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Stefan

le gentleman chic

Par Louis Castellani

Traduit par Christophe Thoreau

© D.R

Calme, contrôlé, mesuré. Cheveux blonds, yeux bleus, bronzage permanent. Sympathique, discret, courtois. Un Suédois sans prétention, au charme tranquille et à la parfaite maitrise de l’anglais. Et une fidélité de toujours à Adidas et Wilson -encore aujourd’hui –  l’exemple de la relation parfaite dont rêvent toutes les marques. Le parfait contraire de son meilleur ennemi, Boris Becker. Stefan Edberg ou le “gentleman player”, chouchou des jeunes femmes aux grands-mères.

Mais au-delà du caractère ou de l’apparence, Edberg était surtout et avant tout un joueur portée vers l’attaque, la vraie. Fut-il Suédois, il n’a pas suivi les traces de ses compatriotes Björn Borg et Mats Wilander, champions de la guerre d’usure en fond de court, rois-es défense, cadors de la contre-attaque. Non, Edberg était le prince du tennis offensif. Un maestro du service-volée. Un génie de la filière courte dont la première pierre était ce grand service “kické” qui lui donnait à la fois du temps pour se ruer au filet, et bien souvent, des retours exploitables pour distiller, souvent de manière chirurgicale, sa première volée. 

Et puis il y avait aussi ce revers à une main, modèle d’élégance et de fluidité avec lequel il pouvait maitriser son adversaire, soit en slice, soit en le recouvrant. Affronter Edberg, c’était à peu de chose prêt la même chose -ou le même calvaire- qu’affronter John McEnroe. Aucune violence mais un supplice quand même, létale.   

À certains égards, Edberg n’était pas si gentleman que ça. Il  en a “tué” des adversaires ce Suédois vif comme l’éclair au filet, les mettant sans cesse hors de position, donnant l’impression qu’ils étaient lents et vulnérables. 

Sa fameuse célébration -le poing serré à hauteur du genou-, était une claque au visage du type se trouvant de l’autre côté du filet. Il ne le faisait pas par provocation -la spontanéité, ça se ne commande pas !- mais ça pouvait être pris comme tel.

Edberg, 41 titres en simple dont six du Grand Chelem et quatre victoires en Coupe Davis avec la Suède. Et, évidemment, une place de numéro un mondial. En simple, tout au long de sa carrière, il a remporté les trois quart de ses matches (801 victoires, 270 défaites), un ratio très élevé. 

Vingt ans après le début de sa retraite tranquille en Suède, Edberg s’est mis au squash, et devinez quoi, il est devenu un très bon. Et puis 2014, un autre gentleman player, dans une intuition géniale, a appelé à ses côté notre gentleman suédois. Vous l’avez compris, Roger Federer a demandé à Edberg de venir l’épauler afin de développer un jeu plus agressif, de raccourcir les points, alors que Roger entrait dans sa trentaine. 

Vous voulez passer vingt minutes d’exception sur YouTube ? Alors retrouvez la séquence où on les voit taper ensemble, Wilson en main, sur un court d’entraînement d’Indian Wells. C’est la quintessence du «tennis chic». Le rythme avec lequel ils frappent le balle, de façon métronomique, est fascinante. Et rappelez-vous, Federer s’entraîne alors avec son idole devenu donc son entraîneur. Nul doute que le Suisse exauçait-là l’un de ses rêves de gosse. 

© D.R

C’est lors de leur collaboration que Federer a apporté quelques modifications à son jeu dont l’une des plus spectaculaires fut le “SABR” (Sneaky Attack By Roger, autrement dit Sournoise Attaque par Roger), lorsqu’il avance soudainement vers la ligne de service pour prendre la balle en demi-volée et se ruer au filet. D’autres l’ont copié depuis, mais jamais avec le même panache ou la même efficacité. 

C’est aussi lors de leur collaboration que Federer a changé de raquette. Les deux hommes ont appris leur métier avec des Wilson Pro Staff à petit tamis (les 85 et 90 soient 215 cm2 et 228 cm2) et partageait un même avis : la terre battue, où le rebond est plus haut, était la surface la plus compliquée pour eux (Edberg, comme Sampras qui a utilisé la même raquette, n’a jamais gagné Roland Garros ). 

Sous la direction d’Edberg, Federer a donc aidé Wilson à développer une Pro Staff plus moderne avec un tamis élargi (626 cm2). Le passage de Federer à ce nouveau modèle -popularisé sous le nom de Wilson Pro Staff RF97 Autograph- a fait vibrer le monde du tennis. Disons-le : cette Pro Staff revisitée fait déjà partie des raquettes emblématiques. 

L’influence du discret suédois sur le jeu de Federer fut donc une évidence : Federer s’est mis à pratiquer un tennis plus direct, plus agressif, on pourrait même dire rajeuni d’une certaine façon, avec un revers au rendement nettement amélioré.

La collaboration entre Edberg et Federer a pris fin de manière élégante en 2015. Après avoir accompli ce qu’il avait en tête, le Suédois est retourné là où il se sent le mieux, à l’abri des regards. Stefan, les caméras et le grand orchestre du circuit, très peu pour lui. Une apparition ici ou là, de temps à autre, suffit à son bonheur. C’est la “Edberg touch”

Quelle trace a laissé Edberg dans l’histoire de ce sport ? Il y aurait beaucoup à dire mais on peut peut-être résumer l’affaire en mettant deux éléments en évidence, qui, d’ailleurs, ne s’appliquent pas qu’au tennis. 

Le premier : laissez vos qualités et votre talent parler à votre place. Dans l’ère Open, Edberg, avec Steffi Graf côté féminin, ont été les deux plus beaux exemples à suivre ce précepte. 

Le deuxième : les mecs sympas ne finissent pas forcément à la dernière place. Allez, méditez un peu cette phrase, et pensez à sa signification profonde. N’est-ce pas l’héritage que nous devrions tous aspirer à laisser derrière nous ?