le circuit principal en simple :  (ne ronchonnez pas, c’est très bien, Le Journal de Mickey). 

 

Article publié dans COURTS n° 16, printemps 2024.

Tennis in Nigeria

Oyinlomo Quadre, a rgular on NTL, playing collegiate tennis in Florida. © Nigeria Tennis Live

In winter 2018, Barakat Oyinlomo Quadre was on a break. Home from the former International Tennis Federation (ITF) training centre in Casablanca, Morocco, and trying to decide if she could continue with the ITF or try to go professional on her own she had come to the Lagos Lawn Tennis Club to bang some balls and weigh her options. “It’s much better to be an away champion and just win one or two (overseas tournaments), than a home champion in Nigeria and win all the tournaments,” Quadre said, her racquet-carrying father, Sikiru,  always just five steps behind her. 

Quadre ultimately elected to finish the academy and accepted an offer to attend Florida International University (FIU), where she went unbeaten in 13 college conference matches. In America, these statistics might not mean very much, but in Nigeria, they have earned her much acclaim, including a regular spot on Nigeria Tennis Live, the only channel in Nigeria — in West Africa, really — to cover tennis 24/7/365. 

“The first tournament that I feel I actually won, although I lost it, was the Central Bank of Nigeria 2011 tournament. I lost to my sister’s friend in the finals. I cried, but ultimately in my heart, I won,” Quadre told NTL  in a website segment last year. And for nearly every moment of Quadre’s career, Damilare Okunola, the founder and chief content officer of Nigeria Tennis Live has been there to cover it. 

Damilare Okunola photographing the 2019 Lagos Marathon, one of his other hats besides running Nigeria Tennis Live. © Nigeria Tennis Live

“Nigerian tennis lacked proper coverage and because there were very few people promoting the tennis brand in Nigeria. At the moment, there’s hardly anybody doing that, so Nigeria Tennis Live is bridging that gap,” Okunola says via What’s App from his home in Lagos, preparing to travel to cover another junior tournament somewhere across the 356,000 square miles of Nigeria — Africa’s most populous country. “People are getting to know more about Nigerian tennis on a surface level, but they don’t know about the various levels or the effort it takes to achieve from this part of the world. 

“Everybody has this dream, some want to go to college, some want to go pro, some just want to play tennis at home, everybody has different ambitions and goals, and NTL has given much needed awareness to the sport.”

The self-proclaimed “Nigeria No. 1 Street Journalist,” Nigeria Tennis Live is Okunola’s side hustle. Most days, he juggles writing about, photographing and recording tennis at all levels with a day job as managing editor of voiceofnaija.org, an international online newspaper about Nigeria and the Nigerian diaspora. He started Nigeria Tennis Live in 2010, while producing for Am Sports, a local television show that featured daily athletic highlights, mostly football. While the show ran Okunola’s stories, the producers weren’t picking up on his idea to feature more tennis, especially from the ground up. At the recommendation of some other staffers, he started a blog and a presence on social media.  

Since then, there’s been nowhere to go but up for Okunola and Tennis Nigeria Live. 

The promotion of the Nigerian Davis Cup team to Africa Group IIi after its defeats of the Kenyans, as captured by NTL in July 2023 © Nigeria Tennis Live

From the mid-19th century to 1960, the British Empire governed Nigeria, having annexed Lagos in 1861, and established the Oil River Protectorate in 1884. With colonization, the British soldiers and officials often brought the sports they played: cricket, polo, rugby, football, and yes, lawn tennis. While no one quite knows the origin of the Lagos Lawn Tennis Club, the first and oldest existing tennis club in Nigeria, at one point its serving president was Frederick John Dealtry Lugard, 1st Baron Lugard of Worcester, the first Governor-General of Nigeria from 1914 to 1919. 

Nigeria’s tennis history has not been well chronicled — or at least not by a Western country — until the years of the country’s independence and the international struggle of professional tennis players collided. From 1968 to 1976, African-American player Arthur Ashe and his pal, Stan Smith, toured a good portion of Africa giving exhibitions on behalf of the U.S. State Department, and Ashe played the South African Open. At one point, Ashe and some of his peers played a small professional circuit in West Africa run by World Championship Tennis (WCT), and the Lagos Lawn Tennis Club — headed by Olatunji Ajisomo Abubakar Sadiq Alabi, better known as Lord Rumens, a Nigerian tycoon, philanthropist, and socialite — recruited Ashe to play in the $60,000 Lagos Open.

Unfortunately, on the fourth day of the Open, General Murtala Mohammed, the Nigerian Head of State, was assassinated in a military coup, and Ashe was marched at gunpoint off the LLTC’s centre court — now known as Lord Rumans Court — never to return.  In 1978, before the cementing of the WTA and the ATP, another entity took over the Lagos tournament and ran it as a Grand Prix through 1980, when the ITF turned it into a stop in its Futures World Tour. In the 1980s and 1990s, the country produced such Olympic standouts as Tony Mmoh and Sule Ladipo, and in 2018, the pro tour granted the Governor’s Cup Lagos Tennis Championship, a coveted Challenger status, once step below the big dance. Still, “the likes of Rafael Nadal, Roger Federer, Novak Djokovic, the Williams sisters (Serena and Venus), Angela Keber and more coming to our shores to compete,” according to Afolabi Salami, an official of the Lagos Open, has not materialized. 

TL covering wheelchair tennis in Abuja in February. © Nigeria Tennis Live

Back then, it was nearly impossible to garner an audience, or appetite, for international tennis. Commentators had to be flown to far off places, cameramen had to be hired and strategically placed and players had all sorts of rules and riders to their contracts. But with a iPhone or a portable his-res camera, sports journalists have popped up in the far reaches of the world. So it’s quite possible, that one day, that instead of the big names of tennis, Okunola will be filming some of the continent’s top players, such as Ghana’s Abraham Asaba, (ATP 1,762) and Naa Shika McKorley;  Nigeria’s Christopher Bulus, (ATP No. 1,124) and Quadre; and Cote D’Ivoire’s  Eliakim Coulibaly (ATP No. 472), or Burundi’s Sadi Nahimana (WTA No. 342) playing ATP and WTA 500 or 1,000 events at the LLTC, or other clubs in the region, such as the Accra Lawn Tennis Club (ALTC), the Seamen’s Club in Abidjan, Côte d’Ivoire and the Ayaba Tennis Club in Bamenda, Cameroon. 

“Nigeria’s Tennis Live’s mission is to be able to put Nigerian players on the global map, and show the world that we can compete on the global stage, to be live at every event,” Okunola says, and this is the reason he climbs back into his car after a long day translating and editing to set off for another tennis event, including the upcoming African games in Accra. “Most of these guys need proper structure and follow-up, a plan for the year — we’ve had college coaches calls us and offer scholarships, tournaments give out wildcards and players donate equipment, just because of the exposure. 

At the LLTC in the 70s, we had Lord Rumens to host these tournaments; if we had say, Serena Williams, donate $1 million for a season just to African players, just like Djokovic everywhere else, in Africa these players would walk along the streets and be the familiar faces of Nigerian tennis.” 

The Centre Court at the Lagos Lawn Tennis Club, now named after former president Lord Rumens, who oversaw possibly it_s greatest era. © Nigeria Tennis Live

Amélie Oudéa-Castéra

le tennis comme tremplin

Fraîchement coupée, la pelouse confère au court un luxe presque oxymorique : entre l’arène où les deux gladiateurs vont s’affronter et la noblesse de la surface qui renvoie une image asymétrique, comme si, encore intacte, elle n’existait que pour le bonheur des yeux, et qu’il ne fallait surtout pas la fouler. La perfection exhalée n’est pas sans rappeler celle que visent deux jeunes joueuses qui vont rentrer sur l’un de ces terrains annexes de Wimbledon dévolus aux jeunes et aux seconds couteaux, ceux-là mêmes qui racontent l’éclosion. Sous le soleil capricieux de juillet, virant coruscant par intermittence, Martina Hingis et Amélie Castéra sont stoïques, elles ne veulent – déjà – rien laisser à l’adversaire ; malgré tout, un petit rien les confond, quelque chose dans le regard, pas totalement rogue, plutôt sévère. La Suissesse est favorite, tout juste auréolée d’un Roland qu’elle a empoché sans perdre le moindre set, quand la Française, de deux ans son aînée, reste sur deux demi-finales à Paris et à Flushing. Un duel qui promet et qui sera, elles ne le savent pas encore, un point de bascule dans leurs vies. Le premier set est accroché et, pour la première fois, Castéra se sent vraiment capable de battre celle qui deviendra la plus jeune gagnante d’un tournoi principal de Grand Chelem depuis plus d’un siècle. Sur une faute de revers, son point faible, elle finit par perdre 6-4. Pas du genre à ressasser, forte d’une confiance en soi déjà très développée, elle revient sur le court animée d’une rage de vaincre et remporte le deuxième set sur le même score, exsudant la persévérance comme autant de litres de sueur. S’il fallait s’arrêter sur un moment charnière dans la carrière sportive d’Amélie Castéra, nul doute qu’il s’agirait de celui-là. Elle y tutoie les sommets, se sent capable de tout, et ne s’imagine aucune limite : elle est en train de faire vaciller celle que tout le monde s’accorde à voir comme LA future grande. Comment ne pas s’en griser ?

Mais, percluse de crampes, elle finit par perdre le troisième et le match avec une défaite et des regrets à jamais en guise de médaille d’honneur. Fugace, le moment n’est néanmoins pas dénué de tout intérêt. Cette saison 1993-1994 restera comme son acmé, mais aussi son plafond de verre, lequel, loin d’être un rebut, constituera aussi le premier jour du reste de sa vie, utilisé comme rampe de lancement vers des altitudes certes différentes mais non moins élevées.

L’excellence en maître-mot

Ointe dès le plus jeune âge par ses pairs, la jeune Castéra décide de faire carrière lorsque le plus grand nombre n’a pas dépassé le stade phallique de Freud. Pour la cornaquer, se succéderont trois coachs, la probité chevillée au corps, tous différents dans leurs manières de l’entraîner, mais unanimes : bourreau de travail, elle avait tout d’une excellente joueuse et « aurait très bien pu faire carrière » et « aller chercher le top 100 », nous raconte le premier, Jean-Luc Cotard, de la FFT. Alors qu’elle n’a que 10 ans, il la prend sous sa houlette : « C’était une bonne petite gauchère », se remémore, thuriféraire, celui qui sera nommé DTN trois décennies plus tard, avant de préciser : « Elle était dotée d’une belle technique et d’un super physique, son revers à une main en faisait déjà une joueuse à part. » Mieux, il sent le phénomène et veut relever le gant : « Je me suis tout de suite dit ″ne te plante pas, tu as affaire à quelqu’un qui ressent tout, à qui tu ne peux pas raconter d’histoire.″ » Signe qui ne trompe pas, leur collaboration évolue et devient un temps plein, facilité par le régime de scolarité aménagé que suit la collégienne à Duruy dans le 7e arrondissement de Paris. Moins de deux ans plus tard, leur travail paie. Déjà. Elle remporte l’Orange Bowl en 1992, ce championnat du monde officieux des préados que Cotard évoque comme « un superbe moment où, sous la chaleur de Floride, Amélie s’est surpassée et a vécu un des plus beaux moments de sa carrière sportive ». À la manière d’une tortue sagace, parabole chère à Jean-Luc Mélenchon – avec qui la future Castéra aura maille à partir dans sa deuxième vie –, Cotard analyse en voyant plus loin : « Je pense que ce sont de très bons souvenirs qui font qu’elle a, enfant, pris goût à l’excellence. »Quand on est heureux de se sentir compétent, on a d’autant plus envie de succès et le mécanisme est enclenché. »

 

Zorba le Grec

À 75 ans, Nicolas Kelaidis porte beau et se raconte avec bonhomie et acuité, loin des galimatias qu’il nous promettait. Avec Amélie Castéra, leurs deux caractères bien qu’éloignés se sont vus comme connectés par le tennis. L’entente est immédiate, le respect mutuel. S’il ne l’entraîne qu’à partir de 1993, les résultats sont immédiats. En l’espace d’une saison, l’adolescente accède à pas moins de trois demi-finales de Grand Chelem : « C’était la meilleure joueuse française en jeunes, elle avait l’envie de travailler toujours plus et ne rechignait devant aucun effort », se souvient-il, dithyrambique. Parce que le tennis est, par essence, un sport de longue haleine, à peine quelques mois après le début de leur collaboration, l’US Open se profile. Une aubaine : c’est aux États-Unis que la jeune fille a remporté son plus beau trophée et elle se sent capable de rééditer la performance. Mal embarqué, son tournoi commence au deuxième tour par un bagel d’entrée, mais, résiliente, Castéra se relève et remporte le match puis se prend à espérer… jusqu’à arriver en demi-finale, une première à ces hauteurs. Laquelle, si l’on se fie au score, est une déculottée (2-6, 2-6), mais pas pour la Parisienne, « pas vraiment du genre à ruminer », selon Zelaidis. Ce léger poncif et quelques regrets évacués, on la retrouve à Roland huit mois plus tard, âgée de 16 ans et sûre de sa force comme rarement. Cette fois aucun accident de parcours n’est à déplorer et, selon le septuagénaire : « Elle fait un tournoi exceptionnel, sa technique et surtout sa science du jeu font sensation. » Comme à Flushing, elle s’arrête néanmoins en demies. Pas le temps de ressasser, Wimbledon arrive à grands pas et, malgré ce match d’anthologie joué contre la future vainqueur du tournoi, elle en ressort cette fois écœurée, une chose à laquelle elle n’a jusqu’alors jamais goûté, ayant eu l’heur de grandir dans une famille bourgeoise du 16e arrondissement dépouillée de toutes ébauches de cahots. « Il y avait la place », ne cesse-t-elle de se répéter. Ce sentiment a-t-il, dès lors, infusé en elle jusqu’à lui faire perdre de sa détermination et, par un effet de causalité, la haute opinion qu’elle se faisait d’elle-même ?

 

Chant du cygne

Malgré un quart à Wimbledon l’année suivante, puis un huitième de finale à l’Open d’Australie en 1996, l’ascenseur paraît ensuite bloqué. Bloqué à l’étage des espoirs et des promesses. Bloqué avant d’avoir pu confirmer. C’est à ce moment-là que, « de son propre chef », Amélie Castéra sollicite un joueur en fin de parcours, qui n’avait « pas d’expérience en coaching », Éric Winogradsky. « On a collaboré pendant quelques mois, le temps pour elle de se rendre compte qu’elle ne pourrait pas aller plus haut », raconte-t-il, lucide. « C’est une jeune femme qui a toujours été très ambitieuse et elle a compris qu’elle n’atteindrait pas le niveau auquel elle aspirait », poursuit celui qui deviendra une décennie plus tard le coach à succès de Tsonga. Pis, alors que son tennis déraille, un mal-être plus profond la submerge : « Le terrain était devenu anxiogène, donc certains jours on passait du temps chez moi, avec ma famille à discuter de la vie. » Végétant autour de la 240e place WTA, plus atrabilaire que jamais, l’idée de mettre un terme à sa carrière commence alors doucement à cheminer chez celle qui vient de fêter ses 18 ans : « Du jour au lendemain, elle m’a dit qu’elle souhaitait mettre un terme à sa carrière et reprendre les études », se rappelle l’ancien finaliste du double Porte d’Auteuil en 1989. Mais, là où l’amertume prévalait un an plus tôt, la clairvoyance prend le pas et cette décision agit comme un second souffle pour Castéra qui, virant sa cuti, s’autorise même à surseoir à sa décision et disputer une dernière rencontre, à Roland, avec Mauresmo. L’autre Amélie. D’un an sa cadette, elle agit comme un miroir inversé de sa carrière : moins prometteuse qu’elle ado, mais infiniment plus forte sur le circuit principal. Elles perdent, sous les olas d’un public français qui ne perçoit pas totalement ce qui se joue ce jour-là : l’avènement et la fin comme intriqués dans une rencontre.

 

Une carrière en demi-teinte ?

S’il est une constante chez Amélie Castéra, c’est la volonté d’excellence, mais aussi donc, si l’on voulait être vache, le fait de caler avant la finale. Une première grille de lecture voudrait que cela soit déjà un accomplissement, qu’évoluer à de telles hauteurs si jeune soit une performance qui se passe de mots. A contrario, une autre interprétation serait que, malgré des qualités évidentes, une limite existe pour la jeune Amélie Castéra. Une hypothèse qui est battue en brèche par ses entraîneurs. Lesquels évoquent de concert le fait qu’elle ait décidée de son propre chef l’arrêt de sa carrière et qu’elle aurait très bien pu « faire top 100 », le sacro-saint classement en dessous duquel une joueuse ne vaut – peu ou prou – pas grand-chose. Au total on peut imaginer que Castéra, la jeune fille parfaite, forte à l’école, au tennis et cultivée, a en fait construit une telle exigence, à n’en pas douter exacerbée par ses parents, qu’elle s’en est trouvée prisonnière. À cet égard, il est intéressant de se pencher sur son histoire d’amour avec Gustavo Kuerten, survenue l’année de son premier sacre à Roland, en 1997. Elle dure à peine quelques mois, mais la marquera à jamais, et lui fera sentir – par procuration – le poids de la victoire. L’a-t-elle fuie ? L’a-t-elle en fait jamais voulue ? Était-ce une projection de sa famille, notamment son père directeur historique de Publicis, qui l’a biberonnée « à la gagne » ?

Contactée, la ministre n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations, sans doute occupée à éteindre l’incendie qu’elle a elle-même provoqué avec sa guerre picrocholine contre l’école publique ou, tout à sa volonté de ne pas revenir sur ses années tennis, ne souhaitant pas désépaissir un mystère qui se fait brumeux : pourquoi, joueuse, n’est-elle jamais sortie de sa chrysalide ?

 

Marchepied

Mettre en perspective sa carrière sportive et professionnelle avec ce que l’on peut qualifier d’insatiabilité chronique justifie de se pencher sur son passage à la FFT. Nous sommes alors en 2021, et celle qui est entre-temps devenue Amélie Oudéa-Castéra occupe un poste important – et très lucratif – chez Carrefour, après une décennie chez AXA. Elle rêve néanmoins de retrouver son terrain de prédilection : le tennis. Forte d’un carnet d’adresses où se bouscule le Tout-Paris, elle décide de se lancer à l’assaut de la FFT, en duo avec Gilles Moretton. À lui la présidence, à elle la direction générale, un poste hybride où ses prérogatives seront nombreuses. Animal politique déjà, elle profite d’un article dans Les Échos pour sortir la sulfateuse et dénoncer l’ancienne direction, « les apparatchiks de la balle jaune, Bernard Giudicelli et Jean Gachassin ». Une stratégie qui paie puisque l’ancien 65e mondial est élu triomphalement, aidé il est vrai par les errements de l’administration du truculent Corse, et ne tarde pas à la nommer numéro 2 de la Fédération. La paire durera quatorze mois, le temps pour elle de s’adonner à des missions aussi nébuleuses que « manager l’action quotidienne des directions de la FFT de façon à mener avec succès la phase de renouveau de la fédération », ou encore, « conduire la feuille de route stratégique du projet ″Ensemble Pour un Autre Tennis″ », dixit la maison mère. Des projets qu’elle n’aura finalement que le temps de caresser puisque son désir de politique prend vite le pas sur ses premiers amours. Appelée à devenir Ministre des Sports depuis le premier mandat de son camarade de promotion à l’ENA, un certain Emmanuel Macron, elle franchit le Rubicon après leslégislatives de 2022, remplaçant au pied levé l’ancienne nageuse Roxanna Maracineanu, démissionnaire après sa défaite dans les urnes. De là à voir son escale dans les bureaux de l’avenue Gordon-Bennett comme un tremplin vers le poste qu’elle convoitait, le seul digne de ses ambitions… il n’y a qu’un pas, qu’on vous laissera jauger à l’aune des éléments susmentionnés. La politique, en poison insidieux qui rhizome chez quiconque y a goûté, lui a ainsi fait définitivement changer de route. Mais, il est une certitude dans la vie d’Amélie Oudéa-Castéra : son amour pour le jeu… qu’elle semble avoir transmis à son fils. Âgé de 12 ans, Pierre joue déjà les premiers rôles en France, marchant dans les pas de sa mère. Parviendra-t-il seulement à se départir de son statut d’enfant de la balle ?

Tennis Artists

Led by Honor Titus, four young artists are redefining tennis through art

Rinus Van de Velde, You can do what ever you want,..., 2020

Almost since tennis was instituted into lawn parties across England, America and their colonies, artists have been around to capture the particulars and peculiarities of the sport. Restrained, precise, decidedly unemotional, Eric Ravilious (1903–1942) was chosen to help represent the English way of life at the 1937 International Exhibition in Paris. Normally prone to depicting unpeopled landscapes, he started painting scenes dominated by tennis games, such as his Tennis Triptych now in the Bristol Museums. Cyril Power, another English illustrator, brought his architectural lens to all sorts of sports, but his Tennis linotype breaks down the beauty of tennis motion into brilliant swooping contours. In America, Leroy Neiman and New York’s Hammer Graphics paired up to give Jimmy Connors and Rod Laver the “pop art” treatment, bringing in cash hand over fist for his ubiquitous prints during the late 70s and early 80s.

Tennis may carry a feeling of a one-dimensional, staid sport to the general public, but tennis players themselves have finished their first careers and taken on second ones as fashion designers (Ted Tinling), musicians  and collectors (John McEnroe), interior decorators (Venus and Serena Williams) and amateur art historians (Reilly Opelka). Six years after the creation of Courts magazine, the Maison des Arts d’Uccle is hosting Tennis is Art, a retrospective of the art and the artists that have graced the cover of this magazine, including, Minimiam, micro photographers of playful tennis sketches in 1/87 scale, Mathilde Wittock, who reinforces benches and other public fixtures with used balls and other gear, and Jean-Philippe Bertrand , a sculptor who can reimagine a broken wooden racquet into anything from a rooster to a  guitar.  Showing until 14 April, Courts has managed to wrangle only a fraction of the artists currently using tennis as inspiration. While the following have also made a brief appearance at galleries across the world, they could end up at the Maison des Arts d’Uccle next year.

Honor Titus, Prosperity, 2023

Honor Titus

Honor Titus never actually aimed at a career in art. The son of Andres “Dres” Vargas Titus of the seminal rap group Black Sheep, the Brooklyn-born Titus had his sights set on punk rock infamy. His band, Cerebral Ballzy, actually made it, landing a record deal at Strokes lead-singer Julian Casablaca’s label, Cult Records and dates at UK Festivals, including Reading and Leeds. But when he started an album-cover collaboration with anti-authoritarian artist Raymond Pettibon, Titus became the Basquiat to Pettibon’s Warhol. He began working in Pettibon’s studio, where he assisted in the artist’s stylized ink drawings developed an interest in painting. After Titus relocated across t he country to Los Angeles in 2016, he developed a vibrant, painterly style while synthesizing ritual formality of tennis with hyper-realist brands. A tennis enthusiast since his LA move, within four years Titus was discovered by uber-gallerist Larry Gagosian; his show “Advantage In,” which ran from 20 July to 1 September, was hailed as looking “back to Hopper and forward to Kerry James Marshall.”

Honor Titus, Seconf Serve, 2023
Rinus Van de Velde, First of all, I am a landscape painter, ..., 2020

Rinus Van De Velde

Spanning various media, the Belgian artist, Rinus Van de Velde creates large-scale, fictional self-portraits and life-size decors for his installations and videos that explore the relationship between his reality and fiction. Convinced that art is not born of one sole truth, Van de Velde often depicts himself as the protagonist of his work, as well as the victim, such as in the 2022 oil pastel “Dear, a studio visit is a bit difficult at the moment …” in which Van de Velde is pictured in a basement laundry surrounded by piles of notebooks, papers, cloths and all other accoutrement. Van de Velde’s works are systematically accompanied by two or three sentences at the bottom that promise a bigger story. On the representation of an colorful, yet empty, tennis court there is this for explanation: “Now I have to find my big serve.” Van de Velde’s latest gambit, A Life in a Day — with former professional and current art gallery owner, Tim Van Laere — this time shows the reality of his life, mixing the magic of his daydreaming with his actual routine. Van de Velde gets up and he smokes and he paints and he smokes and he only leaves his studio to meet Van Laere — the man who convinced Van de Velde to return to tennis after injuring his elbow painting — to play tennis. Sometimes daydreams do become reality.

Todd Bienvenu, Serve, 2017

Todd Bievenu

Louisiana State University-educated, Arkansas artist’s dense figurative paintings depict sex, tattooed rockers, beaches, alcohol, urban scenes,  parties — and tennis.

My Brother (Champion) and Me (Runner-Up, Lambelet Coleman, 2023.jpg

Nicholas Lambelet Coleman

a Swiss-American painter whose work broadly encompasses portraiture, still-life and interiors builds his own universe — the product of his peculiar, intimate relationship with his medium — and that includes self-portraits of his younger self as a champion tennis player. This article would profile all four artists and examine their relationships with tennis. It would also ask and answer the question of how tennis culture inspires art and vice-versa, and profile the players who are also prominent collectors, including Reilly Opelka and Venus Williams.  2,000 words.

Alice Neal_s 1952 painting Mike Gold

Diane Parry de fil(o) en aiguille

© Virginie Bouyer

« Chacun ses goûts. » Une réplique dont on use et abuse pour clôturer les joutes verbales entre adversaires armés de palabres bien plus longues que les lances des chevaliers du Moyen Âge. Parce que l’un peut trouver un film très réussi, une musique mélodieuse ou encore une œuvre jolie, et l’autre non. Mais le vrai chef-d’œuvre, le « beau », n’est-il pas celui qui met tout le monde d’accord ? Comme la féérie d’une aurore boréale. Existe-t-il en ce bas-monde un être – et les aveugles ne comptent pas, je vous vois venir, sans mauvais jeu de mots, évidemment – qui oserait lâcher un « C’est très moche » tout à fait sincère devant ce spectacle de la nature ? « Sans doute que oui », me répondrez-vous pour stopper net mes élans philosophiques dignes d’un Socrate avec un « o » à la place du « a ».

Au tennis, en compétition, l’esthétisme n’est pas le but recherché. Les meilleurs du monde sont à ce niveau parce qu’ils entrent sur le court avant tout pour gagner, pas pour la beauté du geste. Daniil Medvedev, par exemple, se contrefout de savoir si sa frappe a fière allure ou non, tant que la balle passe de l’autre côté du filet. De quoi se voir comparé, pour ses gestes tarabiscotés, à un bretzel par Iga Świątek lors d’un direct Instagram avec la Polonaise organisé par Tecnifibre en 2021. Personnellement, je suis assez friand de ce style unique, mais d’autres vont le juger disgracieux, pour faire dans l’euphémisme. Le Russe lui-même s’en bidonne. « Quand je me vois en photo ou vidéo, je me dis : “Mais qu’est-ce que je suis en train de faire ?!”, a-t-il rigolé lors d’une interview pour l’ATP en août 2019. C’est une technique plus proche des amateurs, on peut dire, donc peut-être qu’elle peut plaire à plus de gens (sourire). »

Néanmoins, certains cupidons savent décocher des flèches qui poussent beauté et efficacité à se dire oui. Roger Federer est de ceux-là. Pour beaucoup, il incarne l’élégance sur le terrain, tel un danseur aux entrechats aériens donnant l’impression de voleter de nuage en nuage. Au point d’être décrit comme une « créature dont le corps est chair et, d’une certaine façon, lumière » dans Roger Federer as Religious Experience, un article signé David Foster Wallace, regretté génie de la plume, pour The New York Times en 2006. À un degré moindre, bien entendu, Diane Parry fait partie de cette caste. Celle dont la plupart trouve le style de jeu, les gestes, beaux à regarder.

En 2019, à 16 printemps, la Française se révèle aux yeux du grand public en gagnant un match dans le tableau principal de Roland-Garros. Elle est alors la plus jeune joueuse à réussir cet exploit depuis la Portugaise Michelle « Décibel » Larcher de Brito en 2009. Au deuxième tour, elle s’incline face à la Belge Elise Mertens, 20e mondiale à ce moment-là et demi-finaliste de l’Open d’Australie l’année précédente. Présent dans les tribunes d’un court 14 souvent transformé en cocotte-minute prête à exploser à chaque point quand un Tricolore y joue, j’entends des « Quelle technique ! », « Elle est vraiment belle à voir jouer ! », « J’aimerais trop avoir son revers ! » entre deux « ALLEZ DIANE ! ». Ce revers, justement, elle le frappe à une main. De quoi faire d’elle un oiseau rare, encore plus sur le circuit féminin.

© Ray Giubilo

Palette complète et tenue d’une main

À l’heure de l’écriture de ces lignes, fin février 2024, elles ne sont que trois dans le top 100 à jouer en mono-mano ; Tatjana Maria – qui a la particularité d’avoir fait la première partie de sa carrière à deux mains, avant de changer en revenant sur le circuit à 26 ans après avoir eu un enfant – et Viktorija Golubic étant les deux autres. Et 18 dans le top 1000, soit 1,8 %. Et si Parry préfère se passer de la main gauche depuis ses 12 ans, c’est aussi en raison de Federer, son idole, dont l’influence se perçoit également dans sa gestuelle au service. « Elle devait avoir un poster de lui dans sa chambre, a confié Cécile Palicot, sa coach au TC Boulogne-Billancourt entre 4 et 11 printemps, au Parisien en 2022. C’est son inspiration, encore aujourd’hui. Elle voulait avoir son revers à une main.»

Mais le Suisse aux 20 titres du Grand Chelem n’est pas le seul modèle de la championne du monde junior 2019. « J’ai regardé pas mal de vidéos de Justine Henin et Amélie Mauresmo, même si je n’ai pas pu les voir jouer en vrai, pour le revers à une main, a-t-elle expliqué dans le podcast Dip Impact d’Eurosport en novembre 2021. Chez les hommes, Federer et Dimitrov. Parce que (en plus du revers à une main) ça se rapproche de ce que j’ai envie de faire sur le terrain : varier, être offensive. » Car son revers magnifique est loin d’être le seul élément faisant la grâce de son tennis. D’ailleurs, le coup droit est davantage son point fort. Le revers à une main étant très exigeant physiquement, a fortiori au plus haut niveau, elle bosse sur ce plan depuis plusieurs saisons. Notamment pour ne plus subir face aux joueuses capables de desquamer la balle à coups de lift pour la faire gicler au rebond.

« Sa balle est difficile, elle remonte beaucoup, même en reculant pour me donner plus de temps je devais la jouer au-dessus de l’épaule en revers, c’était compliqué », avait-elle analysé en conférence de presse après sa défaite contre Sloane Stephens au troisième tour de Roland-Garros en 2022. « Je progresse bien, mais j’ai encore beaucoup de travail à faire, avait-t-elle déclaré quatre jours plus tôt, lors de son entrée en lice, après avoir contraint Barbora Krejčíková, tenante du titre et numéro 2 mondiale, à mettre genou à terre. Notamment physiquement et en revers, pour être plus forte dans les rallyes. Je veux aussi améliorer encore mon agressivité avec mon coup droit, qui est une bonne arme dans mon jeu. » Et pas l’unique.

Si certaines jouent en monochrome, l’artiste Diane Parry a toutes les couleurs sur sa palette. Slicer, lifter, faire service-volée, amortir, accélérer… la native de Nice sait tout faire. « Je dirais que j’ai plutôt un jeu varié, aussi grâce à mon revers à une main, s’est-elle exprimée, toujours dans Dip Impact. Et plutôt agressive, j’aime beaucoup monter au filet, créer. » Une richesse rare sur le circuit – même si « de plus en plus de filles commencent à être meilleures dans tous les compartiments », comme elle l’a souligné –, qui en fait un atout majeur. « C’est sa plus grande force, avait déclaré son ancien entraîneur, Gonzalo López Sanchis, pour le site de Roland-Garros en 2019. Avant, elle pensait qu’être agressive voulait dire frapper fort près des lignes. Je comprends qu’une fille solide physiquement qui ne sent pas la balle fasse ça, mais pas une fille comme Diane, qui sait tout faire. »

© Antoine Couvercelle

« Il faut lui laisser du temps, elle doit apprendre à utiliser toute sa panoplie »

Une force qui peut aussi, parfois, être une faiblesse. « Diane, elle aime jouer “joli”, a expliqué « GLS » à 20 Minutes en 2022. Nous, en Espagne, on dit que si tu veux voir quelque chose de joli, tu vas au théâtre. Ici, il faut gagner. Elle doit apprendre à faire “la cuisine”, savoir utiliser toute sa panoplie, quand elle doit slicer, prendre un risque, remettre la balle de l’autre côté. Parfois, elle se frustre, mais elle a le jeu pour déstabiliser ses adversaires. […] Elle a quelque chose. » « Savoir faire beaucoup de choses, c’est un style de jeu qui demande plus de temps [pour être maîtrisé], avait-il déjà expliqué en 2021 pour la FFT. Il ne faut pas être pressé avec elle. Le jour où Diane trouvera comment jouer juste, elle peut devenir très forte. »

Un apprentissage vécu par Federer lui-même. « J’ai dû apprendre à utiliser tous mes coups, savoir choisir celui qu’il faut au bon moment, s’était-il exprimé, avec du recul, une fois devenu un monument de son sport, pour expliquer son éclosion plus tardive que certains rivaux de sa génération titrés en Majeur et numéros 1 mondiaux avant lui. L’avantage de Marat (Safin), Lleyton (Hewitt) ou Andy (Roddick), c’est qu’ils avaient déjà leurs jeux en place. » Ons Jabeur, sans doute la joueuse la plus complète du circuit WTA depuis la retraite d’Ashleigh Barty, n’est entrée dans le top 50 « qu’à » 25 ans, en février 2020. Une élite dont Diane Parry s’est de nouveau rapprochée. 58e fin octobre 2022, elle a amélioré son meilleur classement en atteignant le 54e rang mi-mars 2023 suite à son premier huitième de finale en WTA 1000, à Indian Wells. Cinq mois après être descendue à la 109e place.

« Diane est une fille qui essaie de faire du beau jeu parce qu’elle joue très, très bien, a répondu l’Argentin Martin Vilar, son coach depuis l’été 2023, à L’Équipe en janvier 2024. C’est un plaisir de la regarder, mais il y a des moments où elle perd un peu sa concentration parce qu’elle essaie d’en faire trop. Parfois, il faut jouer juste pour gagner. Beaucoup de gens me font des blagues parce que je la fais jouer d’une façon un peu moins jolie en me disant : “On va pouvoir lui donner un passeport espagnol.” Oui, privilégier le beau jeu, c’est très français. En France, il faut être perfectionniste. […] Et je pense qu’on a pris la bonne direction. Maintenant, je crois qu’elle s’amuse à s’accrocher. » En voyant un avenir radieux à sa protégée. 

« Elle est très, très, très douée, et très intelligente, a-t-il appuyé pour Tennis Legend Podcast en janvier 2024. Souvent, on ne sent pas la balle, il y a du vent, etc. donc il faut savoir gagner en jouant mal. […] Elle est forte mentalement. Je pense qu’elle sera top 20 sans problème. Mais c’est une question de maturité, elle n’a que 21 ans, il ne faut pas lui demander d’y arriver demain. Il faut respecter sa personnalité. À son rythme, je suis sûr qu’elle va très, très bien jouer. […]Certains se posent moins de questions, parce qu’il n’ont que deux options : jouer croisé ou long de ligne. Diane a 10 000 possibilités, alors ça joue parfois contre elle. Il faut rester simple, surtout quand le match est serré (pour ne pas s’embrouiller l’esprit). […] Je crois vraiment qu’elle est capable de battre n’importe qui. » En quête d’équilibre entre beau tennis, simplicité et efficacité, Diane Parry doit trouver sa philosophie de jeu. À l’opposé de celle du doute. Bref, Parry doit devenir l’anti-Pyrrhon. 

 

Article publié dans COURTS n° 16printemps 2024.

© Virginie Bouyer

Le coup roi

© Ray Giubilo

Éternel reflet de son temps, le coup droit est peut-être le coup qui a le plus évolué, en termes de technique et de biomécanique, pour conserver à travers les âges son statut de coup majeur du tennis. Plongée dans la passionnante histoire du roi des coups.  

Donnez une raquette à un enfant, envoyez-lui une balle et observez : qu’il touche ou non la balle, il y a fort à parier que ce sera en coup droit qu’il tentera de le faire. Et ce, même si cet enfant s’appelle Richard Gasquet ou Stan Wawrinka. Pas besoin d’en dire davantage pour comprendre que le coup droit est, sinon le coup le plus naturel – cela va dépendre ensuite des individus –, du moins le coup le plus instinctif du tennis. Tout simplement parce que la préhension d’un objet est plus facile avec la paume qu’avec le dos de la main. Question de force et de stabilité. 

Si le service était à l’origine une aimable mise en jeu à la cuillère, et s’il a également fallu attendre pas mal d’années pour voir des joueurs faire autre chose de leur revers qu’un petit chip souffreteux, le coup droit, lui, est le coup de base du tennis depuis ses origines. Il l’est encore et même plus que jamais aujourd’hui, à tous les niveaux. « Les chiffres montrent que le coup droit est le coup le plus important du tennis moderne, juste devant le service et très loin devant le revers, nous éclaire le statisticien (et entraîneur) suisse Fabrice Sbarro. En moyenne, sur le circuit, les meilleurs coups droits rapportent deux fois plus de points que les meilleurs revers. Et à de rares exceptions près, comme Richard Gasquet ou Benoît Paire, tous les joueurs marquent plus de points avec leur coup droit qu’avec leur revers. Sans un gros coup droit, aujourd’hui, cela paraît extrêmement compliqué d’arriver parmi l’élite. » 

On a en effet du mal à imaginer de nos jours un numéro 1 mondial sans coup droit comme a pu l’être en son temps un Stefan Edberg (tout est relatif, bien sûr). Daniil Medvedev est certes parfois raillé pour le sien, mais c’est plus pour le style que pour l’efficacité. À l’instar d’Andy Murray qui l’avait précédé en tant que primo-accédant au trône suprême, le Russe n’est certes pas connu pour son énorme coup droit comme peuvent l’être Roger Federer, Rafael Nadal ou Carlos Alcaraz. Mais il n’a pas de faille non plus de ce côté-là, tout en s’appuyant sur de grosses forces connexes, le service notamment. Idem pour un Novak Djokovic, dont la qualité de revers ne doit pas masquer le fait que c’est bel et bien avec son coup droit qu’il construit et gagne la majorité de ses points.

À l’heure de la puissance dévastatrice du fond de court, la prépondérance du coup droit paraît logique. Si, pour des raisons physiologiques, certains sont naturellement plus à l’aise en revers, tous les joueurs génèrent en revanche plus facilement de la puissance en coup droit. Parce que le coup droit, par rapport au revers, permet une plus grande amplitude gestuelle, une plus grande rotation du tronc, bref une plus grande action de la chaîne cinétique musculaire (du moins à une main). Bien sûr, reste à contrôler cette puissance. Mais si l’on veut envoyer une balle le plus loin possible, par exemple dans le champ d’à côté pour calmer ses nerfs après une faute grossière, c’est toujours côté coup droit qu’on le fera. 

© Antoine Couvercelle

De Bill Johnston à John McEnroe : surprise sur les prises

Cela dit, fut un temps où le coup droit pesait moins sur le jeu. Notamment dans les années 50 et 60, celles des grands champions australiens, dominateurs d’une époque où trois tournois du Grand Chelem sur quatre se disputaient sur gazon et où l’action se déroulait essentiellement au filet. Assommer l’adversaire en coup droit était alors moins une priorité que de monter avant lui. Par voie de conséquence, les prises de raquette s’étaient simplifiées au maximum de manière à pouvoir être changées le plus vite possible, au bénéfice d’un jeu de transition rapide entre le fond de court et la volée, quitte à perdre un peu en puissance. Digne (et peut-être dernier) successeur de cette école australienne, John McEnroe avait poussé le bouchon jusqu’à faire tous les coups avec une prise unique, la fameuse prise continentale qui repose aujourd’hui en paix au cimetière des prises de coup droit oubliées.

Les prises, parlons-en. Car le coup droit est peut-être le coup sur lequel elles ont été, dans l’histoire du jeu, les plus changeantes. Si l’on s’accorde à dire qu’il est quasiment impossible de frapper un revers lifté à une main sans une prise un minimum fermée, le coup droit, lui, ouvre en grand le champ des possibles. De l’Est à l’Ouest, c’est-à-dire de la prise « eastern » d’un Roger Federer à la prise « western » d’une Iga Świątek, en passant par la prise continentale d’un Rod Laver, on aura à peu près tout vu sans pouvoir réellement ériger aucune de ces prises en dogme absolu, même si chaque époque a eu bien sûr son apanage, et même si la prise « semi-western » (très fermée, mais pas extrême non plus) est désormais la plus communément répandue à haut niveau.

Une vision parcellaire voudrait que les prises de coup droit soient allées en se refermant de plus en plus au fil des décennies. Ce n’est pas tout à fait vrai, à en croire l’ancien entraîneur des équipes de France et de Suisse de Coupe Davis, Georges Deniau : « Dans les années 20, l’Américain Bill Johnston avait un coup droit extraordinaire avec une prise fermée, rappelle celui qui, du haut de ses 91 ans, a vu passer quelques coups droits fumants dans sa carrière. En fait, au départ, les prises étaient naturellement assez fermées en coup droit. Et puis, on a compris que pour faire un service et une volée, il y avait une prise neutre plus adaptée. Certains, comme René Lacoste, se sont mis à pinailler sur la technique et j’ai moi-même commencé à enseigner le coup droit avec une prise neutre. Aujourd’hui, dans l’enseignement, je recommande d’aller jusqu’à une prise fermée mais pas plus. Au-delà, cela devient une affaire personnelle. »

Les images manquent pour déterminer quelle(s) prise(s) de coup droit utilisaient précisément les pionniers du tennis. Mais pour remonter encore un peu plus loin que Bill Johnston, on trouve sur le net quelques photos de May Sutton, victorieuse des Internationaux des États-Unis 1904 à 17 ans puis de Wimbledon 1905 à 18 ans et citée par le journaliste Bud Collins, dans son Encyclopédie du tennis, comme l’un des premiers gros coups droits de l’histoire. Ces quelques clichés hors du temps paraissent sans équivoque : la joueuse américaine utilisait bel et bien une prise fermée. 

© Antoine Couvercelle

La légende de Jimmy chantée – par Bollettieri

Bref, en matière de coup droit, la révolution ne s’est finalement pas faite par la prise, fût-elle de la Bastille. Elle est peut-être en revanche venue d’un joueur, américain toujours, pas forcément celui auquel on pourrait spontanément penser : Jimmy Arias, demi-finaliste de l’US Open en 1983 à l’âge de 19 ans et numéro 5 mondial en 1984. L’histoire de ce fils d’émigré cubain, originaire de Buffalo, dans l’État de New York, mérite que l’on s’y attarde un peu. Extrêmement précoce, il s’était fait connaître en menant la vie dure à un Rod Laver certes vieillissant lors d’une exhibition en 1976. Lui-même était alors âgé de… 12 ans, et armé d’un coup droit « fouetté » comme on n’en avait jamais vu auparavant.

« Je devais ce coup droit à mon père, a souvent raconté celui qui est désormais commentateur pour Tennis Channel et ESPN. Quand j’ai pris ma première leçon de tennis, on a commencé à m’enseigner le coup droit de la manière classique : prise continentale, préparation loin derrière et accompagnement loin devant, en direction de la zone visée. Mon père ne connaissait pas grand-chose au tennis, mais il était ingénieur et il était bon en physique. À la fin du cours, il m’a dit : “c’est complètement stupide, ce mouvement t’oblige à ralentir la raquette pendant le mouvement. Relâche plutôt ton bras et laisse-le partir !” C’est ce que j’ai fait, et j’ai ainsi posé les bases du tennis moderne… »

L’ascension d’Arias a ensuite été fulgurante, et concomitante de celle d’un certain Nick Bollettieri, dont il a fait partie des premiers élèves lorsque ce dernier a ouvert son académie éponyme, en 1978. « Dès la première fois que je l’ai vu frapper des coups droits, se jetant sans retenue dans la balle, sautant partout, mettant tout le poids de son corps et laissant librement partir son épaule, le tout avec sa prise étrange (une prise “semi-western”), j’ai su en un instant que c’est comme ça qu’il fallait exécuter ce coup, se souvenait pour sa part le mythique (et regretté) entraîneur américain. Ensuite, tous mes autres jeunes joueurs se sont mis à imiter le coup droit de Jimmy, qui est devenu le coup signature de l’académie. Et je crois que cela a révolutionné le tennis. »

« Effectivement, on peut dire que le coup droit d’Arias était révolutionnaire, confirme Loïc Courteau, qui fut la première victime française de l’Américain sur le circuit international, au 3e tour de Roland-Garros juniors en 1981. Il avait une préparation assez courte et un relâchement extraordinaire du bras qui lui donnait une vitesse de poignet jamais vue. C’était une époque où cela commençait à frapper fort en coup droit, à l’image d’Ivan Lendl ou même de terriens comme Björn Borg ou Corrado Barazzuti. Mais ils avaient une prise un peu moins fermée et pas vraiment la même gifle de coup droit recouvert. En ce sens, Arias était un précurseur. » 

Si sa carrière a finalement plafonné assez rapidement, la légende de Jimmy a donc perduré à travers les (autres) enfants de Bollettieri qui se sont en quelque sorte appropriés son coup droit et en ont récolté la plupart des lauriers. Au premier rang desquels on pense bien sûr à Andre Agassi et Jim Courier, qui ont emmené à leur tour le jeu dans une nouvelle dimension, à une époque – la fin du XXe siècle – où le coup droit a pris encore un peu plus de galon.

« À partir des années 2000, le tennis s’est joué de plus en plus du fond de court. Dès lors, le coup droit a pris une importance énorme par rapport à la volée, analyse Fabrice Sbarro. Avant, des joueurs comme Becker, Edberg ou Stich étaient largement dominés du fond de court par Agassi. Sampras, lui, gagnait grâce à son service et sa volée, mais il était à la hauteur en coup droit et, en soi, c’était déjà une révolution. Par la suite, la qualité du revers s’est elle aussi nettement améliorée avec les Safin ou Ferrero et cela a définitivement enterré le service-volée. Je trouve d’ailleurs que, depuis, la qualité générale du revers a stagné voire régressé, alors que celle du coup droit a encore augmenté. »

© Antoine Couvercelle

Federer et le coup droit « coup de fouet »

Une augmentation constatée notamment avec l’avènement d’un autre Suisse, un certain Roger Federer, qui, deux décennies après Jimmy Arias, a poussé à son paroxysme la notion de « gifle » de coup droit. Et ce grâce à une technique passée au crible par un entraîneur français bien connu des tennismen youtubeurs, Jean-Pascal Roussat, qui dispense notamment des formations techniques en coup droit calquées sur la gestuelle de l’ancien numéro 1 mondial.

« J’ai observé que le coup droit de Federer reproduisait le mécanisme d’un fouet : il y a une énorme énergie accumulée par un phénomène d’ondulation du bras qui est ensuite restituée à la frappe, ce qui donne à la tête de raquette une vitesse maximale, explique “votre coach”, ainsi qu’il se surnomme dans ses vidéos. Pour cela, il faut un relâchement absolu et une pression minimale sur le manche, car la tension absorbe l’énergie. Aujourd’hui, de nombreux joueurs maîtrisent ce coup droit fouetté qui est à mon avis, en termes de biomécanique, le coup droit le plus performant. À vrai dire, je ne pense pas que l’on puisse faire beaucoup mieux à l’avenir. »

On notera d’ailleurs que Federer utilisait, on l’a dit, une prise « eastern » qu’il savait nuancer selon la frappe, mais qui était en tout cas moins fermée que celle de joueurs comme Rafael Nadal ou Carlos Alcaraz, et beaucoup moins fermée que celle d’un Nick Kyrgios, pour citer d’autres maîtres du coup droit « fouetté ». Ce qui est venu conforter les techniciens dans l’idée qu’il existe une multitude de prises possibles en coup droit, sans réel rapport avec son efficacité.

« Sauf cas particuliers, c’est vrai qu’on a un peu délaissé l’enseignement des prises en coup droit parce qu’on s’est rendu compte que cela n’avait finalement pas une incidence fondamentale sur la qualité de frappe, poursuit Jean-Pascal Roussat. Peut-être que davantage de joueurs ont des prises fermées aujourd’hui, mais je dirais qu’il y a surtout une plus grande variété dans les prises. Là où le coup droit a beaucoup changé, c’est plutôt dans la préparation, qui est beaucoup plus courte qu’avant. Les champions ne vont plus chercher très loin derrière car plus on va chercher loin, plus le poignet est en extension et plus le poignet est en extension, moins il y aura ce phénomène d’aller-retour rapide nécessaire pour donner le coup de fouet. »

Reste que si les coups droits sont aujourd’hui plus forts que jamais, on s’aperçoit qu’ils ne « payent » pas vraiment plus qu’avant. En moyenne, selon la banque de données de Fabrice Sbarro, les meilleurs coups droits rapportent à leur auteur entre 20 et 25 % de leurs points, une fourchette dans laquelle on retrouve les Federer, Nadal, Alcaraz ou autres Jo-Wilfried Tsonga. Surprise : parmi tous les joueurs analysés par l’expert helvète (sur un minimum d’une dizaine de matches décryptés), le numéro 1 en la matière est Mariano Puerta (30,5 %), juste devant Magnus Gustafsson (27,9 %) et Fernando Gonzalez (27,6 %), Jimmy Arias figurant en embuscade à la 6e place (24,5 %). 

On peut l’interpréter de deux manières différentes, qui quelque part se rejoignent : d’un côté, le jeu penche un peu moins côté coup droit qu’il y a une vingtaine d’années ; d’un autre côté, dans le tennis moderne, les tout meilleurs ne peuvent plus se permettre d’avoir une faiblesse dans leur panoplie. Le propre d’une arme efficace est de ne pas être seule dans l’arsenal, et un grand coup droit n’est plus grand-chose, à notre époque, sans au minimum un bon revers. Autrement, le retour de fouet peut être violent. 

© Antoine Couvercelle

Olivier Carlier : « Le coup droit est déterminant dans le tennis moderne »

Olivier Carlier, responsable Marketing tennis chez Babolat, nous explique comment la firme française, arrivée sur le marché de la raquette en 1994, a accompagné l’évolution du jeu à travers des ambassadeurs qui ont toujours, historiquement, été dotés de gros coups droits, de Carlos Moya à Carlos Alcaraz en passant bien sûr par Rafael Nadal. 

« Quand Carlos Moya gagne Roland-Garros en 1998, il le fait avec une raquette, la Pure Drive, beaucoup plus rigide, légère et maniable que la plupart des raquettes que l’on trouvait alors sur le circuit, très orientées contrôle. La Pure Drive, elle, misait sur la puissance et les effets. C’était aussi une période où les monofilaments se généralisaient, permettant d’apporter du contrôle via le cordage et moins via la raquette. Cette période a marqué une vraie première évolution dans le jeu.

On s’est rendu compte que, la balle allant de plus en plus vite, la prise d’effets allait être la réponse à apporter pour sécuriser les trajectoires. Si le lift servait auparavant à repousser l’adversaire et ralentir le jeu, c’est devenu le moyen de pouvoir frapper le plus possible tout en gardant la balle dans le court. Nadal a illustré cette évolution. Quand il est arrivé avec sa technique particulière en coup droit, on a travaillé avec lui sur une raquette capable de répondre aux exigences du coup droit moderne, c’est-à-dire une raquette générant beaucoup de puissance et d’effets mais aussi beaucoup d’aérodynamisme pour favoriser la vitesse à l’impact. C’est comme ça qu’est née la gamme Pure Aero.

Nous sommes toujours très vigilants à l’évolution du tennis dans la conception de nos raquettes, l’interaction raquette/cordage demeurant essentielle à nos yeux. Or, l’on constate que le coup droit est un coup déterminant dans le tennis moderne. C’est le coup qui fait la différence chez beaucoup de joueurs, parce qu’il permet de frapper plus fort, mettre plus de spin, trouver plus d’angles. Certains dépassent les 140 km/h, c’est extrêmement violent. Donc actuellement, on travaille beaucoup sur la stabilité des cadres notamment. Parce qu’avec la violence du lift et de la frappe, si la raquette « twiste » à l’impact, elle perd en contrôle. 

Qu’en sera-t-il demain ? Ce que l’on voit, c’est que l’on a des joueurs de plus en plus grands et qui se déplacent très bien. Si on se retrouve avec une génération de joueurs capables, avec leurs grands segments, de générer suffisamment de puissance par eux-mêmes, il est possible que l’on évolue à nouveau vers des raquettes plus orientées contrôle. Il faut voir aussi la politique des instances sur les conditions de jeu. Ce sont des éléments que l’on traque pour réfléchir au matériel de demain. »

© Antoine Couvercelle

Article publié dans COURTS n° 16, printemps 2024.

Ligne claire 

© Minimiam

Ceux d’entre vous qui ont déjà joué à GeoGuessr connaissent ce sentiment bizarre de se retrouver, par la magie de Google Street View, dans une zone qu’ils croient connaître, dans un pays qui ne leur est pas étranger, où les panneaux s’affichent dans une langue qu’ils maîtrisent, mais allez savoir où l’on est. N’ayant jamais mis les pieds à Uccle à l’heure où je rédige ces lignes, je n’ai eu d’autre choix que de m’appuyer sur Google Images pour essayer ici de retranscrire l’ambiance du lieu où se tiendra, du 4 au 14 avril 2024, l’exposition organisée par Courts avec l’appui de la municipalité. Peinture d’après photo : de grandes étendues arborées, des maisons de maître, des rues calmes, des commerces de bouche. Du silence. Les lignes ont beau être très claires, sans l’aide d’Internet, j’aurais été bien en peine de situer Uccle dans le Grand Bruxelles. 

Uccle a ses citoyens d’honneur, et parmi eux Salvatore Adamo, qui, contrairement à ses pairs, a l’immense mérite de ne pas m’être inconnu. Mais c’est surtout de Laurent Van Reepinghen, fondateur de la présente revue et ucclois (j’ai vérifié, c’est bien le gentilé) devant l’éternel, qu’il sera question ici. Uccle a dix quartiers, dont certains, comme le Vivier d’Oie et le Quartier du Chat, ont des noms amusants, mais c’est à Uccle Centre que se situe la Maison des Arts qui accueillera l’exposition. Uccle accueille le plus vieux club de tennis de Belgique, le Royal Brussels Lawn Tennis Club, mais c’est au Royal Léopold Club, dit « le Léo » que Laurent a appris à aimer le tennis au contact des plus grands joueurs belges de l’époque.

On l’aura compris, six ans après la création de Courts, l’exposition consacrée à la revue et à tous les artistes qui l’ont accompagnée ne pouvait se tenir qu’à Uccle.

J’ignore si, comme moi, la dizaine d’artistes exposés ont parcouru sur leur écran les longues pelouses bercées de soleil ; j’ignore s’ils auront la curiosité de pousser leur déambulation réelle ou distancielle jusqu’au Royal Léopold Club pour y voir les futurs champions de Belgique affiner leurs gammes. Je sais en revanche qu’ils seront bien présents au côté de Laurent Van Reepinghen du 4 au 14 avril à la Maison des Arts d’Uccle. Je sais aussi que, pour vous convaincre de les y rejoindre, le mieux est encore de parler d’eux. Car nous savons qu’en matière d’art, n’en déplaise à Walter Benjamin, l’expérience du réel surpasse la reproduction numérique.

© Minimiam
© Minimiam
© Minimiam

Minimiam ou Art du ping-pong :
faire de l’art un jeu et du jeu un art

En Une de ce numéro et sur l’affiche de l’exposition Courts, vous aurez sans doute repéré des joueurs de tennis dignes de France Miniature. L’œuvre de Minimiam, soit Pierre Javelle et Akiko Ida, photographes et metteurs en scène d’histoires culinaires qui, depuis 2002, racontent au 1/87e des saynètes légères et ludiques qui lorgnent vers Chaplin plutôt que vers Lars Von Trier. 

Au départ, comme souvent, il s’agit d’une rencontre. Akiko réalisait des photos pour des livres de recettes de cuisine quand Pierre répondait à des commandes photographiques, notamment autour du jeu. Tous deux partageaient une ambition : créer un univers ludique, loin de l’imagerie culinaire plan-plan. En mélangeant les figurines de modélisme ferroviaire et la nourriture, les histoires se sont pour ainsi dire mises à s’écrire devant leurs yeux.

Car la macrophotographie révèle les textures des aliments. À en croire Pierre Javelle, peu de choses sont aussi belles qu’un chou romanesco qui libère des milliers de gouttelettes durant une prise de vue. En révélant l’infiniment petit, on peut aussi s’adresser au très large, au très grand, à condition de promouvoir le pas de côté et de cultiver inventivité et âme d’enfant. 

Pierre Javelle a été marqué par la créativité sans faille de Patrick McGoohan et Sydney Newman, créateurs respectifs du Prisonnier et de Chapeau melon et bottes de cuir. Ou comment – et cela vaut aussi pour la Quatrième Dimension – injecter folie et inventivité dans une imagerie Swinging London colorée et élégante. C’est beau, ça tombe bien, mais il y a aussi des lilliputiens, des plantes carnivores, des ballons blancs qui tirent et beaucoup de bricole. Une manière de désacraliser l’art et de le tirer vers le jeu commune à nombre d’artistes exposés à Uccle. 

© Malika Favre

Car pour Pierre et Akiko, le tennis est avant tout une affaire de couleurs : le jaune des balles, l’ocre rouge de la terre battue, le vert de la pelouse, le blanc des tenues. Et c’est aussi un duel, une histoire simple, bâtie sur des échanges violents et perpétués à bonne distance. Cette distance incarne sans doute l’élégance du tennis : on gagne avant tout par son habileté, son acuité, par le talent qui coup droit après revers après passing après volée, s’appose comme une signature en bas d’un court devenu toile.

Et comme les joueurs de tennis ne sont, d’après Coluche, que des joueurs de ping-pong placés debout sur la table, les personnages des scènes de Minimiam semblent plus vivants encore que nous, comme si l’infiniment petit de leur espace confiné leur permettait de rêver plus grand.

© Art of Ping Pong

Lorsqu’on écrit un article au sujet de plusieurs artistes réunis lors d’une exposition, pour créer des transitions, il est parfois nécessaire de faire rentrer des ronds dans des carrés (ce qui revient exactement, si on y réfléchit bien, à passer sa première balle de service) ; sauf quand une métaphore pongiste inespérée fait le travail pour vous. 

Car d’être debout sur la table, il n’en est pas tant question avec The Art of Ping Pong que d’être debout, méditatif, devant la table accrochée façon tableau sur le mur dans un remarquable renversement des latéralités. Les Britanniques Algy Batten et Caroline Moorhouse proposent en effet avec ce projet indépendant de prolonger le jeu jusque dans la galerie : d’une taille correspondant au quart d’une table de ping-pong classique, leurs tables, réalisées en collaboration avec des artistes de tous horizons, sont des œuvres d’art à part entière qui, à tout moment, peuvent être décrochées du mur pour mettre une bonne fois pour toutes au clair cette question de savoir qui est le meilleur au ping-pong (ou qui va devoir étendre le linge). Au départ du projet, il y a fatalement un goût pour le ping-pong et l’art. Après 25 ans passés dans un studio de design, Algy pouvait se targuer de bénéficier d’un solide carnet d’adresses dans la scène artistique londonienne et au-delà. Et de fil en aiguille, le projet a grandi et s’est encore étendu. 

Parmi les collaborations prestigieuses lancées par Algy et Caroline, la dernière en date, avec Malika Favre, marque les esprits tant par l’inventivité de ses lignes que par le prestige inhérent à ce grand nom (français) de l’illustration, dont la ligne plus pop art que claire fait les beaux jours du New Yorker. Pop, c’est bien ce qui caractérise le set dont Malika Favre a signé le design, avec ses cercles rouges façon Saul Bass, ses lignes marine et ses visages de femmes aux traits (après tout, on parle de ping-pong) qui rappellent l’Asie. 

Algy connaît Malika Favre depuis de nombreuses années, et ce projet était un aboutissement naturel tant les deux univers artistiques semblent se répondre, avec un même goût pour la simplicité, l’attractivité, la positivité. La série sortie l’année dernière est ainsi le prolongement d’un premier travail réalisé avec l’artiste pour une pièce unique vendue aux enchères au bénéfice d’une ONG. Aplats colorés sur les face des raquettes, balles simplement marquées d’une bouche à grain de beauté façon ping-pong pidou… Une esthétique 60s que ne renierait sans doute pas le fan de John Steed qu’est Pierre Javelle.

Chez The Art of Ping Pong, tout est art et tout est ping-pong. Tables, raquettes, balles se voient traitées à la même enseigne : qu’importe le coup droit pourvu qu’on ait du beau. Il n’y aura pas de jaloux, puisque le grand cousin tennis a lui aussi droit de cité sur les tables des créateurs britanniques. Logique puisqu’au départ, Algy, bon joueur de ping-pong mais pas excellent si on le croit sur parole, était plutôt fan de tennis. Un contact sur Instagram et l’intérêt mutuel de Laurent et d’Algy pour le travail initié par l’autre ont débouché sur la création de cette table originale inspirée de Mondrian, initialement imaginée comme une pièce unique désormais tirée en série limitée. 

© Rodolphe de Brabandere
© Rezine
© Rezine

Bancs, bois, banquettes et balles

De beauté ludique, il est aussi question avec Mathilde Wittock et Frédéric Descamps. Mathilde, originaire de Bruxelles, cherche dans son parcours artistique qui l’a menée à la Central Saint Martins Art School de Londres à concilier ses passions pour le design, le tennis, et la survie de la planète. Séduite par la sensualité sphérique de la balle jaune, Mathilde Wittock est dans le même temps ulcérée par l’aberration écologique qu’elle représente : une balle met cinq jours à être produite pour être jetée au bout de neuf jeux et ne s’autodégrade qu’au bout de 2500 ans.
Pas besoin d’être médaille Fields pour identifier le problème ; Mathilde décide alors d’utiliser l’objet pour lui donner une nouvelle vie en utilisant ses propriétés acoustiques. Elle crée des panneaux isolants, puis, en phase avec les usages du court, des bancs et des fauteuils qui allient design, réemploi et confort. De quoi séduire les tournois qui ne savent plus quoi faire de leurs balles usagées et pourraient, en retour, améliorer la qualité des bancs et assises pour les joueurs.

Frédéric Descamps ne nomme pas ses créations ; il n’a pas encore fait le choix de se positionner comme artiste ou comme artisan. En réalité, sa pratique appartient aux deux mondes. À l’artisanat, il emprunte le savoir-faire technique, le plaisir de l’utile, celui du matériau ; à l’art, il donne sa créativité, son inventivité ; tous deux bénéficient de son talent. Dans un monde qui trop souvent jette et rejette l’imperfection, Frédéric Descamps a choisi de lui donner une place de choix. Passionné de tennis, il profite de son métier d’élagueur pour récupérer des pièces de bois dont la beauté, fragile, le fascine. Il les sculpte et les choie et les réincarne en bancs ou en raquettes de tennis, cherchant le pas de côté et cultivant la naturalité brute.

Une raquette est communément considérée comme un assemblage de pièces comprenant généralement un manche et un tamis, dont la visée première est de contrôler la balle pour éventuellement distribuer des coups gagnants. Mais c’est là réduire la raquette à une stricte fonction tennistique alors que, dès qu’on a le dos tourné, les raquettes investissent la vie : elles se changent en coqs (sportifs), en guitares, en chandeliers ou en homards, quand elles n’accueillent pas des oiseaux égarés et autres enfants en mal de balançoire. Tout ça, c’est dans leurs cordes, et Jean-Philippe Bertrand l’a bien compris. 

Après avoir grandi à la Rochelle auprès de grands noms du cinéma, de la télévision et de l’aventure, Jean-Philippe Bertrand a touché à tout, du ski au jazz en passant par la comédie et la voile, avant de devenir un scénographe réputé dans le théâtre. Créateur d’affiches pour des spectacles de Sardou, Reggiani, Polnareff ou Hallyday, il est aussi l’un des seuls artistes au monde dont l’une des sculptures, envoyée sur la station Mir, a vu la Terre depuis l’espace.

Des bancs, des fauteuils, des raquettes et du bois ; de ces deux-là, il convient de rapprocher Brett Gradel, dont le travail de marquèterie consiste à transformer le bois en peinture. Objets réinventés et œuvres singulières dégagent ainsi une aura chaleureuse qui nous ramène aux longues soirées de fin d’été. Sans doute faut-il y voir la marque de la Côte d’Azur où Brett vit, non loin des grands champions qui font les belles heures du Masters 1000 de Monte-Carlo. Parmi ses créations, on notera deux tabourets, l’un figurant un court au soleil couchant destiné à Marin Čilić, rencontré pendant le tournoi, l’autre représentant Rafael Nadal surpris en plein coup droit lasso. Comme le bois, les champions sont fragiles ; comme le bois, ils sont insubmersibles. 

© Claude Lieber
© Claude Lieber

Lignes convergentes

À ces lignes de vie s’ajoutent celles d’Anna Carlson, de Petra Leary ou de Laurent Perbos qui, chacun à sa manière, célèbrent et reinventent et tordent ou sacralisent les limites du court. Chez Petra Leary، les lignes se voient d’en haut pour dessiner des abstractions géométriques où l’esprit facétieux projette des personnages en miniature issus des rangs des Minimiam ; chez Anna Carlson, les lignes se tordent, se contractent, metalliques, telluriques, elles se heurtent au réel ou à la verticale, elles dépassent leurs limites (un comble pour une ligne), elles s’affranchissent de la gravité à l’art, et de l’art au jeu et en ce sens complètent les travaux des autres artistes exposés. Chez Laurent Perbos, les lignes s’imposent au monde ; elles se fichent bien des dénivelés، elles se moquent éperdument du réel. Les lignes du court sont des représentations qui s’imposent au monde que le jeu et les règles que nous décidons de suivre façonnent. 

Chez Anna، chez Petra ou chez Laurent، les lignes ne sont là que pour nous rappeler que rien ne peut border notre imagination. 

Suivez votre propre ligne. À pied, à cheval, en voiture, elle vous mènera jusqu’à Uccle pour y découvrir toutes ces œuvres avec moins de mots et plus de joie.  

 

Article publié dans COURTS n° 16, printemps 2024.

© Fabio Calmettes

Entering the era of the racquet

Translated by Adrian Margaret Brune

© Régis Colombo

Michel Russillon does not quite have the profile of a pensioner as one might imagine. This former Swiss tennis teacher with an infectious passion took advantage of his retirement to create Tennis Park, a system of multi-use courts (tennis, pickleball and urban tennis), aiming to develop tennis teaching and bring new audiences to racquet sports. Here, Russillon, 76, answers a series of questions about the strange multi-coloured block of courts he has developed. 

 

What is the Tennis Park?

The Tennis Park is a set of courts with reduced dimensions located on a classic court. There are three configurations: the education model for children includes four mini-fields of progressive lengths (10-, 12-, 15- and 18-meters long); the family model with four courts for four practices accessible with suitable equipment, including urban tennis, pop tennis, cardio tennis and pickleball; and the modular Tennis Park, which uses transportable nets to demo all these disciplines while retaining the classic tennis court. 

 

What is the purpose of the multicolored court? 

We added colored zones like traffic lights: red at the back of the court when I am in a defensive position. Orange, be careful, I am building my point. When we are in the green zone and the way is clear, I attack. The yellow zone corresponds to the finish of the point at the net. This system allows children and beginners to connect in a playful and fun way to all different racquet sport scenarios.

 

How did you come up with the concept?

I was first a sports teacher in Lausanne. Tennis is the sport that seemed the richest and most interesting to me because requires many qualities and skills that are transposed outside the court, including the ability enter into relationships. And then I had the opportunity to manage a tennis center. I asked myself: what can I bring as a teacher, as a teaching specialist? I noticed a tennis court was large and difficult for children to understand, and coordination skills are acquired before the age of twelve. This is how I came up with the idea of ​​setting up four mini-courts of progressive length on a classic pitch while respecting the original proportions. Tennis Park puts the child “in his kingdom” with a suitably sized court and equipment. We must respect the psycho-physical development of the child and adapt to it — without skipping steps  — to have solid foundations for the rest of their training. A six- or seven-year-old child playing with normal balls on a large field does not optimize their potential. 

 

So you’re changing the architecture of the court to revolutionize the method of teaching tennis…

I’m not questioning anyone else’s style, nor am I proselytizing. It’s just a matter of convincing coaches that this form of training is adapted to the child’s development. We often take the example of professional players who have learned by hitting the ball over and over to their coaches. For players at this level, there are fundamentals that they repeat like a pianist does his scales. And they can practice those. But for me as a teacher, I have to put the student in a situation. A ball in play must have meaning. Is it a ball where I have to defend or attack? With the Tennis Park teaching method, children are proactively learning, or developing their coordination, balance, and orientation. We know that it’s more positive than putting four children in a row and robotically throwing balls…

© Régis Colombo

Beyond this educational approach, is there also a desire to break the codes of tennis?

Yes, I would like to remove three prejudices that stick to tennis: from a so-called elitist sport, to a popular sport; from an individual sport, to a convivial sport; and rather than suggesting that tennis is difficult to access, offer a learning method that is simple and understandable for everyone. People no longer want to wait three years before being able to trade balls, they want immediate pleasure. It’s up to me to offer them game formats that meet their expectations. That’s my role.

 

How do you see the future of tennis with competition from new, more accessible racquet sports?

In all Western countries and for all sports, club, association or federation leaders draw the same observation: “classic” sport is of less and less interest to younger generations. Tennis is no exception and must imperatively adapt to the evolution of modern sporting practice. It is the role of clubs to adapt by offering all these new racquet sports to increase the number of practitioners. Tennis yes, but also progressive tennis, and all these sports which are close to it, and which offer a more exciting practice. We are entering the era of the racquet!

 

What are the reactions of people who play on these atypical courts for the first time?

When the adults come, they are incredibly happy to play in these little areas. Less time is wasted collecting balls. You can play as a family with parents on one pitch and the children on another smaller one. Changing the architecture of the court also means it is more social. And that’s good in this post-Covid period because we need well-being and encounters more than ever. When you have up to 16 people playing on a tennis court, there are exchanges and smiles. And that’s essential for me: bringing happiness to people! I also dream of a free and open Tennis Park in the middle of a city center, with passers-by — kids who put down their scooters and come to play. I really believe in this use of land to revitalize public space.

 

How many Tennis Parks have been installed?  What are their development prospects?

Two Tennis Parks have been installed in Switzerland, in Sion in 2021 and in Lausanne in 2022. A modular park will soon be operational in Fribourg. I really believe in this model; it can be transposed to all tennis courts. Cities, local authorities, clubs… the prospects are immense. I spoke with clubs in France. I also have contacts in the United States and China. It’s not hard to convince after people try it!

From a more personal point of view, how are you experiencing this adventure?

It’s awesome. Thanks to Tennis Park, I meet lots of people, I love it. So far no one has told me to go take care of my geraniums, even though I love nature (laughs). I have experienced very moving moments, including during the inauguration of the first Tennis Park in Sion in 2021 where there were 16 children playing with a smile. That’s what makes me want to continue the work. I feel like I came to this planet to do this. I have the chance to do what I was made to do: teach. It’s my role to make the children happy.

The Tennis Documentary Send-Up

Documentarians have mastered the art of the tennis doc; comedians have found every way to spoof them

Jason Momoa plays Ronnie Dunster in a Saturday Night Live send-up of Battle of the Sexes.

Billed as an intimate look at a number of underdog tennis stars, Netflix’s Break Point, released in 2022, was supposed to be the penultimate documentary on a crowded court — the extra-duty ball with the heavy topspin, if you will. But among others, Break Point had to contend with The Gods of Tennis from the BBC, McEnroe from Showtime, Citizen Ashe from HBO/Max and even the man of Adidas’ “more than just a shoe” fame, Who Is Stan Smith, which never quite found a home. But what about the tennis mockumentary? Although they don’t outnumber the number of appearances Billie Jean King makes in most any documentary about tennis or women’s sports, the recent Saturday Night Live short UNTOLD: Battle of the Sexes — a lampoon of 2017 movie, Battle of the Sexes — reminds us all that nothing beats a solid spoof. 

UNTOLD: Battle of the Sexes (Saturday Night Live, USA, 2023): Before Billie Jean King defeated Bobby Riggs, Charna Lee Diamond (played by regular player Sarah Sherman) took on the largest male opponent in history, Ronnie Dunster (played by that week’s host, Jason Momoa.) “There’d be no Billie without Charna,” one sports journalist speculates, in the vein of Netflix’s Untold series. But instead of Charna defeating the Goliath Dunster, Dunster serves and hits a tennis ball straight through Diamond. Yet, in the vein of the 1960s “we shall overcome,” Diamond continues playing with a hole in her middle. Sherman, known as Sarah Squirm in her improv days, doesn’t necessarily hold back, but the short reminds us that maybe some men are bigger than Bobby Riggs. 

Tom Hanks plays an one-armed tennis player who gets dissed for a three-armed competitor in the 2013 Saturday Night Live sketch "Tennis Arms."

Tennis Arms (Saturday Night Live, USA, 2013): When it comes to tennis, snob Richard (Tom Hanks) is getting dumped by his doubles partner, Douglas (Will Forte) when he loses his dominant playing arm. Douglas tries to chalk it up to a “difference of opinion tennis-wise” in breaking the news before the annual tournament. But really, he has chosen three-arm Skip Prosser (Chris Parnell). Richard has a contingency plan at the ready, by bringing out seven-arm Toby Slaven (Bill Hader). 

Kit Harrington and Andy Samberg recreate the longest match in the history of tennis in this HBO send-up.

7 Days in Hell (HBO, USA, 2015): Disguised as one of the ever-earnest HBO sports documentaries, this a fictional account of the world’s longest tennis match, based on the actual world’s longest tennis match, which took place between John Isner and Nicholas Mahut and lasted for 11 hours and 5 minutes over three days at the 2010 Wimbledon. Except this time, former SNL player Andy Samberg is Aaron Williams, the Andre Agassi-like adopted brother of Serena and Venus, taking on Charles Poole (Kit Harrington), an over-polite British child prodigy who says “undou-btably” in response to ever question and can never please his mother. In typical Samberg style, Seven Days can go over the top, although gains every laugh for which it plays. 

Jeremy Sisto wrote and directed this comedy about a derelict tennis pro who teams with his straight-laced brother to return to the protour in Break Point.

Break Point (Amazon Prime, 2015): Volatile tennis pro Jimmy (Jeremy Sisto) wants to make one last run ay a major title. There is just one problem: no one will play with him. He drinks too much; he curses; and he has alienated just about everyone else on tour. Jimmy has one last resort however, his estranged brother and former doubles partner Darren (David Walton), whom he had abandoned years before for a higher-ranking player. Semi-supported by their tennis pro dad, J.K. Simmons, the brothers probably simulate actual tennis family dynamics better than any other tennis family. Look for cameos from the Bryan brothers and other pros.