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Frères Ymer : l’héritage d’une maison, l’attente d’un fanion

Les frères Ymer, Elias à gauche et Mikael à droite, © Elias Ymer, Twitter

Étendards de la Suède lors de la dernière Coupe Davis, la menant même jusqu’en quarts de finale de la compétition, les marathoniens Elias et Mikael Ymer ont enfilé le bleu (et jaune) de chauffe pour (re)mettre leur bastion dans la course aux éloges.

Qui n’a jamais tapé la balle en famille ? Des échanges en dilettante après le déjeuner dominical à la partie de vacances improvisée sur le rectangle plus ou moins praticable du coin, où encore pendant les longues journées de confinement, on a tous invité (parfois de force) ses parents ou ses frères et sœurs à prendre la raquette. Certains, ont fait durer le plaisir : les sœurs Williams, les frères Zverev, Murray ou Melzer, tout comme Elias et Mikael Ymer, et ce n’était pas joué d’avance !

Leur père, Wondwosen, comptant parmi les dix meilleurs athlètes d’Éthiopie sur le 10 km,  est un des visages familiers sur la corne de l’Afrique. Abonné au Kenenisa Bekele Running Club, le paternel, ouvrier dans une entreprise laitière, est un coureur réputé du pays. Un homme à l’histoire inspirante. Grandissant sans son père, qui l’a quitté pour d’autres cieux à l’adolescence, il a mené une guerre au sens propre comme figuré le menant dans les dans les pays nordiques, plus précisément en Suède. Un nouveau départ symbolisé par une femme, Kemel, et deux descendances. Si Elias et Mikael ont d’abord suivi ses foulées, c’est finalement une autre route qui s’ouvre à eux, plus précisément celle de Skara en Suède, point de départ de leur nouveau passe-temps : le tennis.

Elias Ymer, © Art Seitz

Les petits ruisseaux font les grandes rivières. A 11 et 9 ans, ils forment la plus jeune paire de double titrée dans leur catégorie d’âge. Des joyaux bruts que va polir la Good to Great Tennis Academy. Sous la houlette de Magnus Norman, Nicklas Kulti et Mikael Tillström (ancien entraîneur de Gaël Monfils), les Ymer poursuivent leur progression : « Nous avons un excellent entraîneur mais il arrive un moment où vous avez besoin d’autres conseils, de personnes plus expérimentées pour vous entourer. Il était évident que nous allions là-bas », explique Mikael. Pour devenir une « gueule » qui compte dans le monde de la balle jaune, Elias prend le chemin de la Catalogne et confie son tennis dans les mains de Galo Blanco, l’ex entraîneur de Milos Raonic. Une collaboration fructueuse de huit mois pendant lesquels Elias se qualifie pour les quatre tableaux principaux de Grand Chelem et gagne son premier Challenger en Sicile.  Les années passent et l’aîné de la fratrie titille le Top 100 à l’été 2018, un cap symbolique que passera son petit frère en septembre 2019, comme premier Suédois à intégrer le Top 100 depuis Robin Söderling en 2011. Confiance quand tu nous tiens… s’en suit une participation aux Next Gen ATP Finals (meilleurs jeunes de moins de 22 ans) en fin de saison mais surtout une première finale à Winston-Salem en août 2021 et un 3e tour à Roland-Garros lors de ce même été.

« Le succès engendre le succès. A l’époque, nous avions Björn Borg, Wilander ou Edberg pour nous inspirer. Depuis, nous n’avons pas réellement de stars auxquelles on peut s’identifier. Le tennis était très présent dans les médias et je pense que beaucoup d’enfants en faisaient leur premier choix. J’ai moi-même commencé en regardant cette ancienne génération, il y avait toujours un Suédois que l’on pouvait suivre lors des tournois. », venant de la bouche de Robin Söderling. Il faut dire que sur la période 1980 – 1999, « le pays allongé » glane 16 Majeurs, fait 13 finales ou encore 22 demi-finales. Un bout de terre qui a vu défiler les leaders de la discipline, le tennis à la suédoise comme on le surnomme.

Robin Söderling et Elyas Ymer, © Robin Söderling, Instagram

Björn Borg (11 titres), Mats Wilander (7 titres), Stefan Edberg (6 titres), Thomas Johansson (1 titre), Magnus Norman (ex N.2 mondial), Robin Söderling (double finaliste à Roland-Garros), la liste est longue, on peut même lui gratter un nom : la perfection. Cette dernière a un vice : celle de la banalisation. Comme s’ils avaient trop bien fait. En remportant la Coupe Davis en 1997, à la maison face aux États-Unis, et 1998, à l’extérieur face aux Transalpins, date de leur dernière victoire, la Suède n’était « plus nominée dans les prix, car c’était la routine » pour reprendre les palabres de Jonas Björkman, ancien numéro un mondial en double.  

Double et maintenant triple chez les Ymer. Dans la lignée de ses deux aînés, « Rafael », nom plutôt familier mais si dur à porter dans le microcosme de la balle jaune, a rejoint ses frères sur le court. Décembre 2021, alors qu’on a quitté Stockholm et qu’on baigne dans l’actualité des matchs par équipes, « Rafa » remporte l’ITF J5 de Bergen en Norvège, à 15 ans, son premier titre chez les juniors, en ne perdant qu’un seul petit set. Des débuts toujours scrutés qui lui permettent de prendre le matricule 797 au classement mondial. Ne lui mettons pas la pression mais accordons lui tout de même de l’attention !

2021 AUSTRALIAN OPEN Day 6 Mikael YMER (SWE) Photo © Ray Giubilo

Pour 2022, le self-made-man* accompagnera le clan Ymer. Des garçons qui ne font pas trop de bruit, mais qui souhaitent en faire auprès de la prochaine génération. Pour Mikael, « La chose principale, c’est d’être un homme du peuple, un homme bien ».  Dans l’attitude sur et en dehors du court. Mai 2020, en pleine pandémie de Covid-19, les frères Ymer s’associent à la Croix-Rouge suédoise et organisent une exhibition au Royal Swedish Tennis Hall de Stockholm. Une rencontre, certes à huis-clos, mais diffusée à la télévision et sur une plateforme pour un prix symbolique et un geste qui l’est tout autant, puisque les bénéfices ont été reversés à la lutte contre le virus. «  Je joue pour moi, ma famille, mon pays, mais aussi pour la prochaine génération. Je serais très heureux si je pouvais amener des enfants à poursuivre leurs rêves, d’y croire peu importe d’où ils viennent ».  Ända in i kaklet ! (endurance et persévérance) comme on dit là-bas !

 

Citation dernier paragraphe : émission Uncovered crée par l’ATP
Citation Söderling 4e paragraphe : propos recueillis par une radio publique suédoise

Citation Mikael 3e paragraphe : propos recueillis par le journal Dangens Nyheter
Photo de famille Ymer tirée du journal Dagens Nyheter (journal quotidien suédois)

Self-made-man* (terme anglo-américain) : Homme qui ne doit sa réussite matérielle et sociale qu’à lui-même