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Le court abstrait de Zao Wou-Ki

Zao Wou-Ki, sans titre, 1945

Toute la poésie de Zao Wou-ki est puisée dans les préceptes du vieux sage Lao Tseu : « Grande musique peu de notes. Grande peinture sans image. »

Chez le peintre, il y a effectivement très peu d’éléments figuratifs tels qu’ils sont dessinés dans les travaux picturaux occidentaux, mais des conceptions plus abstraites dans lesquelles jaillissent des influences taoïstes. Établissant un entrelac subtil faisant correspondre le yin et le yang, la lumière et l’obscurité, le cœur de l’homme et celui (ou ceux) du monde qui l’entoure. Il ne s’agit pas pour lui de dessiner un paysage, mais plutôt de révéler, à l’aide d’un éventail de pouvoirs orientaux s’échappant de son pinceau, toute l’harmonie et la vie intérieure de la nature. 

La plupart de ses œuvres « ont pour thème la nature. Je n’aime pas le mot paysage […]. Je préfère le mot nature. Il évoque un univers plus large : de multiples espaces enchevêtrés y prennent un sens cosmique où circulent l’air, le souffle du vent… »  

« Je voulais comprendre la nature au sens large du terme et tout mélanger, la montagne, les plantes, les architectures. J’étais si pressé que je n’attendais même pas que l’encre soit sèche pour tourner les pages. Je chauffais le papier avec la flamme d’un briquet. » 

Dans Tennis Players, on peut constater que l’abstraction lyrique pour laquelle Zao Wou-Ki sera vénéré n’en est encore qu’à un stade embryonnaire. Les éléments figuratifs sont bien présents, cependant, il y a la volonté – volonté caractéristique de la peinture chinoise – de réduire l’aspect narratif du paysage. Un aspect qui n’est là, la plupart du temps, que pour servir de passage, de tremplin à l’immersion dans la spiritualité infinie du monde. Ici, la maison, les arbres et même le court de tennis placé au centre (sport qu’il a pratiqué pendant 40 ans et dans lequel il excellait au point d’avoir la réputation d’être meilleur joueur parmi les artistes) sont peints avec délicatesse et légèreté, et semblent se fondre dans un espace régit par des forces vibratoires faites de frémissements de couleurs et de lumières. Quand on lui posa la question : « Acceptez-vous qu’on dise de vous que vous êtes un peintre abstrait ? », il répondit en sachant parfaitement se définir : « Ce qui est abstrait pour vous est réel pour moi. »