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Ma vie, un sport de combat 

Michaël Jérémiasz, Marabout, 2018

« Une histoire pour tous »

Certains sujets de société mettent mal à l’aise, incommodent, dérangent. Le monde du handicap en fait partie. Sa différence fait peur. De nombreux préjugés l’entourent. Michaël Jérémiasz en parle ouvertement dans ce livre. Il explique son histoire et la raconte le plus simplement possible. Comme si c’était presque normal de vivre en fauteuil depuis l’âge de 18 ans. 

C’est une histoire exceptionnelle, émouvante et différente de toutes les autres. Michaël est jeune, sportif et pétri d’optimisme. Il grandit au sein d’une fratrie soudée. Sa famille est là pour le guider. Titine, sa grand-mère paternelle, meurt d’un cancer alors qu’il est tout juste adolescent. Il est confronté à la mort pour la première fois, mais aussi aux larmes de son père Richard. Un cardiologue ashkénaze, cultivé et tolérant, qui vouait à sa mère un amour profond, respectueux. « Je parlais encore le yiddish avec elle », dit-il à ses fils. Michèle, la mère de Michaël, est séfarade d’origine algérienne. Elle renonce à sa carrière d’enseignante pour élever ses enfants. Elle leur transmet toute son énergie, son aptitude à se réjouir du soleil et de la vie. 

Avoriaz, l’année de ses 18 ans. Avec ses frères et ses cousins, Michaël se lance à ski. Par défi, il saute dans la brume et disparaît. Une interminable parenthèse d’éternité. Quatre jours plus tard, il reprend conscience sur un lit d’hôpital. Paraplégique. Tout bascule à partir de là. Ses repères, ses projets, ses idées. Son combat commence pour continuer, pour donner un véritable sens à sa vie. Pour ne rien lâcher. Jamais. Ça aurait pu nous arriver à tous. Peut-être. Encore aurait-il fallu par la suite être capable de se reconstruire, de devenir multi-médaillé des Jeux paralympiques et numéro 1 mondial de tennis. Son handicap, Michaël ne l’a pas seulement surmonté de haute lutte, il l’a mis au service du sport et de la nation tout entière. 

 

« Le tennis m’a sauvé la vie »

Très vite, le sport pour Michaël devient un formidable outil d’indépendance. « Quand tu es paraplégique, tes bras c’est tes jambes. » Il faut développer le haut du corps pour être autonome dans ces conditions. « Nous nous concentrons essentiellement sur le haut du corps, notamment les épaules qui sont beaucoup sollicitées », confient les entraîneurs spécialisés. Cet entretien physique prolonge l’autonomie pour les personnes les plus handicapées, sans parler du bien-être psychologique, à la manière de toutes les pratiques sportives.

« J’aimerais travailler dans le monde médical », écrit Michaël. « Au fond, je suis un infirmier, un aide-soignant. Je voue une estime et une fascination immenses à ces personnes si précieuses. J’aime comprendre la mécanique des corps, comment les réparer, les soigner. » 

Mais le sport, c’est aussi un moyen de s’échapper, de sortir de ce milieu médicalisé et d’affronter une société encore assez hostile aux personnes handicapées. Avant son accident, Michaël était déjà un bon joueur de tennis. Après, il est devenu un champion et un athlète. Le sport de haut niveau lui a permis de se créer une identité. 

Confiance en soi, socialisation, gommage des différences : pratiquer un sport quand on est handicapé, c’est bénéficier des mêmes bienfaits pour le corps et l’esprit qu’une personne valide. L’activité physique devient un élément essentiel dans la construction de l’image qu’on a de soi. Certaines personnes handicapées ont tendance à se renfermer sur elles-mêmes et à ne plus sortir, par peur du regard des autres. Dans ces cas de figure, le sport sera un vecteur de socialisation et de maintien de l’estime de soi.

 

« Le handicap est une urgence »

Après ses exploits sportifs internationaux, Michaël Jérémiasz fonde des associations pour accompagner les personnes handicapées et s’implique auprès de nombreux partenaires et grandes entreprises. Son objectif : changer le regard porté sur le handicap et ses contraintes. Ambassadeur influent de la candidature victorieuse « Paris 2024 », Jérémiasz est désormais à 37 ans un militant engagé : « J’ai choisi de me servir de toutes les portes que m’ont ouvert le sport et la compétition, pour défendre une société plus juste, plus égalitaire avec les personnes handicapées. »

Le combat de Michaël est très médiatisé. En partie grâce à ses immenses victoires sportives. Il évoque d’autres souvenirs. Intouchables, un film émouvant sorti en France en 2012 et tiré d’une histoire vraie. L’action débute à Paris avec Philippe, un homme riche qui a perdu sa mobilité à la suite d’un accident de parapente. Il est tétraplégique. Driss, l’autre personnage du film, est un jeune homme d’origine sénégalaise. Sans aucune compétence médicale, il devient l’assistant de Philippe. Driss a le bon sens de ne pas le traiter comme un handicapé. Une amitié profonde entre les deux hommes s’ensuit. Ce pour quoi la plupart des handicapés se battent aujourd’hui, c’est le droit d’exister à part entière dans la société. De s’épanouir et d’être respecté. Pouvoir s’intégrer, au même titre que n’importe quel autre individu. « En France, le handicap n’est plus une priorité mais une urgence », déclarait le président Emmanuel Macron en 2017, à la veille de son quinquennat. Beaucoup reste encore à faire.Les associations concernées ne cessent de le répéter.

Lisez le livre de Michaël Jérémiasz, vous serez touchés par son témoignage. Un témoignage fort et optimiste, résolument tourné vers l’avenir. Mais aussi un plaidoyer en faveur de ceux qui souffrent pour continuer à vivre. Que vous soyez ou non en contact avec une personne en situation de handicap, votre regard en sera modifié. 

 

Article publié dans COURTS n° 6, automne 2019.