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Jardin à l’italienne

Par Vincent Schmitz

© Gaibledon

En 2012, dans un petit village de la Vénétie bordé par le Pô, le succès des leçons de tennis est tel qu’on manque de place. Pour tromper le désœuvrement et l’espace géographique, des enfants tirent un filet sur un terrain de football et improvisent des échanges sur le gazon. De cette leçon de débrouillardise créative naît l’étincelle qui se transformera en véritable club : le Gaibledon – contraction de Gaiba,  du nom de cette petite commune d’un millier d’habitants, et d’un hommage évident au célèbre tournoi londonien sur herbe. 

 

Avant Gaibledon, il n’existait pas de tournoi sur gazon en Italie, et ni le climat ni la tradition n’encourageaint ce type de surface. Mais Nicola Zanka, ancien président du club (toujours très impliqué mais devenu depuis… maire de la commune à 34 ans), et ses complices ne sont pas hommes à s’en soucier. Ils préfèrent s’inspirer d’Enzo Ferrari, né à quelques dizaines de kilomètres de Gaiba : « Si vous pouvez le rêver, vous pouvez le faire. »

Pour concrétiser ce rêve, Nicola Zanca peut aussitôt compter sur l’aide des autres villageois. La popularité de Gaibledon grandit ensuite rapidement, des joueurs avides de pratiquer sur cette surface rare et prestigieuse s’y pressent, et les médias nationaux s’intéressent à ce Wimbledon du Sud. L’arrivée de sponsors, comme Mizuno et Head, aident au développement du club, qui compte aujourd’hui quatre courts. Et autant de surfaces en gazon à entretenir. Quarante bénévoles, principalement des jeunes que l’on appelle les jardiniers, aident à accueillir les joueurs et les invités, à la mise en peinture des lignes et, surtout, à maintenir une herbe de la plus haute qualité. Au printemps, il faut un mois pour semer, couper et passer les courts au rouleau. « Nous parcourons plus de 400 km pour tondre le gazon, nous utilisons plus de 700 litres de peinture et l’entretien nous demande au total plus de 1 000 heures de travail », chiffre Elia Arbustini, ancien jardinier de profession, nouveau président du club à 22 ans et homme à tout faire de Gaibledon.

Ouvert à tous, le TC Gaiba accueille des amateurs passionnés, comme l’opiniâtre Fulvio Colonna, héros local qui s’y rend chaque jour de tournoi depuis Venise, au terme d’un trajet de… cinq heures, bateau à vapeur compris. Gaibledon attire aussi des joueurs du monde entier : des espoirs et des pros, retraités (comme Omar Camporese et Mara Santangelo) ou non. Ainsi, Viktor Galovic, vainqueur 2018 de la Coupe Davis avec la Croatie, apprécie de s’y exercer avant de s’envoler pour Wimbledon. Petite fierté locale : la Fondation Wimbledon a envoyé ses meilleurs vœux à sa petite cousine italienne en 2015. Et si l’on y retrouve la même tondeuse qu’à Londres, le dress code y est, lui, plus relâché. 

« Gaiba est un petit village avec un grand rêve, conclut Nicola Zanca. Nous voulons organiser un tournoi pro et accueillir des joueurs du monde entier. Mais surtout, nous voulons continuer de permettre aux amateurs de s’entraîner sur cette surface légendaire. Que le rêve magique de Gaibledon se prolonge ! »  

 

Article publié dans COURTS n° 5, été 2019.