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Stéphane Houdet

« Je suis un joueur de tennis recyclé ! »

© Circle

Curiosité sans borne, goût pour l’innovation et engagement au-delà du sport, le champion de tennis en fauteuil Stéphane Houdet et la marque française de vêtements de sport éco-responsable « circle » se sont bien trouvés. Le porte-drapeau de la délégation française aux Jeux Paralympiques de Tokyo (24 août au 5 septembre), revient pour Courts sur cette collaboration et sur ses objectifs raquette et… pinceau en main. 

© Circle

Qu’est-ce qui vous a séduit chez circle ?

Le plus important c’est d’utiliser des vêtements avec des matériaux recyclés, de s’inscrire dans une économie vertueuse, mais aussi d’avoir des produits de très haute technicité pour la pratique du tennis. Avec Romain Trebuil, le co-fondateur de circle, c’est aussi le goût du détail qui nous a unis. J’ai apprécié le positionnement discret du logo, un peu comme sur une chemise sur mesure. Pour moi, l’élégance c’est de ne pas mettre trop en avant la marque mais plutôt de la deviner, comme dans la haute couture. Et puis le look c’est aussi important sur le court. Quand tu te trouves beau, tu es plus à l’aise pour t’exprimer.

 

Circle propose un nouveau modèle dans une industrie du tennis qui semble un peu en retard au niveau de l’engagement pour l’écologie…

Je pense que c’est en train de changer. Il y a beaucoup de joueurs qui échangent avec circle car ils sont déterminés au changement. Certains agents de joueurs sont prêts à lâcher des gros contrats avec des marques qui ont une mauvaise image, pour véhiculer une proximité avec les valeurs de l’écologie. Cette surconsommation qu’on a créée s’applique aussi au tennis, elle rend nos vêtements très éphémères. On a tous aimé acheter la tenue de Roland-Garros, puis celle de Wimbledon et puis celle de l’US Open. D’une semaine à l’autre, la tenue devient obsolète, et ce n’est pas un bon exemple. C’est un thème qui m’est cher, car je suis moi-même un joueur de tennis recyclé qui jouait auparavant sur ses deux jambes et qui joue maintenant dans un fauteuil.

 

Vous avez été choisi pour être le porte-drapeau de la France lors des Jeux Paralympiques de Tokyo, comment abordez-vous ce rôle ? 

C’est un honneur d’avoir été plébiscité pour ce rôle. Pour moi, c’est important que ça vienne des autres. C’est un témoignage de reconnaissance par rapport à la nation, une responsabilité par rapport à l’équipe de France. Je dois emmener vers la performance. 

J’aime l’idée de pouvoir, par mon expérience, donner du recul sur l’événement tout en restant performant. 

 

Au Tokyo, vous allez défier sur ses terres Shingo Kunieda, le joueur le plus titré de l’histoire de la discipline, c’est un peu le défi ultime qui vous attend ?

Aujourd’hui, je sais que je peux encore battre tout le monde. J’ai battu le vainqueur de l’Open d’Australie Joachim Gérard lors du tournoi du Touquet. Ce qui est dur, c’est de battre trois très bons joueurs de suite, le niveau a augmenté. J’ai déjà battu Kunieda dans le stade olympique lors d’une Coupe du monde par équipe il y a quelques années. J’ai en tête les images de ce match qui était télévisé, avec pas mal de public. Shingo Kunieda est une grande star au Japon. Tous ses matches sont diffusés à la télévision et il y a même un dessin animé qui lui est consacré. Je pense d’ailleurs, qu’en tant que son rival, je suis plus connu au Japon qu’en France. 

 

« Au lieu de parler de sport, on parle de handicap. »

© Circle

Vous êtes assez critique avec le traitement médiatique qui est fait du tennis en fauteuil, comment l’améliorer ?

Au lieu de parler de sport, on parle de handicap, c’est le problème. Le sport est un vecteur de communication, il doit gommer les différences, il a toujours fonctionné vers l’inclusion, vers le tous ensemble. On peut parler des différences, mais il faut avoir une approche sportive, avec les codes du sport. Pour faire connaître une discipline, il faut qu’il y ait des champions et qu’on raconte leur histoire. Donc c’est très simple en fait. C’est ce qu’on a fait avec Oscar Pistorius, c’est ce que font les Japonais avec Shingo Kunieda et c’est ce qu’on pourrait faire en France. Les gens sont friands d’histoire et il y a parmi les athlètes handisport des parcours qui sont incroyables. Il faut prendre ce parti pris. La différence, c’est extraordinaire. La différence c’est la vie. 

 

Vous avez côtoyé de près toutes les grandes stars du tennis, quelles sont les rencontres qui vous ont marqué ? 

Oui j’ai pas mal d’anecdotes sympas. Un jour, à l’US Open, je croise Roger Federer qui me dit : « Tiens Stéphane, j’ai pensé à toi quand j’ai appris que j’allais à nouveau avoir des jumeaux. Tu es la seule personne au monde que je connais qui a deux paires de jumeaux. » Je lui ai répondu : « Il faut qu’on crée l’association des vainqueurs de Grand Chelem père de paires deux jumeaux. » (Rires) Rafa Nadal, quand il revient de blessure à l’Open d’Australie 2017, vient me taper sur l’épaule dans les vestiaires pour me dire qu’il est trop content de me voir. Benoit Paire est venu regarder un match entier de tennis en fauteuil à Roland-Garros. On s’est ensuite retrouvé sur un plateau de radio et Benoît commence à faire un récit d’expert sur le tennis fauteuil. Il connaissait parfaitement le sujet.

 

« J’ai déjà peint plusieurs œuvres pour les prochaines affiches Roland-Garros »

 

Un mot pour finir sur votre passion pour la peinture, est-ce que le tennis fait partie de vos sources d’inspiration ? 

Le début de mon histoire avec l’art, c’est d’abord plutôt en tant que consommateur. Et puis je me suis mis à faire des toiles abstraites, le confinement m’a beaucoup motivé. J’ai déjà peint plusieurs œuvres pour les futures affiches Roland-Garros : 2028, 2035… Je ne les ai pas proposées pour l’instant. Les empruntes qu’on laisse sur un court en terre battue avec notre fauteuil donnent des effets visuels très inspirants. Je m’étonne du beau qu’on peut créer avec ces traces éphémères qui rappelle que nous ne sommes que de passage. Quelle trace est-ce qu’on va laisser ? Mettre ça sur une toile c’est une manière de transmettre. On est loin du tennis là…

Romain Trebuil, co-fondateur de Circle : « Former les joueurs aux enjeux environnementaux »

« Avec Stéphane nous avons mis un premier pas dans le tennis professionnel et on aimerait se développer. On commence à discuter avec certains joueurs. Il faut trouver un bon équilibre, que les joueurs puissent continuer à financer leur carrière avec le sponsoring et qu’on puisse les accompagner, les former aux enjeux environnementaux et à l’économie circulaire. Il y a deux catégories de joueurs particulièrement intéressés : les plus jeunes qui ont se préoccupent beaucoup de la question environnementale au quotidien. Et puis ceux qui sont plutôt vers la fin de leur carrière, qui ont vu l’évolution de leur sport, et qui ont des engagements personnels. Circle existe depuis seulement un an, donc c’est fantastique d’être déjà en contact avec des joueurs de ce niveau. »

Romain CEO & Founder © Circle