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Patrick Mouratoglou

« Chaque joueur est unique ! »

Par Rémi Capber 

© Lijian Zhang

Avec la Mouratoglou Tennis Academy, Patrick Mouratoglou n’a pas seulement créé une structure de haut niveau dédiée aux champions d’aujourd’hui et de demain. Il a surtout voulu concrétiser, en un lieu unique, sa philosophie et son approche toute particulière de la formation au tennis. Explications.

 

Courts : Quelles sont les ambitions pour 2019, après une année 2018 marquée par les très belles réussites de la Team Mouratoglou et le développement constant de l’Académie ?

Patrick Mouratoglou : Notre ambition, chaque année, c’est de faire progresser nos joueurs autant que possible. Nous avons la chance de travailler avec des pépites ; notre responsabilité, c’est de leur donner les moyens d’exprimer leur talent, de développer leurs qualités et d’exploiter leur potentiel. En 2019, il s’agira de continuer de permettre à ces joueurs et à tous les autres d’atteindre l’étape suivante de leur histoire tennis. Par ailleurs, nous travaillons activement à la mise en place d’une solution de e-coaching s’appuyant sur les nouvelles technologies, afin d’identifier les besoins des joueurs à distance. Grâce aux informations que nous aurons acquises sur chacun, nous pourrons proposer des solutions individuelles pour améliorer leur jeu. 

 

C : Qu’est-ce qui fait que l’Académie est différente des autres ?

P.M. : Chaque académie est le reflet d’un état d’esprit, d’une philosophie. J’ai eu à cœur de transmettre à l’ensemble des coachs, mais aussi des professeurs, ma vision du coaching, ma méthodologie, ainsi que les valeurs qui me sont chères. Aujourd’hui, plus que les infrastructures, c’est l’atmosphère et l’énergie qu’on retrouve à l’Académie dont je suis le plus fier. J’ai rêvé avant tout d’une académie ouverte à tous les passionnés de ce sport.

 

C : C’est vraiment le cas, avec ces fameux stages qui ont notamment fait votre succès.

P.M. : Oui, l’idée, c’est que tous ceux qui aiment ce sport, souhaitent progresser et optimiser leur potentiel puissent venir à l’Académie y passer une ou plusieurs semaines, s’éclater en vivant leur passion, tout en réalisant de vrais progrès. D’où nos nombreuses formules de stages d’entraînement pour les jeunes, mais aussi les adultes, du débutant au joueur professionnel… Nous avons même ouvert une section pour les stages famille, dédiée à ceux qui voudraient profiter du resort le temps d’un week-end. 

 

C : Vous êtes aussi réputés pour vos suivis individualisés.

P.M. : Effectivement. Dans les années 90, dès mes débuts, j’ai choisi de proposer du sur-mesure à mes joueurs à l’époque où la standardisation de l’entraînement était la règle. Mon principe a toujours été le suivant : chaque joueur est unique. Unique sur les plans technique, tactique, mental, physique… Et jusqu’aux objectifs. C’est à nous, structure d’entraînement, de nous adapter à chacun plutôt qu’au joueur de s’adapter à nous. J’ai donc imaginé et créé un système capable de répondre à cette philosophie. Plus le niveau du joueur est élevé, plus il est comparable à une Formule 1, et notre métier à celui d’un mécanicien qui en effectue les réglages. Cet état d’esprit nous a toujours habités et il est au cœur de notre enseignement. Par ailleurs, j’ai constitué une équipe de passionnés, car les milliers de personnes qui viennent chaque année participer à nos stages méritent non seulement un programme adapté à leurs besoins, mais aussi de passer un moment inoubliable. Savoir transmettre de l’enthousiasme, des rêves, du bonheur sur un court de tennis n’est possible que si l’enseignant vit lui-même ces émotions.

 

C : Dans cette méthodologie du sur-mesure, je suppose qu’il y a quand même des étapes importantes, inévitables.

P.M. : Je dirais qu’il y en a trois. La première, c’est la découverte de l’autre. Quelle que soit notre expérience de coach, nous partons toujours d’une feuille blanche lorsque nous débutons une nouvelle collaboration. Il faut être capable de mettre de côté tout ce que nous savons ou pensons savoir, sous peine de partir avec des préjugés. Le coach va s’immerger dans un nouveau monde : celui de son joueur. Son histoire, sa culture, son vocabulaire, son style de jeu, ses forces et faiblesses techniques, ses patterns préférés, ses qualités et faiblesses physiques, ses rêves, son ambition, sa gestion des points importants, etc. Il faut tout voir, tout entendre, et totalement s’immerger dans le monde de l’autre.

 

C : Des paramètres complexes à analyser.

P.M. : C’est la deuxième étape, oui : l’analyse. Pour prendre une bonne décision, il faut la bonne information. En théorie, elle a été prise. Désormais, il faut faire le tri, car une des qualités essentielles du coach réside dans sa capacité d’analyse. Trier les informations, prioriser, analyser. Avant de passer à la troisième étape, la prise de décision. C’est le moment où il faut du courage et la confiance du joueur. Du courage, car toutes les décisions ne font pas toujours plaisir à l’autre. De la confiance, car le joueur devra suivre sans arrière-pensée et y croire à 100 %, puisque c’est une des conditions du succès. 

 

C : Avec la nécessité d’avoir des résultats rapidement ?

P.M. : C’est toute la complexité de notre métier : coacher consiste à ménager le court terme, tout en préparant le long terme. En d’autres mots, il faut commencer à faire gagner le joueur tout de suite, tout en posant les jalons pour l’aider à devenir encore plus fort dans un second temps.

 

C : Les joueurs que vous accompagnez ne peuvent pas tous devenir des champions… Quelle est votre définition du « champion » ?

P.M. : Un champion, c’est avant tout un être à part, avec une psychologie particulière. On devient un champion parce qu’on pense comme un champion. J’ai lu très souvent des articles ou des livres sur les chefs d’entreprise ayant réussi et les points communs qu’ils ont tous. Je pourrais vous proposer le même exercice concernant les champions. Par exemple, les champions ont tous une qualité : cette capacité à toujours se projeter dans l’avenir et à ne jamais regarder derrière eux. Cela génère un état d’insatisfaction permanente qui constitue leur moteur. 

 

C : L’entourage est également important.

P.M. : Oui, on ne devient champion que si l’on est bien entouré, car tout être humain est influencé par son environnement. C’est une bonne nouvelle (rires), cela signifie donc que nous, coachs, éducateurs, encadrants, qui sommes en contact avec les jeunes au quotidien, avons une influence et une part de responsabilité sur la psychologie future de nos joueurs. L’état d’esprit général de l’infrastructure dans laquelle le jeune évolue se situe ainsi au cœur de la réussite. Il est assez aisé, lorsqu’on connaît bien le tennis et le haut niveau, de repérer un jeune qui possède des qualités pour intégrer l’élite du tennis. Mais repérer un champion, c’est beaucoup plus difficile. Cela relève du psychisme et de la gestion des émotions et des situations. Pour s’en faire une idée précise, il est indispensable de passer du temps avec le joueur et de le voir gérer divers moments de sa vie professionnelle.


C : Vous évoquez souvent le « rêve »… Quel était votre rêve à vous, quand vous étiez enfant ?

P.M. : Mon rêve (rires) ? Devenir un champion de tennis, évidemment ! J’en avais pris le chemin, même si je n’étais qu’au tout début d’un très long trajet. Je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait mais je pense que j’étais suffisamment doué. Surtout, j’étais passionné, habité par ce sport. Je me rappelle avoir passé tous mes samedis et mes dimanches sur les courts, avec des amis, en plus de mes entraînements hebdomadaires. Mais à l’âge de 15 ans, mes parents ont fait, pour moi, le choix des études plutôt que du sport. Ça a été un arrêt brutal, d’une immense violence. La frustration suscitée a été tellement profonde qu’elle a constitué le plus grand moteur de ma vie pour réaliser, ensuite, la carrière professionnelle que j’ai connue. Je pense très souvent à l’enfant que j’étais, avec ses rêves, ses envies, et je mesure tous les jours la chance inouïe que j’ai de faire ce que je fais. Je me demande toujours ce que penserait ce petit gamin si on lui disait ce qu’il est devenu (rires). Il se dirait sûrement : « C’est complètement incroyable ! » 

 

Interview publiée dans COURTS n° 3, automne 2018