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Les virtuoses de Wilson à l’US Open

© Wilson Sporting Goods
High resolution images from the historical covers of Wilson Catalogs

Les marques de raquettes de tennis à succès se comptent sur les doigts d’une main. Parmi elles, Wilson occupe une place majeure. À la faveur de champions et de raquettes d’exception, la marque américaine a multiplié les coups d’éclat, à New York notamment. Flashback sur les heures de gloire de Wilson à l’US Open depuis 1968.

© Jean Marc Pochat/Presse Sports

Pete Sampras et la Pro Staff Original : un duo légendaire

Connaissez-vous l’île de Saint-Vincent, située dans l’archipel des Grenadines au sein des Petites Antilles ? A priori plus réputée pour son sable fin, ses eaux translucides et ses facilités fiscales que pour son histoire tennistique. Et pourtant, ce micro-territoire de 346 km2 a joué un rôle essentiel dans la carrière de Pete Sampras. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’île est le seul endroit au monde où la Wilson Pro Staff Original 6.0 utilisée par Pistol Pete a été fabriquée. Sampras joua exclusivement avec les modèles de la Pro Staff produits dans les Antilles. Non seulement il ne changea jamais de raquette, contrairement à la tendance actuelle, mais il tenait en plus à recevoir toutes ses Pro Staff précisément de l’île de Saint-Vincent. L’usine de l’île est désormais fermée mais la Pro Staff a survécu, s’améliorant même au fil des upgrades de ces vingt dernières années.

Imaginez que c’est entre les mains de ce jeune Américain fluet et timide de 19 ans que la Pro Staff a conquis ses premiers succès sur le sol new-yorkais. En 1990, Sampras remporte l’US Open à la surprise générale et enchaine des victoires de prestige face à Ivan Lendl, John McEnroe et André Agassi pour devenir le plus jeune vainqueur de l’histoire du tournoi. Il frappe les esprits par son service diabolique, ses volées incessantes et son calme olympien. Big Mac souligne d’ailleurs après sa défaite que Pete était « aussi froid qu’un concombre». Après  Ice-Borg, un nouveau phénomène impassible est né… Quelques années plus tard, il démontrera que, sous la carapace, d’intenses émotions pouvaient éclater au grand jour.

Le hard court rapide de Flushing Meadows convient parfaitement au jeu offensif de Sampras. Il décroche ainsi quatre autres trophées à New York. En 1996, Pete dispute un match d’anthologie contre Alex Corretja. Perclus de crampes d’estomac dans le tie-break du 5e set, il vomit sur le court. Épuisé, titubant entre les points, menacé de disqualification par l’arbitre pour dépassement de temps, il doit même sauver une balle de match pour finalement emporter la timbale. Six ans après, en 2002, Sampras clôture sa carrière de façon étincelante. Tout avait commencé pour lui sur le ciment new-yorkais en 1990… et tout s’achève au même endroit, face au même adversaire, le rival de toujours que fut André Agassi. À la clef cette fois, un ultime triomphe en Grand Chelem. 

Le brillant quintuplé de Sampras à l’US Open n’aurait probablement pas été possible sans son instrument de prédilection, sa baguette à aces qu’était la Wilson Pro Staff Original 6.0. La Pro Staff, lancée dans les années 80, est une raquette révolutionnaire avant qu’elle ne devienne mythique. Elle octroie davantage de puissance à condition de frapper la balle avec une précision chirurgicale. Seuls les joueurs exigeants et de haut niveau sont à même d’exploiter tout son potentiel. Mais quasiment tout joueur dans les années 80 et 90 est attiré et essaie la raquette. C’est presque du fétichisme !

La Pro Staff a un profil très caractéristique. Elle est composée tant de graphite que de kevlar, afin d’obtenir un juste équilibre entre la puissance et le contrôle de la balle. Dotée d’un poids important (357 g), quoiqu’il s’agisse de la norme à l’époque, et d’un petit tamis de 85 square inch (ou 548 cm2), son sweet spot est très étroit. Chaque frappe de balle doit donc être parfaitement centrée pour que la raquette puisse donner sa pleine mesure. Elle ne pardonnait dès lors aucune erreur à l’impact de la balle. De plus, seul un swing complet en coup droit et en revers permet de donner de la puissance à la balle. Les petits mouvements, faute d’efficacité, sont par conséquent bannis. 

Pete magnifie la Pro Staff. Il personnalise cette raquette d’anthologie et la rend encore plus difficile à jouer qu’elle ne l’était déjà, ajoutant quelques grammes à sa raquette via des bandes de plomb situées à 3h et 9h du cadre. La tension de son cordage est en outre particulièrement élevée, jusqu’à 37 kg, entrainant souvent de nombreuses ruptures de cordes pendant un match. Classique et élégante, la Pro Staff de Pete est restée dans les annales.

La victoire de Sampras en 90 s’inscrit dans une longue série de succès de Wilson. Plus de vingt ans auparavant, la firme de Chicago inaugurait déjà son palmarès new-yorkais à la faveur du premier US Open ouvert aux joueuses et joueurs professionnels.

© Presse Sports

La Chris Evert Autograph : le succès et la grâce

En 1968, Arthur Ashe glane à Forest Hill le premier titre de Wilson de l’ère Open. Sa raquette en bois, dénommée la Tony Trabert Autograph, lui permet d’accumuler les points gagnants sur le gazon de l’époque. Très lourde, elle facilite toutefois le contrôle des frappes à plat d’Arthur Ashe. 

Après Stan Smith en 1971, et à la même époque que John McEnroe qui gagne le titre en 79 et 80 avec une Jack Kramer Autograph, Chris Evert fait entrer Wilson dans l’histoire du tennis féminin. Durant les années 70 et 80, elle brille de mille feux à l’US Open avec une Chris Evert Autograph en bois. Sur le court, aussi gracieuse qu’indifférente à la pression, the Ice Maiden impressionne et enchante les messieurs comme les dames. Son revers à deux mains, l’un des premiers du genre chez les femmes, prend de vitesse la majorité des joueuses. Au sommet de son art, elle remporte six couronnes à l’US Open entre 1975 et 1982.

En fin de carrière, Chris Evert est séduite par la Pro Staff 6.0 85 et atteint la finale de l’US Open en 1984. Performance singulière dont Chrissie peut se targuer : durant ses 19 années chez les pros, la joueuse de Boca Raton n’a jamais occupé un rang inférieur à la 4e place mondiale. Incarnation de la régularité et du talent, elle atteint 54 demi-finales de Grand Chelem sur les 56 tentatives qui jalonnent sa carrière légendaire. Un record inouï parmi tant d’autres… 

© Presse Sports

Jimmy Connors et la T2000 : une raquette trampoline en acier

Jimmy Connors met la « marque au W » sous le feu des projecteurs new-yorkais. Il gagne 5 titres entre 1974 et 1983… sur trois surfaces différentes : gazon, terre battue et ciment ! Face à un Ken Rosewall en fin de carrière, il survole la finale de 74 en 1h18 minutes : 6-1, 6-0, 6-1. Il s’agit encore aujourd’hui de la finale de Grand Chelem la plus courte en temps et en jeux. 

Armé d’une autre raquette légendaire, la Wilson T2000, Connors traverse avec succès les époques des raquettes en bois et en graphite. Sa Wilson en acier inoxydable lui offre suffisamment de puissance pour exprimer son jeu agressif. La particularité de la T2000 réside également dans la manière surprenante par laquelle le cordage est relié à la raquette. Les joncs, ces minuscules ouvertures destinée à donner assise et régularité à la fixation du cordage, ne sont pas utilisés. Seule une structure de fil d’acier recouvre le cadre et retient en suspension l’ensemble des cordes. C’est pour le moins détonnant. Le résultat est également étrange : le cordage produit un effet trampoline lors de l’impact de la balle, rendant le contrôle de celle-ci extrêmement compliqué. Elle en devient l’ennemie des joueurs du dimanche. 

Connors joue bien quelques mois avec la Pro Staff Original 6.0 en 1984, mais il retourne ensuite à l’iconique raquette métallique. Pour la petite histoire, la T2000 est au départ une invention de René Lacoste dans les années 50. Wilson achète les droits du modèle inédit avant que Jimmy n’en devienne l’unique ambassadeur. Dans les mains de « Jimbo », elle acquiert ses lettres de noblesse.

La romance entre Wilson et l’US Open se poursuit dans les années 90 et 2000, avec une succession de victoires, tant chez les femmes que chez les hommes. Stefan Edberg et Roger Federer, ainsi qu’une série de championnes, continuent de hisser la marque américaine au sommet à New York.

© Bob Thomas/Getty Images

Stefan Edberg et la Pro Staff Classic : le jeu de l’apparence

Muni d’une Pro Staff Classic 6.1, Stefan Edberg enchaine deux titres d’affilée à New York en 91 et 92. Lui aussi très stoïque, le Suédois possède une esthétique extrêmement propre et efficace qui en fait un des meilleurs volleyeurs de tous les temps. Sa gestuelle au service est très ample et son kick incisif lui permet de se présenter au filet dans les meilleures conditions. Son revers à une main, éblouissant d’envergure, d’élégance et de polyvalence, est aussi une arme décisive sur le ciment américain.

Lors de ces deux éditions, Edberg joue avec une Pro Staff en apparence bien distincte de celle de Sampras. Elle est bariolée de rouge et jaune en différents endroits. Son nom commercial n’est pas la Pro Staff Original mais bien la Pro Staff Classic. Si son tamis est censé être plus large, à savoir 90 square inch (612 cm2), Stefan utilise en réalité exactement la même raquette que Pete. Seule la touche légèrement plus moderne de la raquette à travers les couleurs vives est différente de la Pro Staff Original. C’est un secret de polichinelle pour les collègues d’Edberg, mais pas pour le grand public…

© Al Bello / Getty Images

Roger Federer et Wilson : une fidélité gagnante

Après avoir commencé sa carrière avec la Pro Staff de Sampras, Roger change rapidement de modèle et joue par la suite avec différentes raquettes. Mais la marque reste la même. Fidèle à Wilson, il signe un life agreement avec la firme américaine en 2006 et c’est donc avec Wilson qu’il gagne cinq trophées d’affilée à l’US Open. En 2009, la série record s’interrompt et il s’incline en finale face aux coups de boutoir d’un autre champion maison, l’Argentin del Potro.

Les changements de raquettes de Fed impliquent principalement de légères évolutions plutôt que des révolutions. Les seuls ajustements notables sont liés à l’agrandissement du tamis : de 85 square inch à 90 square inch en 2001, il passe ensuite à 97 square inch (626 cm2) en 2014. Cette dernière innovation est la plus significative. En effet, à la suite d’une annus horribilis en 2013, Roger travaille avec Wilson afin d’améliorer en profondeur sa raquette. Il souhaite un instrument plus puissant, un tamis plus large et un cadre plus épais. La Wilson Pro Staff Roger Federer Autograph 97 voit ainsi le jour et mènera le Suisse à de nouvelles consécrations en Grand Chelem.

© Hugues Dumont

Les championnes de Wilson : une domination implacable

Entre 1998 et 2015, Wilson occupe le firmament du palmarès du tournoi féminin de l’US Open. De Lindsay Davenport à Flavia Pennetta en passant par Justine Henin et les sœurs Williams, les joueuses bénéficiant des raquettes de la marque américaine s’imposent à 12 reprises en simple dames. Une hégémonie quasiment sans partage. 

Au-delà du talent de ces joueuses, la raquette est personnalisée au maximum afin de s’adapter au jeu de chaque championne. Par exemple, la Wilson Hyper Hammer 5.3 de Justine Henin pèse seulement 290 grammes. Ce poids plume permet à la Belge d’imprimer beaucoup de vitesse à la balle sans trop d’effort. Serena Williams, en revanche, est davantage en quête d’une raquette qui l’aide à dompter sa puissance de fond du court. Les différents modèles élaborés par Wilson pour Serena, tel que les Hammer ou les Blade, remplissent parfaitement cette fonction. La plus jeune des Williams sisters occupe aujourd’hui une place singulière au panthéon de l’histoire du jeu. Avec 23 trophées du Grand Chelem, elle est la joueuse la plus titrée de l’ère Open, hommes et femmes confondus. Elle est même la seule championne à remporter 10 tournois du Grand Chelem dans deux décennies différentes. Stupéfiant ! 

Avec la complicité des joueuses et des joueurs, les modèles se sont progressivement renouvelés. Plus légers et modernes, donc faciles à maîtriser, ils ont ouvert la voie à une nouvelle tendance. Les icônes de Wilson sont cependant restées longtemps fidèles à des raquettes emblématiques telles que la T2000 ou la Pro Staff. Au point que de chaque Wilson émane, encore aujourd’hui, un parfum new-yorkais de victoire. 

 

Article publié dans COURTS n° 2, été 2018.

Du badminton au parabadminton :

la double vie de David Toupé

De nombreux sports adaptés ont vu le jour et se sont développés depuis le début des années 2000. En France, le sport pour les personnes en situation de handicap est un phénomène historiquement récent, qui s’est progressivement institutionnalisé avec la création en 1964 de la Fédération des sports pour les handicapés physiques, puis en 1971 de la Fédération française du sport adapté.
En 2020, le parabadminton fera une entrée historique aux Jeux paralympiques. Cette discipline a vu le jour en 1990, alors que des joueurs allemands en fauteuil roulant ont décidé d’adapter les règles du badminton classique pour vivre ses dimensions ludiques et dynamiques. Dans certains pays frontaliers, comme les Pays-Bas et la Suisse, quelques adeptes de parabadminton ont alors émergé. Les premiers championnats européens se sont mis en place. L’année suivante, une « commission handicap » a été créée et un plan d’action a vu le jour en France, avec l’objectif d’intégrer les sportifs handicapés dans les créneaux valides existants.
Selon A. Marcellini(1), d’ingénieux systèmes de classification fonctionnelle ont progressivement été élaborés, consistant à classer les sportifs non plus par type d’atteinte (paralysies, amputations, troubles du contrôle moteur…), mais selon une équivalence fonctionnelle dans la tâche sportive considérée. Dans le cadre du parabadminton, six catégories ont été définies(2).
C’est notamment sous l’impulsion de David Toupé que le parabadminton s’est développé et s’est structuré en France. Ancien sportif de haut niveau en badminton et kinésithérapeute de formation, il est devenu paraplégique à la suite d’un grave accident de ski. Moins d’un an plus tard, il a débuté le parabadminton, puis s’est reconverti dans ce sport. Aujourd’hui âgé de 43 ans, après avoir été champion de France à de nombreuses reprises, plusieurs fois champion d’Europe et du monde dans la catégorie « Wheelchair 1 », il a accepté de nous rencontrer pour nous raconter son parcours, de ses premiers coups de raquette en tant que jeune joueur valide, à ses nouvelles ambitions paralympiques. Retour sur la double vie de ce champion d’exception !

 

Le choix du badminton : une première vie entre action, rencontres et compétitions

Un sport d’action

Sensibilisés aux travaux sociologiques qui montrent le poids de la socialisation des parents dans le devenir sportif des individus, c’est sans surprise que nous questionnons David Toupé sur son milieu familial. Un tel parcours devait forcément s’expliquer par ce biais… Dans son cas, les relations entre le milieu familial et son parcours n’ont rien d’évident. Ses parents n’étaient pas des sportifs compétitifs : « Mon père était routier, je ne le voyais que le week-end, et ce n’était pas pour faire du sport. » En revanche, ils lui ont transmis le sens de l’action, qui n’a cessé de le mouvoir, en sport et ailleurs : « On était actifs, on n’a jamais passé des vacances au bord de la plage à mettre la serviette et à attendre que ça se passe. On a toujours fait de la rando, on a toujours marché. » Le sport est devenu pour lui « une religion » : « Je suis quelqu’un de porté sur l’action, j’ai besoin de faire des choses. »
Si le badminton s’est imposé, notamment par rapport à d’autres sports comme le tennis, c’est notamment pour ses caractéristiques énergétiques : « J’ai eu le choix avec le tennis mais une fois que j’ai gouté le bad, le tennis m’a vite saoulé. Je pense que si tu n’as pas une bonne technique d’entrée de jeu, la balle ne rentre pas dans le court. » David a besoin de « taper dans un volant », considérant que son « meilleur partenaire d’entraînement » est le mur de sa maison, tant il aime y jongler, enchainer les jeux de jambes, alterner les frappes hautes et basses. Invité à préciser ce qui génère un tel plaisir de pratiquer, David évoque l’effort, le jeu, l’action de ce sport qui l’accompagnera toute sa vie : « Je pense que c’est l’effort, encore aujourd’hui. Si je suis sur une séance uniquement technique, je peux en sortir un peu frustré si je n’ai pas eu l’impression de m’être un peu dépassé. Ce sentiment, je l’ai toujours eu. »

 

L’importance des rencontres

Outre les caractéristiques du badminton, c’est pour des raisons sociales que David s’adonne avec passion à ce sport. Membre d’un club déjà « bien organisé », il découvre un entraineur « très humain » qui apparait comme un « papa » : « Je crois que c’était dû à l’engagement qu’il mettait dans les entraînements, sa pédagogie… En plus, pour l’époque, il avait une grande connaissance. Il a été prof d’EPS et, rapidement, il a passé des diplômes fédéraux. » Pour résumer, cet entraîneur fait preuve d’un « mélange de connaissances, de pédagogie hyper humaine et très portée sur le joueur. Il était présent tout le temps, on se sentait accompagnés. » Conclusion de David : « Quand quelqu’un est là, qu’il y a une confiance réciproque, je suis un mort de faim à l’entraînement. »
En plus d’un entraîneur, le badminton a amené David a rapidement faire des rencontres qui restent encore aujourd’hui particulièrement importantes : « J’ai eu la chance de tomber sur des gens qui sont encore mes amis et qui font même partie de ma famille. » Par exemple, il raconte qu’à chaque compétition, les déplacements sont fondateurs d’un sentiment d’appartenance au collectif : « C’était assez exceptionnel, ce club. Quand on allait au championnat de Bretagne, on se déplaçait en car : il y avait dix titres à aller chercher et on revenait avec neuf sur dix. Ce sont des souvenirs assez marquants, c’est tout le club qui se déplaçait. Donc j’ai eu la chance de découvrir le badminton dans un club qui était vraiment familial. »

Des premiers résultats à l’intégration de structures de haut niveau

Très rapidement, David connait ses premiers résultats en badminton. S’entraînant avec des joueurs plus âgés que lui, il progresse très vite face à des joueurs de sa catégorie : « Les autres avaient deux ou trois ans de plus que moi, donc on se tirait la bourre à l’entraînement. Du coup quand tu reviens dans ta catégorie tu performes. »
Avec un style de jeu alliant explosivité et technique, il rivalise avec des joueurs d’un gabarit plus important, notamment en double : « J’étais un joueur plutôt explosif, je faisais 1 m 68 mais j’avais quasiment 90 cm de détente sèche… et puis je faisais partie des joueurs techniques avec une bonne main, je mettais le volant où je voulais même face à des grands gaillards. Donc je compensais avec une bonne main et avec la vision du jeu. »
Il grimpe alors les échelons, jusqu’à intégrer des structures de haut niveau : « Championnat de Bretagne, championnat de France… Tu es repéré, tu entres dans l’équipe de France minime… Et après, directement à Paris, au CREPS. Ça été la première section pôle espoir en France, à Chatenay-Malabry. On était trop jeunes pour rentrer à l’INSEP. Et puis ensuite, à l’INSEP, tu pars pour un mois et demi parce que tu ne rentres pas tous les week-ends, ça coûte cher et tu es en compétition tous les week-ends. En plus, c’est une époque où il n’y avait pas encore de téléphone portable… »
Il passe ensuite dans la catégorie « sénior », subissant la concurrence de nombreux autres sportifs : « Je suis entré dans une génération où il y avait des jeunes talentueux avec en plus une politique de développement avec l’extérieur : il y avait des bulgares qui sont venus pour s’entrainer à l’INSEP, ils ne sont jamais partis et ils ont été naturalisés au bout de 3 ans… Si tu ne fais pas tes preuves en deux ou trois ans, terminé, le wagon est passé ! » Cette concurrence amènera David à quitter l’INSEP en 1998.

 

L’accident : un moment de bascule entre deux vies

Un accident qui coupe l’herbe sous le pied d’un champion ? 

Subissant la concurrence, David s’est trouvé écarté de l’INSEP en 1998 : « Il y a eu un choix de sélection à un moment donné. On m’a dit “on ne peut pas te garder à l’INSEP, il y en a quatre devant toi”, en plus en double tu es la cinquième roue du carrosse. » En effet, il était plus facile de percer pour les joueurs de simple, qui ne pouvaient « compter que sur eux-mêmes, avoir un accompagnement de leur club, de leur région ». Par un processus de sélection, les entraineurs faisaient « ce qu’ils voulaient des joueurs, des paires ». David exprime alors avoir connu de « belles paires » mais n’avoir pas été « autorisé à jouer avec eux ».
Lorsqu’il arrête l’INSEP, David a 21 ans, suit des études de kiné, et n’a pas l’intention de « s’acharner sur le bad ». Si la première année de ses études était dédoublée, lui permettant de s’entrainer assidument, les années suivantes ne l’étaient plus et comportaient de nombreux stages. Il dit avoir, en plus, « retrouvé la vraie vie », au sens où à l’INSEP, « tu es coupé du monde, tu vis dans un cocon, tu es dans quelque chose de très refermé sur lui-même ». Pour autant, il n’arrête jamais vraiment de pratiquer, s’impliquant notamment dans son club, en Nationale 1 : « Je continue à m’entraîner pour la N1 parce que je suis quand même encore en N1 avec le club. Je n’ai jamais quitté quand même… Je continue à concilier les tournois de temps en temps, les interclubs. C’est l’occasion de rester dans le circuit avec les copains. »
C’est en 2003 que David subit un grave accident de ski, qui constituera un moment de bascule vers une autre vie. Sur son lit d’hôpital, il réalise tout de suite l’étendue des lésions, ce qui lui a permis de ne pas être maintenu dans le faux espoir de pouvoir remarcher un jour : « Mon sujet de mémoire en tant que kiné, c’était sur un enfant paraplégique D8. Bingo, même niveau lésionnel. Donc je savais à quoi m’attendre. Je savais où étaient les limites. Je n’étais pas surpris : si ma jambe bougeait, je ne me disais pas que j’allais pouvoir remarcher. Je savais que c’étaient des réflexes. »
Après plusieurs semaines d’alitement, la découverte du fauteuil est une étape marquante pour David, qui entrevoit déjà de nouvelles perspectives : « Les trois semaines les plus longues de ma vie, c’est quand j’ai été alité. Un des plus beaux jours de ma vie, c’est quand j’ai posé mon cul sur un fauteuil : j’ai compris que c’était mon nouveau meilleur ami. » La rééducation elle-même est apparue comme salvatrice, d’autant que David ne manquait pas d’y ajouter certains défis : « La rééducation, c’était déjà de l’activité physique, et j’étais dans le défi. Quand on me disait que c’était dur de conserver l’équilibre, je leur disais “vas-y, amène-moi le ballon”. Et quinze jours après, je faisais mon truc. C’est aller chercher ses limites. » De façon assez déconcertante, un processus de résilience semble s’être opéré de façon relativement naturelle, dès les suites de son accident : « Je ne me suis pas vraiment posé de question en fait, pour moi c’était naturel : c’est-à-dire que tu tombes et que tu te relèves, voilà. »

 

La découverte du parabadminton : un nouveau souffle à la convalescence

Dans sa reconstruction, David connaît nécessairement des moments difficiles, notamment en lien avec le contexte de l’univers hospitalier : « Je ne suis pas en train de dire que c’était simple, notamment l’hôpital, les blouses blanches. On t’explique qu’on a viré les jeux électroniques, les billards, pour mettre deux lits parce que c’est plus rentable. La réalité du quotidien, c’était ça. Et puis je n’ai pas minimisé les moments où tu te dis “je peux plus faire ça ni ça”. »
Dans ce quotidien éprouvant, le parabadminton apparait comme une nouvelle alternative. En rééducation, David voit des joueurs pratiquer le badminton en fauteuil, réalisant que même paraplégique, il était possible de pratiquer ce sport : « Ah non mais pour moi, ce n’était pas possible, ça n’existait pas ! » Le transfert entre sa carrière vécue en tant que joueur valide et cette nouvelle vie se réalise à tâtons, et non sans frustration. En particulier, le parabadminton oblige David à reconstruire son style de jeu : « J’ai posé mes fesses dans un fauteuil pour essayer, sans être convaincu. J’avais plutôt un jeu assez aérien, je m’éclatais à aller haut. À ce moment-là, il y avait ce côté explosif en bad, dans tous les sens du terme : devant, derrière et en haut. En fauteuil, je ne peux être explosif que devant et derrière. Ce qui m’apportait de la frustration, c’est ce côté aérien que je ne pouvais plus ressentir. Le filet devient haut, et le smash n’existe plus. » Il a ainsi fallu apprendre à jouer presque contre-nature : « Le style de jeu, il se retrouve, mais ça me joue des tours. Si je smash aujourd’hui, je me fais contrer, donc la tactique est différente. Je ne dirais pas que je joue contre-nature, mais il a fallu changer plein de choses. »
En s’appropriant progressivement cette nouvelle pratique, David connait aussi des difficultés à compenser le rôle habituellement joué par chaque partie du corps. Sans abdominaux, il s’aperçoit que pour faire un contre-amorti, « le petit orteil, il bosse ». Il lui faut apprendre à se déplacer sur des volants éloignés en manipulant le fauteuil. Malgré ces difficultés, il confie s’être rapidement fait happer par le jeu. Les composantes qu’il affectionnait dans le badminton avant son accident se retrouvent dans le parabadminton : « C’est un nouveau jouet. Je me suis fait rattraper par certains aspects de la pratique, l’apprentissage, les aspects techniques. » Avec l’expérience, le parabadminton s’impose comme une opportunité de rencontres et un moyen d’évoluer en accord avec ses valeurs : « Je rencontre des gens exceptionnels. À la fin du match, une fois qu’on s’est serré la main, les gens viennent te voir et ils te disent “là c’est bien ta petite roulette mais essaie de la lever un peu, et ton dossier est un peu tendu”. Le mec est en train de me donner des conseils pour que la prochaine fois, je le bouffe quoi… La solidarité est juste exceptionnelle. C’est ça qui m’a fait aller dans le parabad. »

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Une deuxième vie

Le développement du parabadminton comme cheval de bataille

Porté par un entourage très présent et une diversité d’éléments l’amenant sur le chemin de la résilience, David rebondit, jusqu’à considérer qu’il n’a pas de raison d’aller mal : « Un entourage hyper présent, des potes. À l’hôpital, à tour de rôle, il y avait trente personnes dans ma chambre. J’ai beaucoup reçu à ce moment-là. Et puis pas particulièrement de problème financier. Je n’avais pas d’argument pour dire que ça n’allait pas. C’est tout ce parcours qui m’a permis cette résilience. »
C’est particulièrement sa volonté de développer le parabadminton qui constitue un moteur de sa vie après l’accident. Il se renseigne, se rend compte qu’il existe une Fédération internationale, des championnats d’Europe, des championnats du monde, et que l’activité est déjà relativement développée : « J’ai pris conscience qu’on pouvait jouer au badminton en fauteuil, mais qu’il n’y avait rien en France ! Et là, ça été mon côté “révolté” : ce n’est pas possible, il y a le parabad qui existe, et il n’y a rien en France ! J’ai pris la mesure de me dire que si moi je n’y allais pas, si moi je ne le faisais pas, ça ne se ferait jamais… J’ai senti une envie de donner ce que j’avais pu recevoir. »
Progressivement, David rencontre des personnes exprimant elles aussi le souhait de pratiquer malgré leur handicap. Avec elles, il structure le parabadminton à un niveau local, en commençant dans le Sud-Ouest : « Heureusement j’avais des contacts à Toulouse et il se crée alors des échanges avec la ligue. En 2012, je rencontre d’autres personnes qui arrivent au parabad. Là, je me dis que soit j’arrête, soit on crée une association de joueurs et on essaie de faire avancer les choses. Donc on a créé une association, FRAP (France Parabadminton), et ça a servi aussi à développer la discipline. »

 

Le parcours d’un combattant

Le développement du parabadminton ne se fait pas sans encombre. Dès son retour dans son club, David se rend compte que rien ne permet aux sportifs en situation de handicap de s’adonner à la pratique : « Je débarquais dans une région où le parabadminton n’existe pas. Il n’y avait pas d’entraineur, alors quand ils ont vu un mec en fauteuil débarquer… “Coucou, il y a moyen de jouer au bad ?” (rire). »
En fait, toute démarche entreprise pour développer le parabadminton en France met davantage de temps que David ne pouvait l’imaginer : « Ça a duré douze ans, quand moi je me disais qu’en deux ou trois ans on pourrait mettre certaines choses en place. » Plusieurs obstacles ont freiné le développement du parabadminton : « La DTN (direction technique nationale) m’avait donné carte blanche, donc je suis arrivé avec un plan d’action. Mais on te dit “c’est compliqué quand même”. Ben non, ce n’est pas compliqué ! » Des ambiguïtés existaient également entre les missions de la Fédération de badminton et de la Fédération handisport. La première considérait que c’était à la deuxième de gérer le parabadminton, et la deuxième se concentrait surtout sur les sports déjà paralympiques.
David se heurte aussi au manque de temps disponible pour développer le parabadminton. Il passe des diplômes d’entraineur pour intervenir et pour comprendre le système, pour « faire avancer les choses de façon plus efficace, plus cohérente », mais en parallèle, il fonde une famille et construit sa maison. Selon lui, c’est à travers la pratique et des performances que le développement du parabadminton se fait de façon plus soutenue : « J’ai compris comment on déplaçait un fauteuil – pour la raquette, j’avais la précision : ça me permet d’avoir quelques médailles pour la visibilité et ça suffit. Parce que j’ai compris que si tu n’as pas de médaille, on n’en parle pas. C’est ça qui m’a fait aller vers la compétition. »

 

Le parabadminton aux jeux paralympiques : une étape ultime

Selon David, l’entrée du parabadminton dans la grande famille des sports olympiques change beaucoup de choses : « Reconnaissance, moyens, développement… Comment dire, tu passes d’une micheline à un moteur de Formule 1. Pour atteindre tes objectifs, il n’y a pas mieux. S’il y en a ne serait-ce qu’un seul qui, au lieu de rester chez lui, va venir s’éclater au bad, c’est super. Le but ce n’est pas de multiplier, mais de donner les infos. L’évidence du sport santé, l’évidence du sport adapté, ce n’est pas une évidence économique. Malheureusement si tu n’es pas paralympique, ce n’est pas que tu n’existes pas, mais tu n’as pas de reconnaissance. Moi je ne cherchais pas la reconnaissance à tout prix, mais plutôt de pouvoir dire que oui, le badminton est adapté. Le fait que ça passe aux Jeux, c’est un booster hallucinant. »
David obtient alors des moyens pour pouvoir réellement s’entraîner et tenter de venir concurrencer des nations qui ont depuis longtemps investi des moyens dans ce sport : « J’ai obtenu un détachement. C’est devenu mon boulot. Depuis que c’est passé aux Jeux, je suis passé de trois entrainements par semaine à deux entrainements par jour. Et je suis détaché à 80 % pour m’entrainer, alors qu’avant, c’était en plus de mon boulot. Ça fait dix ans que les autres sont déjà dans ce modèle professionnel. On a dix ans de retard sur la Corée, par exemple. »
Il se projette nécessairement sur la suite, affirmant que l’obtention d’une médaille par l’équipe de France constituerait un gage de développement sans précédent : « Ça serait un méga booster si on ramenait une médaille : elle ne sera pas dans le salon, mais elle permettra de dire qu’on a fait le job. Après, tu ne peux pas penser qu’à ça, tu ne seras peut-être pas qualifié, tu seras peut-être blessé. Mais il faut essayer ! ». Rendez-vous est pris aux jeux paralympiques de Tokyo en aout 2021 pour encourager l’équipe de France Parabadminton.

La double vie de David Toupé montre que le sport, notamment à haut niveau, peut considérablement améliorer l’acceptation sociale des personnes en situation de handicap. D’ailleurs, celles-ci se sentiraient sportives avant de se considérer invalides(3), jusqu’à être heurtés par le fait que la presse cherche à positiver l’image du sportif handicapé. Le rappel au handicap est souvent présent, comme si le sport pratiqué ne pouvait se définir qu’à partir de l’état de la personne(4). À un niveau plus amateur, une enquête intitulée « Handicap, incapacité, dépendance » a révélé qu’un tiers des personnes de 5 à 74 ans déclarant une déficience pratiquent une activité physique régulière. Parmi ces personnes en situation de handicap qui vivent à domicile, 46 % (soit trois millions de personnes) pratiquent en association sportive ordinaire, pour seulement 14,3 % de ceux qui vivent en institution(5).
Malgré tout, dans l’ouvrage Handicap : silence on discrimine, Anne Kerloc’h(6) a affirmé que les loisirs arrivaient en première position des pans de la vie qui discriminent, sans doute parce que la législation protège a minima les discriminations dans les transports et les situations professionnelles. L’existence même d’évènements sportifs de grande envergure rassemblant diverses communautés (les Gay Games, par exemple) traduit le besoin éprouvé par les minorités de se faire entendre, sans doute parce que le contexte sportif ne leur accorde pas une place à la hauteur de leurs attentes(7). Si le développement du sport adapté est en marche, la route est encore longue pour que chaque individu porteur d’un handicap après un accident puisse être accompagné pour trouver, comme David Toupé, les ressources de se construire une seconde vie tout aussi épanouissante que la première.

⦁ Marcellini, A. « Les savoirs des sciences des activités physiques et sportives », in Gardou, C. Handicap, une encyclopédie des savoirs. Des obscurantismes à de Nouvelles Lumières. Éditions Érès, 2014.
⦁ (1) « Wheelchair 1 » (WH 1) : joueurs en fauteuil ne disposant pas d’équilibre du tronc (sans abdominaux) ; (2) « Wheelchair 2 » (WH 2) : joueurs en fauteuil ayant un équilibre du tronc normal ou proche de la normal (avec abdominaux) ; (3) « Standing Lower » (SL 3) : joueurs marchant ou courant avec un boitement dû au handicap ou amputés d’un membre inférieur (amputation fémoral) ; (4) « Standing Lower » (SL 4) : joueurs marchant avec une légère mollesse due au handicap ou amputés d’un membre inférieur (amputation tibiale), mais se déplaçant de manière fluide ; (5) « Standing Upper » (SU 5) : joueurs limités dans la fonction de base du membre supérieur, ou amputé d’un membre supérieur ; (6) « Short Stature » (SS 6) : joueurs debout de petite taille (maximum 145 cm pour les hommes et 137 cm pour les femmes).
⦁ Page, S. J., O’Connor, E., & Peterson, K. “Leaving the Disability Ghetto. A Qualitative Study of Factors Underlying Achievement Motivation Among Athletes with Disabilities”, in Journal of Sport & Social Issues, 25(1), 40–55, 2001.
⦁ Compte, R., « Sport et handicap dans notre société : un défi à l’épreuve du social », in Empan, 79(3), 13-21, 2010.
⦁ Compte, R., op. cit.
⦁ Kerloc’h, A., Handicap : silence on discrimine, APF/Le Cherche Midi, collection « Documents », Paris, 2005.
⦁ Héas, S., « Des sports toujours discriminants pour les personnes vivant avec un handicap aujourd’hui ? », in Alter, 6(1), 57-66, 2012

 

Federer’s Bigger Racket

© Wilson Sporting Goods Co.

In a highly commercialized world where players try to monetize their value, there’s one thing a top player will not change lightly–their racket. Clothes, yes. Watch (or modern-day computerised equivalent), certainly. Endorsements and corporate names on shirts, without question. But the racket–heck, that’s an extension of your arm, it’s almost like cutting your hand off at the wrist to see if a new hand works any better. 

That’s why so few players have changed rackets during their career. Pete Sampras stuck loyally–or stubbornly–to his Wilson Pro Staff with a stringed surface area of 85 square inches (550cm2), admitting several years after retirement that he might have been better trying newer technology. But Roger Federer made the switch, and his decision to move from a 90-inch frame to a 97-inch one late in his playing career was a significant step. 

Federer had in fact already changed once as a pro. He started out with the same racket Sampras was using, but in 2002 he switched to a slightly bigger frame (90 square inches, or 580cm2). By the time he won his seventh Wimbledon title in 2012, most of the top players were playing with rackets with a stringed area of between 98 and 100 square inches, the attraction being that the bigger area meant a bigger ‘sweet spot’, and thus a bigger margin for error on shots not hit absolutely in the center of the string bed. 

Federer was asked a lot at that time whether he was being overly stubborn by sticking to his 90-inch frame. He made all the right noises but stuck with the stick he knew. Many put that down to stubbornness as a champion’s quality, but unbeknown to most, in the background, things were happening. 

In the second half of 2012, Federer asked Wilson to offer him a variation on his existing racket that offered him a bigger frame. Wilson sent some of its best technicians to Switzerland to work with Federer during weeks without tournaments, sometimes making adjustments to prototypes from one day to the next after Federer had hit with them and offered feedback. 

Federer’s shock defeat to Sergiy Stakhovsky in the second round of Wimbledon in 2013 offered a blessing–he suddenly had an extra 10 days in which to experiment with the bigger frames. “I’ve been very close on numerous occasions to change rackets,” he told the ATP’s website in a news interview. “But then, very often, time was the issue. Maybe also just the records of Grand Slams-I was always keeping on playing quarters and semis-so then it was also a bit more difficult to change it because of the time. This time around, all of a sudden, I just had the extra 10 days, two weeks I was looking for, and I really was very serious about it. Wilson flew to Switzerland, we went through the whole process, and I was very happy how things went.” 

The result was that he added two post-Wimbledon clay court tournaments to his schedule, at which he tried out a larger frame. He wasn’t completely happy with it, and he was back to his old racket when he lost to Tommy Robredo in the fourth round of the 2013 US Open after squandering a dozen break points (thereby missing the chance to play Rafael Nadal in the quarter-finals in what would have been their first meeting at the US Open). 

But the testing went on, and by the off-season at the end of 2013, Federer was down to two larger-size prototypes. He made the decision to commit to the 2014 season with one of them, a 97-inch frame (625cm2), and has never looked back. The racket he plays with has been rebranded as the RF97: the RF being Federer’s initials, the 97 being the size of the frame. 

The biggest difference most tennis watchers have noticed is the greater ease Federer has on the topspin backhand. In fact, many commentators say Federer would never have beaten Nadal in the 2017 Australian Open final with the smaller racket because his backhand was so influential. A big part of that victory goes down to his coach Ivan Ljubicic, who convinced Federer that he could use the topspin backhand more, especially on the return of serve, but Ljubicic wouldn’t have been able to get sufficiently into Federer’s head without the greater confidence the 97-inch frame had offered. 

Federer has also admitted he needed to adjust a few shots to the bigger frame, notably the slice and his whipped forehand, but he says the biggest benefit is that the bigger frame allows him to play well every day, whereas the smaller frame was less forgiving on days when his feet weren’t working so well. The larger frame made it “easier to play tennis” he said in an interview. 

The fact that players change rackets so seldom in mid-career allowed Federer to make a statement with his switch to the bigger head in 2014–he was effectively saying, “I’m not about to retire anytime soon,” and five years later he’s still at the top of the game. His shift to a larger frame in both 2002 and 2014 shows it can be done, but the player who makes a significant shift in the weapon they hold in their hand is still a rarity. The rule of thumb appears to be: if you’ve got to the top with it, it’s very hard to change it. 

Into the Game

© Gaëlle Grisard

Jouer au tennis, c’est s’en vouloir. S’en vouloir de ne pas avoir le coup droit de Federer et/ou le mental de Nadal, s’en vouloir de n’être pas fichu de passer des premières quand il le faut, s’en vouloir de ne pas avoir bossé tout cela plus jeune pour ne plus avoir à s’en vouloir : une culpabilité méta qui mène inexorablement vers un espacement des sessions de jeu, vers une appréhension à l’idée de servir, vers l’impression que nos matchs n’auront jamais la saveur ou l’intensité ne serait-ce que d’un StruffBerankis, et donc finalement vers ce choix si répandu chez les supporters de foot consistant à préférer regarder les matchs devant l’écran plutôt que de jouer. Là, confronté à la perfection technique de son canapé en skaï, l’amateur de tennis se prend à rêver : et si, lui aussi, malgré tout, était capable de tenir l’échange comme Nadal et Federer ? Devant l’exemple, il pense avoir tout compris, tout réglé. Et le désir lui vient alors de faire recorder la raquette pour aller taper la balle avec le premier gogo venu. Faute de partenaire ou de cordeur à proximité, ce désir devient frustration et le match opposant Seppi à Chardy aura raison de son enthousiasme, d’autant que ce têtu de Chardy refuse d’obéir quand il lui intime de servir extérieur. Quelle guigne. 

Ne baissez pas les bras. C’est là que le jeu vidéo de tennis trouve tout son génie en permettant au passionné sur le retour de réconcilier ses deux tendances de fond : une flemme terrible à l’idée d’enchaîner les doubles et une envie de jouer aussi puissante que le désir sexuel. Sans compter que le jeu de tennis offre aujourd’hui à celui qui y joue la possibilité de redorer la carrière de Gasquet ou de Dimitrov. Bref, c’est tout bénef, et ça fait un moment que ça dure. 

 

Au commencement, il y a eu Pong

Les jeux vidéo sont nés avec le tennis (même si l’honnêteté nous force à ajouter qu’ils sont également nés avec une boule jaune amatrice de pixels et poursuivie par des fantômes). En 1972, Atari sort Pong et permet à une génération entière d’imiter les volées-volées de McEnroe et Newcombe mais tout doucement, comme dira Bibi treize ans plus tard. Peut-on vraiment parler de jeu de tennis ? C’est sûr qu’en comparant avec les progrès technologiques futurs, il y a de quoi rire, d’autant qu’en guise de stars on avait droit à deux bâtons. Mais enfin, sur le papier, il s’agissait tout de même de gagner un échange en ne laissant pas passer une balle-pixel. Si ce n’est pas le principe même du tennis, c’est sans doute que je me suis trompé de sport (et cela expliquerait en partie ma propension à envoyer mes kicks dans la bâche).

Vingt ans plus tard sortait Super Tennis sur Super Nes, comme on disait à l’époque quand on voulait avoir l’air cool. Super Tennis était une révolution : sans aucune licence, ses concepteurs réussissaient l’exploit de représenter le top 10 en pixellisé (en omettant avantageusement les noms de famille des joueurs pour éviter toute poursuite judiciaire). Edberg, Sampras, Agassi, Korda, Lendl : ils étaient tous là, un peu râblés, comme passés en 16/9, pour le plus grand plaisir des vrais fans. Le jeu offrait la possibilité d’enchaîner les tournois en mode carrière et surtout de jouer en double (mais avec deux manettes). Pas étonnant qu’il ait recueilli des centaines de critiques positives à sa sortie, puisqu’il était tout simplement le premier vrai jeu de tennis digne de ce nom. Et sans doute la dernière occasion de jouer avec Novacek, vu que personne ne se souvient de Novacek. 

 

L’arrivée des licences

La même année, l’arrivée des licences modifiait profondément la simulation de tennis. Avec Andre Agassi Tennis, tout un chacun se retrouvait capable de jouer contre le plus chauve des chevelus… Enfin, il fallait en avoir envie. Pour défier Agassi, il fallait en effet battre tous les autres joueurs anonymes avec son propre joueur anonyme, histoire de déterminer « qui [était] le meilleur joueur du monde », comme le disait la com’ de l’époque. Hagiographie agassienne, donc, limitée à deux joueurs et au gameplay assez sommaire, mais qui a connu une seconde vie avec une sortie pour mobiles dans les années passées. Quoiqu’il en soit, le jeu marquait le début d’une ère nouvelle, les éditeurs de jeu cherchant à accrocher des sportifs célèbres à leur marque pour vendre leurs petits produits.

C’est dans ce contexte qu’est apparue la plus grande énigme tennistico-vidéoludique du siècle dernier : Yannick Noah All Star Tennis 99. Édité par Ubisoft pour aller concurrencer les licences américaines et japonaises, le jeu mettait en scène une partie des tops joueurs de l’époque, y compris du circuit WTA : on pouvait jouer Kuerten, Björkman, Philippoussis, Krajicek, mais aussi Jana Novotna et Conchita Martinez. Et donc Yannick Noah, retraité depuis belle lurette et dont on se demandait un peu comment il était arrivé en tête de gondole d’un jeu se voulant moderne (Pioline devait faire moins vendre, et ne parlons pas de Golmard). Des techniques stéréotypées et identiques pour tous les joueurs, des cris en veux-tu en voilà, des plongeons en pagaille, la possibilité de faire des matchs homme contre femme, et surtout de drôles de modes de jeu durant lesquels le court était recouvert de bombes prêtes à exploser à tout moment. L’ensemble promettant une authentique simulation reniant l’arcade. Comme une impression qu’on se fichait de nous, mais que voulez-vous ? Ce n’est pas comme si on avait une autre possibilité à l’époque de jouer avec Kuerten. Perso, pour tout vous raconter, je jouais avec Krajicek. Ne me demandez pas pourquoi, je serais bien incapable de l’expliquer. 

Toujours en 1999, une autre figure du tennis plus médiatique que performante attachait son image à un jeu vidéo : Anna Kournikova. Son Smash Court Tennis (il faudra un jour m’expliquer l’intérêt d’additionner des termes sportifs sans lien les uns avec les autres dans les titres des jeux) permettait de jouer à quatre sur Playstation et de se mesurer non pas à des stars des courts mais à des personnages emblématiques développés par Namco. Le plus étrange restait le mode « balles explosives » dont l’intérêt est encore aujourd’hui discuté dans tous les cénacles scientifiques. Bref, un jeu pas désagréable et qui permettait, à l’époque, de faire remporter des tournois à Kournikova, elle qui n’a pas été fichue d’en gagner un seul dans sa carrière.

Il y eut d’autres tentatives du genre : Pete Sampras Tennis (1994 puis 1996), aussi transparent que la personnalité de sa tête de gondole malgré une vraie qualité de gameplay (vraiment bien choisi, Pete Sampras) ; Arnaud Clément Tennis, version française d’une licence internationale sortie en 2001 ; et plus récemment Rafael Nadal Tennis, dont le charme nous échappe encore sur une Nintendo DS où il faut jouer avec un stylet.

 

Un tournoi, une marque

S’il n’est pas forcément le plus prisé de tous les Grands Chelems aujourd’hui, Roland-Garros est toutefois parvenu à imposer sa patte dans l’industrie des jeux vidéo. Entre 1997 et 2005, le tournoi a sorti tous les ans son opus, avec une courbe qualitative ressemblant drôlement à celle de la crise des subprimes : une augmentation constante et suspecte jusqu’à l’an 2000, avant l’effondrement. Selon les années, « Roland » disposait de joueurs plus ou moins cotés (Kuerten et Grosjean en 2002, Safin, PHM et Henin en 2003) et proposait un gameplay assez aléatoire. D’autant que pour jouer avec Kuerten ou Safin, il fallait s’accrocher en débloquant peu à peu les joueurs disponibles avec les (faibles) armes à disposition sur terre – Henman, Dementieva ou Todd Martin. Le jeu avait toutefois l’intérêt notable de distinguer les attributs des joueurs en les dotant de capacités plus ou moins puissantes au service ou en coup droit. Pas tout à fait réaliste, mais on s’en rapprochait.

Roland-Garros n’est pas le seul tournoi à avoir tenté le coup. Wimbledon s’est lancé en 1992 et l’Australian Open en 2018, avec des succès discutables. Pour concurrencer cette manne et donner un peu de visibilité à son circuit à une époque où il n’en manquait pas tant que ça, la WTA a également publié son propre jeu de tennis, Pro WTA Tour Tennis, en 2001. Mais à une époque où Henin, les Williams, Mauresmo ou Hingis dominaient le circuit, la WTA avait tout misé sur Jelena Dokic. Avec un gameplay catastrophique et aucun intérêt particulier, le jeu est passé sous les radars – à croire que je suis le seul à y avoir jamais joué.

 

E que s’apelorio Virtua Tennis 

Et puis enfin vinrent les messies – depuis le temps qu’on les attendait. Deux jeux concurrents, aux profils éminemment distincts et ô combien complémentaires : Virtua Tennis et Top Spin. Virtua Tennis était un jeu designé pour l’arcade. On rattrapait même des smashs de Philippoussis, on courait à droite à gauche et surtout on s’amusait. Le mode carrière était réussi et il n’en fallait pas plus pour donner envie de continuer à jouer en boucle, tout le temps, afin de débloquer tous les joueurs mystérieux que l’éditeur nous promettait, dont une espèce de super Borotra habillé en pantalon-pull Lacoste blanc, muni d’une raquette en bois, et qui s’avérait absolument indébordable. Suffisant pour nourrir des envies de suite : Virtua Tennis 2, World Tour, 3, 2009, 4 et Challenge allaient continuer de nourrir les envies des joueurs sur une dizaine d’années, sans apporter de changements radicaux dans le gameplay.

Pour concurrencer Virtua Tennis et donner satisfaction aux amateurs de simulation, les Français du studio PAM allaient sortir Top Spin, au gameplay proche mais profondément différent. La qualité des coups distribués dépendait du temps de préparation qu’on leur allouait (ou dont on disposait) et à l’aspect technique s’ajoutait donc la nécessité de jouer intelligemment en ne tentant pas, par exemple, un coup trop puissant en bout de course. Le jeu prévoyait aussi une barre de confiance inédite, laquelle permettait, une fois remplie, de donner dans le tennis champagne sans risque de se planter. Que d’Agassi–Sampras joués au meilleur des cinq sets ont vu cette barre de confiance enfler et se dégonfler sur le central de mon salon à télévision cathodique ! Je n’ai pas gardé les bandes, mais ça valait parfois des quarts de l’US Open. Comme Virtua Tennis, Top Spin s’est décliné en diverses versions, atteignant sans doute son acmé dans le volume 2 où, en plus de proposer des joueurs vraiment attrayants (Federer, Roddick, Haas, Blake, Hewitt, Grosjean, Venus Williams, Sharapova, Mauresmo, Davenport), les concepteurs avaient ciselé le gameplay pour en faire une véritable simulation difficile d’appréhension et hautement gratifiante. Le 4, repris par un studio tchèque, disposait aussi de trois licences de Grands Chelems sur quatre et bénéficiait de la présence du Big Four (en plus de Wawrinka et Roddick). Et puis avec Top Spin et Virtua Tennis, il était possible, pour la toute première fois, de jouer en ligne contre d’autres utilisateurs (et de se faire éclater par un Jim Courier coréen). Pour Norman Chatrier, joueur professionnel d’e-sport, animateur sur Game One et petit-fils d’un court central : « C’était ce qui se rapprochait le plus du jeu de combat en un contre un, avec l’adrénaline et le sentiment de tout avoir entre ses mains. Top Spin 4, c’était le plus grand jeu de sport du moment car il était réaliste et qu’on avait le sentiment que tout était bien retranscrit. » Un bonheur de courte durée. 

© Gaëlle Grisard

De la raréfaction du tennis sur consoles

De courte durée car, peu à peu et faute sans doute de ventes suffisantes, les éditeurs allaient se détourner des jeux de tennis au profit d’autres sports plus rentables. Wii Tennis et autres Mario Tennis peinaient à entretenir une flamme vacillante en privilégiant l’arcade et les facéties très nintendesques au jeu proprement dit. Encore qu’aux yeux de Norman Chatrier, Mario Tennis est probablement le seul jeu de tennis qui vaille le coup depuis plusieurs années : « Mario Tennis sur Switch est un vrai divertissement. Le côté arcade revendiqué fait le travail : on s’amuse. »

On se consolait en jouant à des jeux de tennis sur Internet, type ATP Tennis, digne des grandes heures de la Super Nes et qui, faute de licences, donnait au joueur la possibilité de choisir entre Fredever, Damvitrof ou Roanic pour le représenter à l’écran. Du moins jusqu’à l’annonce tonitruante de l’arrivée d’un petit nouveau, Tennis World Tour, finalement sorti en 2018 et assez décevant. Malgré un casting de haute volée (Federer, Dimitrov, Tsitsipas, Gasquet, Monfils, Goffin, Nadal – McEnroe ou Agassi pouvant être débloqués moyennant finances) et un système de jeu totalement repensé pour mettre en valeur les atouts mentaux des différents joueurs avec un système de cartes, Tennis World Tour ne permet pas de réellement s’amuser. Les erreurs de placement des joueurs sont innombrables, il est presque impossible de terminer un point à la volée, les animations sont affreuses et surtout la jauge de stamina, déterminante pour tenir le choc, s’effrite en un jeu pour ne jamais revenir à la normale. Sans compter qu’une simple erreur de manipulation lors du choix du joueur peut entraîner une véritable catastrophe lorsqu’on clique trop vite et qu’on se retrouve à manier Bautista-Agut. En réalité, lors de sa sortie, le jeu n’était pas tout à fait terminé. Mais faute de communication et accablé par la mauvaise publicité, il n’a pas réussi à convaincre ses détracteurs malgré les mises à jour. On pourra toujours remercier le Master 1000 de Madrid d’avoir organisé un tournoi virtuel entre vrais joueurs du tour sur son moteur au moment du confinement, tournoi d’ailleurs commenté par Norman Chatrier. Mais les matchs n’avaient rien de particulièrement spectaculaire. 

Le deuxième opus, sorti en 2020, tient mieux le choc. On apprécie l’arrivée du challenge et un meilleur gameplay. Mais on est encore loin du plaisir que pouvait nous apporter Top Spin. D’autant que l’aspect mental, véhiculé par un système de cartes rappelant tout à la fois l’UTS et la belote, n’est pas très facile à appréhender. Or, la pratique du tennis relève tellement du mental qu’il semble désormais indispensable de retranscrire cet aspect dans le jeu.

Malgré ces réserves, il sera tout de même intéressant de suivre le tournoi Roland-Garros eSeries by BNP Paribas, en marge de la compétition « IRL ». Disputé lors de cette quatrième édition sur Tennis World Tour 2 pour PS4, le tournoi devrait être de haut niveau puisqu’il bénéficiera de l’apport de la Team MCES, un club professionnel d’e-sport qui accueillera en son sein le vainqueur de la compétition. Des qualifications dans sept pays, une phase finale in situ… Dites donc, ça ressemblerait presque à un vrai Grand Chelem, tout ça. L’idée du tournoi est assez noble, puisqu’elle vise à repérer et à accompagner des futurs champions d’e-sport en leur donnant une visibilité internationale au-delà du titre plutôt plaisant de « champion du monde d’e-tennis ». BNP Paribas, la FFT et Team MCES comptent ainsi réaffirmer le lien intangible entre l’e-sport et le sport réel, et accorder une place grandissante à cette discipline qui gagne en popularité. 

Voilà une manière plutôt maligne de faire le pont entre le sport et le jeu vidéo puisque les épreuves et les ateliers d’accompagnement se dérouleront dans le stade de Roland-Garros. D’un point de vue tactique, on pourra également se réjouir de voir que la fédération et ses partenaires font le choix d’investir l’espace e-sport qui intéresse traditionnellement les jeunes, à l’heure où la plupart des études prouvent que le spectateur de tennis moyen est vieillissant. De quoi nourrir l’espoir d’un engouement partagé : en incitant les plus jeunes à s’intéresser aux jeux de tennis, on les oriente incidemment vers le tennis lui-même. Une spirale vertueuse, donc, qui ne doit pas faire oublier qu’il s’agit d’une vraie compétition avec de vrais joueurs qui sont vraiment bons : d’ailleurs, il est amusant de voir que les entraînements d’e-sport se rapprochent de plus en plus des entraînements sportifs. Il suffit de citer le recrutement à la direction sportive de la Team MCES du champion olympique Yannick Agnel pour s’en convaincre. 

Entre nous, il y a fort à parier qu’un bon Tsitsipas–Thiem virtuel diffusé en direct sur Twitch offre une intensité supérieure à celle d’un bon vieux CarusoBarrère sans public sur court annexe. D’autant que TWT2, s’il présente encore quelques limites comme évoqué précédemment, a le mérite de proposer un compromis intéressant entre simulation et spectacle. Ce n’est pas toujours le cas d’un CarusoBarrère et certainement pas le cas de toutes les licences actuelles. 

En l’occurrence, Tennis Elbow, la simulation de tennis ultime développée par Mana Games pour PC, est d’une complexité infinie, avec sa communauté de fous furieux qui ont développé une base de données gargantuesque de joueurs actuels et passés. Des techniques reproduites à l’identique, une trajectoire de balle limpide : rien à dire, c’est magnifique. Malheureusement, le jeu souffre d’un moteur graphique un peu passé et, surtout, de sa difficulté. Après des heures et des heures de jeu, votre pauvre serviteur continuait à perdre sans réellement que le tableau d’affichage ne souligne sa progression. Certaines parties de Tennis Elbow, filmées et rediffusées sur YouTube, ont l’air de vrais matchs. Pas étonnant, donc, que le jeu soit humiliant : si l’on se trouvait face à un vrai joueur professionnel sur le vrai court dans la vraie vie, on ne ferait pas longtemps le malin.

Le problème tient à ce que le tennis a perdu en popularité auprès des jeunes. Aucun studio solide ne semble aujourd’hui décidé à lancer une licence en sachant qu’elle sera infiniment moins rentable que les jeux de football. Restent quelques jeux sympathiques disponibles sur smartphones, à commencer par Tennis Clash, le premier jeu dans lequel les joueurs de tennis sont habillés comme des fans de Tokio Hotel. Mais ces jeux sont tournés vers la dépense permanente de l’utilisateur qui, pour progresser, n’a d’autre choix que de faire chauffer sa carte bleue afin d’obtenir du matériel de meilleure qualité. Toutefois, la possibilité de jouer contre des humains un peu partout dans le monde est un vrai plaisir – de fait, s’il y a une chose que les CPU nous ont enseignée, c’est que servir extérieur et venir conclure à la volée permet globalement de ne jamais perdre un point de service.

Norman Chatrier regrette tout à la fois qu’il n’y ait pas aujourd’hui de tournoi professionnel organisé sur Mario Tennis et qu’aucun studio ne parvienne à créer le FIFA ou le Football Manager du tennis, mêlant vrais coups, bonnes sensations, beaux graphismes et obtention de toutes les licences de joueurs et des tournois. La solution pourrait venir de la réalité virtuelle : pour Norman Chatrier, elle bénéficierait à tous les jeux de sport. Le test d’un jeu à Roland-Garros a permis d’attirer des foules de curieux qui n’étaient pas forcément sensibilisés aux jeux vidéo. Mais pour le moment, la VR reste un gadget très cher à exploiter. 

 

… à son renouveau programmé

Nous aurions pu achever cet article sur une note incertaine, marquée par l’inquiétude de ne voir aucune perspective viable émerger d’une nouvelle licence dans un futur proche. C’était sans compter sur l’arrivée prochaine d’un certain Tennis Manager. Avec près d’un million et demi de joueurs convertis à leur premier opus sur mobile – ce qui, il faut l’avouer, est remarquable pour un jeu de coaching et de stratégie –, on peut s’attendre à une belle surprise de la part du jeune studio français Rebound qui prépare une version PC pour l’été 2021. Force est de constater, après quelques heures à jouer sur la version privée, que la proposition est proche du phénomène culturel Football Manager en termes de complexité et de profondeur. De quoi passer un nouveau confinement serein. Au lieu d’être manager d’un club de foot, on marche ici dans les pas de Bollettieri ou Mouratoglou : création d’une équipe pro, entraînements adaptés, scouting des futurs talents (5 000 joueurs reproduits depuis les juniors de quatorze ans et une armada de statistiques), conférences de presse, gestion des sponsors et des finances sous la pression du board… Tout y est. L’interface soignée est très inspirée de FM. Le match engine semble très solide et, pour une immersion garantie, le jeu propose une option de match 3D qui donnerait presque envie d’aller prendre sa manette ! Ici pas de « x » pour courir ou de « o » pour taper plus fort, mais une infinité de choix tactiques que le manager pourra dispenser à son joueur depuis le box : prendre des risques sur une deuxième balle de Karlovic, pilonner le revers de Roger à coups de lift de gaucher ou abuser d’amortis à la Gaston pour faire dégoupiller l’adversaire. Voilà une approche rafraîchissante, d’autant que Tennis Manager offre un terrain infini pour raconter des histoires, en bon jeu de gestion. On attend avec impatience les streams croustillants de La Monf’ et des autres Mousquetaires qui tenteront sur Twitch d’aller chercher le Grand Chelem qui leur manque. Voilà de quoi nous passer du baume au cœur avant l’arrivée un jour de la VR ou d’un Top Spin du futur. 

En tout état de cause, nous ne mourrons pas de ne pas revoir de simulation exceptionnelle sous peu, comme nous ne mourrons pas de ne peut-être plus assister à une victoire de Federer en Grand Chelem. En fait, nous ne mourrons de rien à part d’une forme de lassitude de nos cellules grises qui finiront par jeter l’éponge. Mais d’ici là, et avec le développement de la VR, on espère pouvoir très rapidement casser sa télévision grâce à un passing bout de course un peu trop enthousiaste. 

 

Article publié dans COURTS n° 11, printemps 2021.

Chris Evert

Elegant Icon, Influential Legend

© Art Seitz

There are few players that continue to epitomise elegance, grace tied together with a steely determination, more than Chris Evert. Her achievements need no introduction–eighteen Grand Slam singles titles, three doubles titles and the year-end World No. 1 1974-1978, 1980-1981–and one half of one of the most enduring, if not the most iconic, tennis rivalries of all time. 

Like so many players, she began taking tennis lessons early, and was quickly seen to be prodigious. We look at the super-teens of today but we should not forget Evert was making her Grand Slam tournament debut at 16, receiving an invitation to play at the 1971 US Open. She was on a staggering 46-match winning streak through junior and professional events before she finally lost to Billie Jean King in the semi-final. 

This was no wonder-streak of a precocious youngster–just two years on she would finish as the runner-up at both Roland Garros and Wimbledon before winning them both in the following year, again on a winning-streak. Evert also had the accolade of being the first No. 1 logged when the WTA introduced their computer ranking system. In 1975, Wilson designed the “Chris Evert Autograph” racket, specifically designed to meet the needs of players looking for more head maneuverability and a more flexible shaft, giving the player increased power on their shots. 

She belonged to the United States of America, but endeared herself to fans globally, none more so than “over the pond” in the United Kingdom, after marrying John Lloyd. 

There are so many accolades, achievements and records to dip into, but the biggest thing that stands out is the epic on-court rivalry with Martina Navratilova. At a time when Evert was dominating the women’s game, her steely demeanour saw her initially have the advantage. As the 1980s rolled around, however, Navratilova in particular honed her game and her fitness, as racket technology also made steady progress. At the close of their rivalry it was Navratilova who finished ahead 43-37, with a 10-4 record in Grand Slam finals. 

But what made this elegant icon an influential legend for the players that grace the court today? 

A style moulded in clay, a temperament in ice. 

Evert was one of the classic baseliners of her time–with depth and shot placement being her forte. Her style of defensive play and her impeccable footwork would ensure that the ball was kept deep and saw her dominating the women’s game with her ability to make very few unforced errors. She possessed a calm but steely focus on court, which earned her the nickname of “The Ice Maiden.” 

She ruled all the courts in time, but it was on clay that she dominated all before her. We might marvel at winning streaks when they hit double-figures now, but in August 1973, she won 125 straight matches, losing just eight sets. She set benchmarks that even the men had to aspire to break–with her record of seven Roland Garros titles being overtaken by Rafael Nadal in 2013. 

The game may have moved on in the 1980s, but Evert’s passion for players to bring out the best in themselves has never wavered. Evert took it upon herself to write an open letter to Serena Williams in 2006, urging her to consider her “place in history” and arguably has helped give the world one of the greatest tennis players of all time. More than that though, Evert is a lover of the sport, and you only need watch her interactions with the stars of today to see what we mean: her reverential bow to Naomi Osaka, crowned with her first US Open title in somewhat chaotic circumstances; a tweet to a distraught Donna Vekic who had just lost in Nottingham in 2019. 

Her insights on matches can be heard in commentary, especially at the majors–and the sport is all the better for it. 

Evert continues to be the guiding hand on the shoulders of young players coming up through the sport–backed up with the achievements many can only dream of. From those that have perhaps just a couple more steps to go to achieve their own legendary greatness, to those just starting to collect Slams and year-end No. 1 accolades–Evert will continue to shine as both an elegant and influential icon. 

Stefan 

The Classy Gentleman

© Ray Giubilo

Calm, controlled, measured. Blond hair, blue eyes, permanently bronzed skin. Likeable, understated, courteous. An unassuming Swede with a quiet charm and perfect English. Always with Adidas and Wilson even today-a sponsor’s dream. The perfect foil to his nemesis Boris Becker. Mothers and grandmothers loved him. A “gentleman player.”

But underneath all that was in fact a tennis player of quite remarkable tactical aggression. He didn’t play tennis by trying to win a baseline war of attrition like other Swedish players such as Björn Borg and Mats Wilander, the defensive kings, the counter-punchers. 

No, Edberg was the prince of offensive tennis. A serve and volley maestro. A fast-court fast finisher. That huge kicking serve of his devised purposefully to draw a short or high return from his opponent so that he could spring into action with a first, surgical volley. And then there was that single-handed backhand. It was a thing of such fluid beauty, with which he could either goad an opponent with slice or laser the ball with topspin. Playing Edberg was much like playing John McEnroe: death by one thousand cuts. No vulgar hammer blows but the opponent covered in his own blood. 

In some ways, he was therefore not a gentleman player at all. Edberg killed off opponents with quick points, making adversaries look slow, out of position and vulnerable. That knee-bent, clenched-fist celebration he broke into was a smack in the face to the guy on the other side of the net. It wasn’t intended to be of course, but it was. We saw it many times on his way to a track-record that includes 41 singles titles with 6 Grand Slams and 4 Davis Cup wins for Sweden. He was World Number 1. In total he won 3 of every 4 singles matches he played. 

Then fast forward twenty years from his quiet retirement in Sweden where he became a seriously good squash player. In 2014, in what was yet another stroke of genius by the other “gentleman player” Roger Federer, Edberg’s services were called on to help him develop a more aggressive game with shorter points as Roger entered his thirties. Watching them hit together, swinging their Wilsons on the practice courts of Indian Wells, is the best twenty minutes you’ll ever spend on YouTube. It is the epitome of “classy tennis”. The rhythm with which they hit the ball together is mesmerizing and metronomic. And remember, Federer is practicing with his boyhood idol who had become his coach-the stuff of Roger’s childhood dreams no doubt. 

It was in their time together that Federer made some changes to his game. He introduced us to the “SABR”, the “Sneak Attack By Roger” when he suddenly advances to the service line for a snatched return of his opponent’s serve. It was an all-new tennis stroke. Others have since copied it but never with the same panache or effectiveness.

More significantly though, it was also in their time together that Federer switched to playing with a new racket. Both men had learned their craft using Wilson Pro Staff rackets with small 85 and 90 square inch head sizes, and both men had found high-bouncing clay courts the most challenging surface (Edberg, like Sampras who used the same racket, never won Roland Garros). Under Edberg’s stewardship, however, Roger helped develop Wilson’s Pro Staff lineage by specifying a more modern 97 square inch head size for his new signature racket. His switch to what became known as the Wilson Pro Staff RF97 Autograph had the tennis world chattering and it is already in the bracket of iconic tennis rackets. The quiet Swede’s hidden influence was visible for us all to see as Roger was then able to ramp up his own brand of aggressive tennis, rejuvenated and with an improved, even more reliable backhand for good measure. 

When the Edberg/Federer coaching relationship came to an elegant end in 2015, having accomplished what he set out to do, the Swede returned to the place where he seems most comfortable, out of plain sight. No cameras, no fanfare, just the occasional appearance here and there. How very “Edberg” of him. 

So what’s his legacy? There is a lot to say about that but perhaps it can be distilled into two very important codes which don’t just apply to tennis. 

First, let your skills and talent do the talking, not your mouth. In open era tennis, Edberg, with Steffi Graf from the women’s game, are best-in-class examples of players who followed that code. 

Second, nice guys don’t always finish last. If you unpack that sentence and think about what it really means, it’s the legacy we should all aspire to leave behind. 

Pistol Pete

Australian Open 2001 © Ray Giubilo

When Pete Sampras eked past Pat Rafter in four tough sets to win his 13th slam title at a rain-ravaged Wimbledon in 2000, it was difficult to overstate the enormity of the moment. The wait for Sampras to usurp Roy Emerson and claim the title of all-time slam record holder had been long and fraught. For 12 years, Sampras had dominated men’s tennis in a way that had never been seen before. 

Everything great Sampras achieved began with the delivery. From the way he bowed his head forward, readying his lethal aim, to a second delivery that was nearly as good. Behind the most devastating serve in sport, he constantly moved to the net and ravaged opponents with his running forehand. His success championed the rise of the Wilson Pro Staff, as fans rushed to buy it in the hope that some of his magic would rub off on them. Alone on the court, in some of the most pressure-filled moments an athlete can face, his blood ran cold. Tennis has the ability to drive its subjects mad, but for over a decade he made tennis look easy and his demeanor suggested that it really was. 

For much of the ‘90s, Sampras’ greatest rival was Andre Agassi, an equal in talent and by far his superior in bombast and celebrity. Together, they produced one of the great sporting spectacles, but even their battles were deceptive. 

Their games seemed to present the perfect contrast. Not the typical fire and ice, but two aggressive players tearing the opponent apart in completely different ways. Agassi owned the baseline and his return, Sampras served flawlessly and flitted to forecourt at every opportunity. They were built up as equals, but after their final match, when Sampras surprised the world to capture his 14th slam title at the 2002 US Open, Sampras left with a 20-14 lead in matches, 6-3 in slam events and with 14 slam titles to 8. Pete Sampras had no equals. 

After his victory at the 2002 US Open, as he spoke of the adversity he overcame and his refusal to listen to the press as they wrote his career obituaries, Sampras was asked about the future of his seemingly impregnable record. He shrugged. 

“Time will tell if it will be broken,” he said. “I think in the modern game, it could be difficult. It’s a lot of commitment, a lot of good playing at big times. You know, it’s hard to see one guy or three guys that I see maybe doing it. It’s possible. I mean, the next person might be eight years old hitting at a park somewhere around the world. You never know.” 

© Antoine Couvercelle

Three slams after Sampras’ final US Open triumph, Roger Federer won his first Wimbledon. Nobody could have imagined that as Sampras relaxed and enjoyed his retirement, the rare times he resurfaced in front of big crowds would be to watch in person as Federer, then Rafael Nadal, and then Novak Djokovic eclipsed his records with seeming ease.

The luster of legends always fades a little with time. Human beings forget easily. The current era of men’s tennis has accelerated that process, redefining the record books and completely altering how the sport, and what is possible within it, is seen. 

It sometimes seems like the memory of Sampras’ playing days was most affected by the rise of the big four, because they arrived so soon after his premiership ended. But it is important to never forget the Greek-Jewish American who had the audacity to play how he played and do what he did, a player so great that he was able to engineer the greatest curtain call, defeating his truest rival one last time in the final of the US Open before departing into the night and never looking back.

Stéphane Houdet

« Je suis un joueur de tennis recyclé ! »

© Circle

Curiosité sans borne, goût pour l’innovation et engagement au-delà du sport, le champion de tennis en fauteuil Stéphane Houdet et la marque française de vêtements de sport éco-responsable « circle » se sont bien trouvés. Le porte-drapeau de la délégation française aux Jeux Paralympiques de Tokyo (24 août au 5 septembre), revient pour Courts sur cette collaboration et sur ses objectifs raquette et… pinceau en main. 

© Circle

Qu’est-ce qui vous a séduit chez circle ?

Le plus important c’est d’utiliser des vêtements avec des matériaux recyclés, de s’inscrire dans une économie vertueuse, mais aussi d’avoir des produits de très haute technicité pour la pratique du tennis. Avec Romain Trebuil, le co-fondateur de circle, c’est aussi le goût du détail qui nous a unis. J’ai apprécié le positionnement discret du logo, un peu comme sur une chemise sur mesure. Pour moi, l’élégance c’est de ne pas mettre trop en avant la marque mais plutôt de la deviner, comme dans la haute couture. Et puis le look c’est aussi important sur le court. Quand tu te trouves beau, tu es plus à l’aise pour t’exprimer.

 

Circle propose un nouveau modèle dans une industrie du tennis qui semble un peu en retard au niveau de l’engagement pour l’écologie…

Je pense que c’est en train de changer. Il y a beaucoup de joueurs qui échangent avec circle car ils sont déterminés au changement. Certains agents de joueurs sont prêts à lâcher des gros contrats avec des marques qui ont une mauvaise image, pour véhiculer une proximité avec les valeurs de l’écologie. Cette surconsommation qu’on a créée s’applique aussi au tennis, elle rend nos vêtements très éphémères. On a tous aimé acheter la tenue de Roland-Garros, puis celle de Wimbledon et puis celle de l’US Open. D’une semaine à l’autre, la tenue devient obsolète, et ce n’est pas un bon exemple. C’est un thème qui m’est cher, car je suis moi-même un joueur de tennis recyclé qui jouait auparavant sur ses deux jambes et qui joue maintenant dans un fauteuil.

 

Vous avez été choisi pour être le porte-drapeau de la France lors des Jeux Paralympiques de Tokyo, comment abordez-vous ce rôle ? 

C’est un honneur d’avoir été plébiscité pour ce rôle. Pour moi, c’est important que ça vienne des autres. C’est un témoignage de reconnaissance par rapport à la nation, une responsabilité par rapport à l’équipe de France. Je dois emmener vers la performance. 

J’aime l’idée de pouvoir, par mon expérience, donner du recul sur l’événement tout en restant performant. 

 

Au Tokyo, vous allez défier sur ses terres Shingo Kunieda, le joueur le plus titré de l’histoire de la discipline, c’est un peu le défi ultime qui vous attend ?

Aujourd’hui, je sais que je peux encore battre tout le monde. J’ai battu le vainqueur de l’Open d’Australie Joachim Gérard lors du tournoi du Touquet. Ce qui est dur, c’est de battre trois très bons joueurs de suite, le niveau a augmenté. J’ai déjà battu Kunieda dans le stade olympique lors d’une Coupe du monde par équipe il y a quelques années. J’ai en tête les images de ce match qui était télévisé, avec pas mal de public. Shingo Kunieda est une grande star au Japon. Tous ses matches sont diffusés à la télévision et il y a même un dessin animé qui lui est consacré. Je pense d’ailleurs, qu’en tant que son rival, je suis plus connu au Japon qu’en France. 

 

« Au lieu de parler de sport, on parle de handicap. »

© Circle

Vous êtes assez critique avec le traitement médiatique qui est fait du tennis en fauteuil, comment l’améliorer ?

Au lieu de parler de sport, on parle de handicap, c’est le problème. Le sport est un vecteur de communication, il doit gommer les différences, il a toujours fonctionné vers l’inclusion, vers le tous ensemble. On peut parler des différences, mais il faut avoir une approche sportive, avec les codes du sport. Pour faire connaître une discipline, il faut qu’il y ait des champions et qu’on raconte leur histoire. Donc c’est très simple en fait. C’est ce qu’on a fait avec Oscar Pistorius, c’est ce que font les Japonais avec Shingo Kunieda et c’est ce qu’on pourrait faire en France. Les gens sont friands d’histoire et il y a parmi les athlètes handisport des parcours qui sont incroyables. Il faut prendre ce parti pris. La différence, c’est extraordinaire. La différence c’est la vie. 

 

Vous avez côtoyé de près toutes les grandes stars du tennis, quelles sont les rencontres qui vous ont marqué ? 

Oui j’ai pas mal d’anecdotes sympas. Un jour, à l’US Open, je croise Roger Federer qui me dit : « Tiens Stéphane, j’ai pensé à toi quand j’ai appris que j’allais à nouveau avoir des jumeaux. Tu es la seule personne au monde que je connais qui a deux paires de jumeaux. » Je lui ai répondu : « Il faut qu’on crée l’association des vainqueurs de Grand Chelem père de paires deux jumeaux. » (Rires) Rafa Nadal, quand il revient de blessure à l’Open d’Australie 2017, vient me taper sur l’épaule dans les vestiaires pour me dire qu’il est trop content de me voir. Benoit Paire est venu regarder un match entier de tennis en fauteuil à Roland-Garros. On s’est ensuite retrouvé sur un plateau de radio et Benoît commence à faire un récit d’expert sur le tennis fauteuil. Il connaissait parfaitement le sujet.

 

« J’ai déjà peint plusieurs œuvres pour les prochaines affiches Roland-Garros »

 

Un mot pour finir sur votre passion pour la peinture, est-ce que le tennis fait partie de vos sources d’inspiration ? 

Le début de mon histoire avec l’art, c’est d’abord plutôt en tant que consommateur. Et puis je me suis mis à faire des toiles abstraites, le confinement m’a beaucoup motivé. J’ai déjà peint plusieurs œuvres pour les futures affiches Roland-Garros : 2028, 2035… Je ne les ai pas proposées pour l’instant. Les empruntes qu’on laisse sur un court en terre battue avec notre fauteuil donnent des effets visuels très inspirants. Je m’étonne du beau qu’on peut créer avec ces traces éphémères qui rappelle que nous ne sommes que de passage. Quelle trace est-ce qu’on va laisser ? Mettre ça sur une toile c’est une manière de transmettre. On est loin du tennis là…

Romain Trebuil, co-fondateur de Circle : « Former les joueurs aux enjeux environnementaux »

« Avec Stéphane nous avons mis un premier pas dans le tennis professionnel et on aimerait se développer. On commence à discuter avec certains joueurs. Il faut trouver un bon équilibre, que les joueurs puissent continuer à financer leur carrière avec le sponsoring et qu’on puisse les accompagner, les former aux enjeux environnementaux et à l’économie circulaire. Il y a deux catégories de joueurs particulièrement intéressés : les plus jeunes qui ont se préoccupent beaucoup de la question environnementale au quotidien. Et puis ceux qui sont plutôt vers la fin de leur carrière, qui ont vu l’évolution de leur sport, et qui ont des engagements personnels. Circle existe depuis seulement un an, donc c’est fantastique d’être déjà en contact avec des joueurs de ce niveau. »

Romain CEO & Founder © Circle

Champions au rayon promotion

Depuis tout petit, je suis passionné de tennis et de publicité. Deux disciplines assez éloignées en apparence mais qui ont en commun d’être toutes deux centres d’attention et théâtre de créativité.

Au fil des années, je me suis mis à collectionner toutes sortes de réclames en lien avec mon sport préféré. Je vous en offre une sélection en exclusivité pour Courts, en commençant par les pubs mettant en scène les champions. Si on s’attend à ce qu’ils monnaient leur image pour promouvoir leurs sponsors et leurs équipementiers, nous allons voir dans ces quelques pages qu’ils se sont souvent associés à des produits sans aucun rapport avec leur sport ; les marques jouant à fond sur leur pouvoir de recommandation. On dirait aujourd’hui qu’ils sont des « influenceurs ». Ils vendent du rêve sur le terrain tandis qu’en dehors ce sont plutôt des montres, des boissons, des automobiles, des produits laitiers, des produits de rasage ou, plus étonnant encore, des alcools et des cigarettes !

J’aime particulièrement le parfum de nostalgie qui émane de ces réclames et le reflet des époques qu’elles illustrent. Petit diaporama subjectif d’images saisies à la volée.

30s aux 60s

1930s 

Bill Tilden : « je fume Camel depuis des années », explique sans complexe le champion toujours pas à bout de souffle à 42 ans.

1937

Fred Perry, mousse à raser Williams.
La mode n’était pas encore à la barbe épaisse façon Benoit Paire.

1948

Bobby Riggs : on l’avait découvert misogyne et provocateur dans le film Battle of the Sexes, on le découvre également clopeur compulsif et autosatisfait dans la publicité. « Je suis fumeur de Chesterfield. C’est une bonne cigarette et je l’aime. »

1957 

Jack Kramer a besoin de jus d’orange surgelé… pour reprendre des forces et ne pas tomber en carafe.

Pendant ce temps-là, Pancho Gonzales boit une bière Blue Ribbon entre deux parties. Une pub qu’on ne pourrait plus voir aujourd’hui…

1958 

Jack Kramer, quand il a fini son verre de jus d’orange, utilise une voiture de location pour se rendre sur les tournois − et il la gare sur le court : on ne s’embêtait pas à l’époque.

1959 

Donald Budge : sa télé est la seconde chose la plus importante qu’il possède (après son Sullivan Memorial Trophy d’athlète de l’année, qui marque la réalisation de son Grand Chelem).

70s  

1978

Chris Evert : de toutes les coupes remportées dans sa carrière, celle-ci est certainement la plus belle.

1978

Arthur Ashe vante les mérites de son service… militaire !

1970

Nick Bollettieri (sans ses lunettes de soleil !) est déjà à la pointe des techniques de coaching avec son studio mobile Panasonic.

1979

John Newcombe : « Les winners choisissent un appareil photo de winner. »

1970

Rod Laver est l’un des meilleurs dans ce qu’il fait… comme l’entreprise Katz qui est aussi la meilleure en tout, sauf en modestie apparement.

1979

John Newcombe, aka « Big Newk », est dingue des bottes de chez Dingo qui « vont avec tout… sauf quand même avec des shorts de tennis », précise la pub.

1977 

Björn Borg en véritable sex-symbol, pose de profil, rêveur et regard tourné vers l’horizon, puis torse nu pour les jeans Lois. 

1973

Adrianno Panatta se fait mousser lui aussi, mais dans son bain (Brut de Fabergé).

1978

Vitas Gerulaitis, l’autre playboy du circuit, pose devant sa Rolls pour les parfums Brut : « Sous son costume Saint Laurent, sa chemise Cardin et son t-shirt Dior, Vitas met du Brut. »

Et si « Ice Borg » a besoin de se rafraîchir, il s’envoie un Canada Dry… bien glacé !

1980

Björn Borg : « Parce que le soleil peut vous servir une boule de feu… », mieux vaut utiliser la crème solaire PreSun.

80s  

1980

Stella Artois / Queen’s Championships. Illustration de Mike Terry, avec Pat Cash, Ivan Lendl et John McEnroe. Un tournoi longtemps sponsorisé par une bière, les joueurs n’ont pourtant jamais été payés en liquide.

1980

Michelob, la marque de bière, va organiser des matchs d’exhibition en embauchant des stars telles que Roscoe Tanner ou Dennis Ralston.

1980

« Les Supersuédois en action » : Björn Borg, qui carbure à fond en 1980, est comparé à une puissante cylindrée Saab.

1985

Yannick Noah joue en jean (C17) dix ans avant Andre Agassi et ses fameux shorts de la même matière.

1986

Guillermo Vilas : ça gaze pour lui à Roland-Garros puisqu’il y atteint les quarts de finale. 

1983

John McEnroe se « montre » une fois de plus fidèle à sa réputation (Omega Watches).

1984

Swatch : « La montre qui fait sourire Ivan Lendl. » Et ce n’est pas une mince performance.

1985

Yannick Noah court en caleçon sur la banquise pour la ligne de soins corporels Sport Line dans : incroyable mais frais !

Nastase à Roland-Garros : « Ilie va en Vespa », et comme toujours, il roule des mécaniques !

1987

Helen Keles : la numéro un canadienne fait fureur en fourrure. Fou rire garanti.

1984

Martina Navratilova et les machines à écrire Silver Reed. « Essayer de faire tourner un business sans une Silver Reed, ça serait comme essayer de gagner Wimbledon sans raquette. »

1988

Steffi Graf et son Opel avec toit ouvrant : bienvenue dans l’ère « open » !

90s  

1990

Boris Becker : « R’activ est actif » et rien de mieux que le fist-pump rageur qui suit un point victorieux pour en démontrer l’effet euphorisant.

1990

Andre Agassi en Ray-Ban, moumoute au vent dans sa periode « image is everything » !

1992

Jimmy Connors, le joueur de tous les excès… de sucre y compris ? Ce qui ne l’avait pas empêché pas d’aller en demi-finales de l’US Open l’année précédente, à 39 ans !

1993

Stefan Edberg : « Parfois, je rêve d’elle la nuit. Elle a une taille fine. Mais un profil assez distinctif. Oui, et des ailes. Mais elle n’est pas un ange. Elle est… eh bien, laissez-moi le dire ainsi : je l’aime bien. Aux brocolis. Je parle de Farfalle de Barilla. »

1995

En mode pirate avec Pepsi Max, Andre Agassi nous incite à « vivre la vie au maximum » (mais avec un minimum de cheveux depuis qu’il s’est rasé).

1996

Gabriela Sabatini et Pete Sampras, puis Serena et Venus Williams en 2000. Saga publicitaire pour les produits laitiers qui a mis en scène tous les principaux joueurs de l’époque…

1998

Avec Boris Becker, Tag Heuer tente un parallèle entre la force mentale du champion allemand et la solidité de ses montres. Tant que les aiguilles font tic-tac et pas boom boom…

90s

Andre Agassi dans les années 90 : y’a pas photo, c’est lui qui a le look le plus « Canon » !

2000s à nos jours 

2002

Du beau linge dans cette pub de lessive avec Tim Henman : « Ariel vous sert du blanc de haute volée. »

2000

Anna Kournikova : « Seule la balle doit rebondir », dit-elle dans cette publicité pour les soutiens-gorge de maintien Shock Absorber de Berlei. Hélas, sa carrière n’a pas connu de rebond non plus.

2005

Yannick Noah en Sloggi : « Trop bien la vie ! »

2007

Steffi Graf et Andre Agassi pour Louis Vuitton : « Y a-t-il plus beau voyage que l’amour ? » En tout cas, ils ont fini leur carrière de globe-trotteurs la valise remplie de trophées.

2006

Boris Becker compare le central de Wimbledon à son salon, pour la bière König Pilsener. Tant qu’il ne fume pas la moquette…

2008

Fred Perry en sueur pour evian : « L’autre eau officielle de Wimbledon. »

2008

Roger Federer pour Rolex : « sans aucun rival », sur le court comme au niveau du brushing.

2010

Agassi se livre… dans une pub Indienne pour la chaîne de librairies Ideas Books.

2010

Maria Sharapova en mode bébé pour evian… Elle a pris de la bouteille depuis ?

2013

Stan Wawrinka pour la sécurité routière suisse : « 200 km/h uniquement au service ! » Sur la route, il se tient à carreau, comme son fameux short.

2017

Lucas Pouille et evian : « Live Young. » Rien à voir avec Donald Young qui lui n’est plus si jeune.

Article publié dans COURTS n° 7printemps 2020.

Winner Takes All

© Wartski & Company
© Wartski & Company

It had never even occurred to me that a tennis trophy might have any of the beauty of the sport itself. 

After all, good tennis depends on efficiency, lightness, grace. The gold-plated vessels—are they funeral urns, punch bowls, receptacles for your odiferous socks?—you will be handed as a tournament winner are the exact opposite of the strokes you have executed and the footwork with which you have glided as swiftly and effortlessly as Fred Astaire. These trophies are heavy, visually and physically, and they exult in the gratuitous. This, it seems, is the way it is supposed to be, no questions asked. “Celebrate athleticism with pomp; use drumrolls to congratulate the lyrical lightness of the flute.” The contradiction has become the norm.

You may say quite rightly that I am writing with the perspective of a groomsman, the guy on the sidelines looking on with a certain envy. I grew up in a house where there were shelves and shelves of trophies—large ones, mostly—almost all for golf. My parents placed my measly prizes for tennis with respect, but the little cups for victories along the lines of “runner-up for member-guest mixed doubles” were modest offerings next to the hideous hole-in-one trophies with the very same golf ball that had landed in the cup straight from the tee now held in place for all of time in an open circle within a large and flowery “1”. Maybe if I were living my fantasy as a young buck being given the gold for winning yet another grand slam title, or even as a winner of a Senior’s prize at Monte Carlo, I would only look at those overstated trophies awarded to the champions as things of total beauty. 

Not so. The trophies given just about everywhere—from Roland Garros and Wimbledon to small tennis clubs in America’s loveliest summer watering holes (those resorts on the coast of Maine with a half dozen red clay courts and a small clubhouse covered in white clapboards from which the paint is slightly peeling at the end of August before the winter refurbishment that will counteract the effect of the salty sea spray brought in by ocean winds) and rustic camps deep in pine forests where a single court in old macadam is the scene of the annual competitions—are always, as if the gloppiness is requisite, over the top. 

Why must this be? A well-executed serve is, after all, the essence of form refined for maximum function. The toss is launched to rise elegantly to a pinpointed target, at which point it should hover like a hummingbird for a micro-moment while the sweet spot of the racket strings makes contact to send it on the perfect trajectory to the spot in the opponent’s service box where, ideally, it can escape or at least render inutile the response. This is perfect engineering, imbued with total leanness and grace. In art, it would be Brancusi’s Bird in Space, not a Rococo altarpiece with filigree and cherubs making it impossible to rest the eye. So why are the trophies awarded for the meticulousness and Zen-like resolve requisite to winning a tennis match those hodgepodges of gold-plated handles and garlands and wreaths that these objects almost always are? Why are they not understated and gracefully proportioned to echo the purity and weightlessness that are the imperatives of good tennis?

 

Until a recent chance event, I never even questioned the idea that the players who fight their way through match after match and win the tournament would be given anything other than one of these garish extravaganzas. 

Of course, the incongruity of their being awarded is notable to all. The players stand there, soaked in sweat, their well-trained bodies pushed to a point beyond human exhaustion, while the Duke and Duchess of Fancy-on-Costly stand there in impeccable, old-fashioned clothes. They wear the garb of the rich who would not dream of being fashionable; those blazers and flowered dresses that have not changed in half a century suggest the same effortless stature invoked in their ancestral mansions. These “nobles” embody pageantry that seems beyond challenge: the exact opposite of what it took for the winners to be victorious at match after match and finally take the finals.

Yet the presentation of those aesthetically hideous trophies, many resembling everything from Renaissance banqueting objects to ancient sarcophagi, by people who look as if they would use them to serve their turtle soup the rest of the year, seems to be an essential part of the pageantry of tennis—even if all the fluff and unnecessary expenditure of energy is the antithesis of what makes a great tennis player great.

Why is something so dependent on inner strength rewarded with something that coasts solely on the appeal of its surface? It is hard to know, but the incongruity is universal. The bigger the piece of hardware, the better. The more hideous, the more glorious. So it has always seemed.

This was until this past January. I was walking up London’s St. James’s Street, in the heart of Mayfair. The windy winter rain was perpetually changing its mind about whether to push me from behind or try to halt me by pushing full force into my face. Turning to the side for shelter, I was caught by a window of objects by Peter Carl Fabergé. 

The Russian court designer has always been one of my favorite craftspeople of all time. The capacity to be luxuriant and supremely tasteful at the time, and to execute small bejeweled objects, not just with phenomenal technical skill but also with unprecedented imagination, is rare. Fabergé’s skills and fantasies were such that he not only served the goals of the Romanovs and their court, but he made it its irresistible style. The last czars and czarinas lived in a world of material plenitude that was above all tasteful, exquisite, and never vulgar. The serving trays and Easter eggs and sword handles that Fabergé and his workshop provided for their daily existence embody genuine skill and visual flare. They are not ostentatious. Rather, they are often breathtakingly beautiful.

I studied the enameled picture frames with their tiny bows composed of emeralds and diamonds and the delicate small boxes with their glistening lustrous surfaces that Fabergé’s shop made with unique aplomb. Then I suddenly stopped short. Was it possible? A Fabergé tennis trophy?

 

The fantasy object was more than one could dare hope for. It is, essentially, a cut-glass vase, rhomboid in form: lithe, visually light, impeccable in execution, and exceedingly graceful. Its simple silver mount bears the inscription that explains its purpose: ‘A Prize,’ ‘Mixed Doubles,’ ‘St Petersburg, 1912.’

What more can we know? Its excellent purveyors make no claim of additional information: the precise match for which this was the trophy, who the woman and man were who took it home, whether it was for a day-long event at a small private club or family court, or for an international tournament. But they provide some vital facts:

An All Russian Lawn Tennis Championship as well as the first Russian Open Championship, hosting players from Europe and the USA took place in St Petersburg in 1912. The same year also saw Russia’s first participation in tennis at the Olympics, which were held in Stockholm. 

And then they invite a wonderful fantasy: It may also be possible that the trophy was awarded as part of a private tournament, played among visitors at a palace or house.

And so my mind took off. What was the occasion of this extraordinary tennis trophy being awarded?

 

It was a glorious idea. A private tournament, nice friends only, on that grass court with a garden alongside it. What would people drink while watching? Tea from delicate porcelain cups? Champagne in Fabergé silver goblets? More importantly, how would they play? What would they wear? What would their banter be?

Photographs taken from those halcyon days in St. Petersburg before anyone even had a slight whiff of the revolution that would end it all show that, for mixed doubles, the women tended to wear frilly, white, long-sleeved blouses. Their black skirts were so long that you could not see their footwear. The men were all in white long-sleeved shirts buttoned high, and baggy white trousers, with cummerbund-like sashes across their middles. 

Dressed as such, they took their sport seriously. In her diaries from June of 1913, Grand Duchess Olga, the oldest daughter of Czar Nicholas II and his wife Alexandra, writes, “In the afternoon [we] rode in motors to play tennis. I played four sets with Zelenetzky against Anya and Kira N., also played one set with him against Kira and Arseniev, [we] won all five sets.” Olga was plenty competitive for a member of a family not known for its drive to accomplish a lot. On another summer afternoon, she and Aunt Olga played “against A and Baron von Noalde and lost miserably.” 

But the good old Baron was nothing but fun, it seems. After the match, he taught Olga to walk on stilts and had her doing giant steps in no time. Meanwhile, the tennis court was not empty: “Papa played with Anya, Khvoskinsky, and Rodionov.” Papa, of course, was the Czar. But he had none of the autocratic grandeur the name implies. Peter in his photos is lean, smiling with his white moustache, always affable-looking: John Newcombe as the doyen of The Winter Palace. Olga seems to have had nothing but good times with her devoted dad. “Played tennis with Papa against Pavl. Al. and Poups (Potovsky). We won one set, they won two. Everyone went swimming, but we returned to the yacht.”

Life was not easy for the royal family, however. In 1904, Czarina Alexandra had given birth to Alexei Nikolaevitch, who, as the first son following the births of his four older sisters, was to inherit the throne. Almost from the start, he was discovered to suffer from haemophilia. The genetic disease inherited from the side of the czarina not only made him always at risk, but also often put him in poor health. Maybe the czar and Poups Potovsky—have you ever heard a better name?—had fun rallying across the net and going for a dip in the Baltic before relaxing on the yacht, but even before they knew that the Bolsheviks would end their idyll, they led lives of horrendous personal struggle.

Still, tennis provided the czar and his family some of what it gives to many of us: a reprieve from life’s difficulties. Perhaps the Fabergé was the icing on the cake after a nice day of playful competition among the ever fascinating Romanovs.

 

Yet I have another idea of where the Fabergé could have been given to a couple of happy tennis victors.

In 1907, when he was eight years old, Vladimir Nabokov had started to take tennis lessons in St. Petersburg. His coach was also the coach of the French national champion. 

Maybe this was the court where a Fabergé crystal vase was the trophy: the place where the future writer of Lolita worked on his groundstrokes and acquired the skill to get back in the right position swiftly. 

Better yet, maybe it was the imaginary court at which Nabokov sets his breath-taking La Veneziana:

“In front of the red-hued castle, and luxuriant elms, there was a vividly green grass court. Early that morning the gardener had smoothed it with a stone roller, extirpated a couple of daisies, redrawn the lines on the lawn with liquid chalk, and tightly strung a resilient new net between the posts. From a nearby village the butler had brought a carton within which reposed a dozen balls, each wrapped like a precious fruit in its own sheet of transparent paper.”

Yes! This is where the Fabergé trophy is to be presented. Its luminous crystal will receive and enhance the red of the castle and the green of the trees and the grass. Fabergé made a sort of prism; the yellow of the flowers will also appear in it, like tiny stars. 

Who will receive the trophy? Let it be young Nabokov himself, please. Or else let it be Frank, the hero of the 1920 story that Nabokov set in the grounds of the red castle with its superb tennis lawn.

Consider his style as a player: “Frank, who was serving, tossed the ball high with his left hand, leaned far back as if he were about to fall over, then immediately lunged forward with a broad arching motion, his glossy racket giving a glancing blow to the ball, which shot across the net and bounced like white lightning at Simpson, who gave it a helpless sidewise look.”

Perfect! The Fabergé trophy belongs in the hands of the master of that perfect ace. It has the tautness and stretch with which this fine player leans back. It has the gloss of the racket that strikes across the ball with such zip. Light within the vase also bounces “like white lightning.”

At last. The trophy, and the game for which it is a reward, are the same. Let Fabergé and Nabokov call the shots, and, yet again, tennis shows itself to be the essence of art, and a source of pleasures, with the game and its reward in sync, never before imagined. 

 

Article publié dans COURTS n° 7, printemps 2020.