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BJK a ouvert la voie

Par Chris Oddo

Traduit par Christophe Thoreau

 

© Art Seitz

Rien n’arrête Billie Jean King et ses 77 ans. Surtout à l’heure où le débat sur l’égalité n’a jamais été aussi pregnant. Retour sur le parcours d’une figure qui a changé le tennis. Et nos vies.  

 

Il y a des champion(nes) qui marquent l’histoire de leur sport. D’autres, plus rares, parfois uniques, qui changent la société. Billie Jean King est de ce club très fermé. Sa victoire dans la fameuse bataille des sexes face à Bobby Riggs, le 20 septembre 1973 à l’Astrodome de Houston -devant 30 000 spectateurs et une audience TV estimée à 50 millions de personnes aux Etats-Unis- reste une date, le point de départ d’un mouvement dont on ne pouvait encore soupçonner l’ampleur. A commencer par Riggs, 55 ans, triple vainqueur en Grand Chelem à la fin des années 30, et qui, en s’enfermant pour quelques milliers de dollars dans un personnage de clown machiste, prétentieux, méprisant -et disons-le, grotesque- a servi la cause de son adversaire qui régnait alors sur le tennis féminin, avec Margaret Court. Ce jour-là, King est devenue une icône. Il y a eu un avant et un après “bataille des sexes”.

BJK est d’origine modeste. A l’âge de cinq ans, regardant sa mère en train de faire la vaisselle, elle lui lâche  : “Je vais faire quelque chose de grand de ma vie.”

Autre moment clé: elle a onze ans et on lui refuse d’être prise en photo parce qu’elle ne porte pas une jupette de tennis. “Dès ce jour-là, j’ai su que je voulais changer ce sport », se souvient King.

La grandeur de King est d’avoir suivi d’actes, ses paroles enfantines. Et d’être aussi devenue la championne que l’on sait. A tel point qu’elle deviendra la première femme dont Wilson apposera le nom sur une raquette, bien avant d’ailleurs qu’elle ne soit devenue une militante. Seules cinq joueuses dans l’histoire de la marque ont connu cet honneur. 

© Wilson

King a su saisir toutes les opportunités afin de faire évoluer les mentalités et devenir un modèle. C’était même visiblement une démarche naturelle pour cette native du Sud de la Californie, pour ne pas dire une mission au long cours. “En ce qui concerne mon héritage. . . Je n’en ai pas encore fini”, aime à répéter BJK…

Légitime par son panache sur le court et son palmarès -20 titres à Wimbledon si l’on prend en compte simple, double et mixte, 39 au total en Grand Chelem !- King prit les chose en main en coulisses au début des années 70 lorsqu’elle fonda la WTA, donnant ainsi aux athlètes féminines une résonance qu’elles n’avaient jamais connue.

Si son talent l’a propulsée sur les plus grands courts du monde, c’est son humanité, son ouverture d’esprit et sa passion pour la justice qui ont fait d’elle une guide, une femme de pouvoir qui allait renverser la table dans sa discipline et ailleurs…

Le tennis en tant que sport professionnel aurait-il connu un succès aussi incroyable au début de l’ère Open sans la formidable tournée d’exhibitions que King et ses condisciples mirent sur pied ? Les hommes et les femmes recevraient-ils les mêmes dotations en Grand Chelem sans les sacrifices consentis par King et sa génération? Probablement pas. Pionnière de l’égalité et de la justice sociale, King est toujours la même aujourd’hui.

«Ma génération était une génération de transition et, grâce à ce que nous avons pu accomplir en 1968 et au-delà, le tennis est devenu une discipline majeure dans le sport aujourd’hui », rappelle-t-elle.

© Wilson Sporting Goods Co.

Les débuts du circuit Virginia Slims et l’impact des actions des “Original nine” (surnom donné au groupe des huit joueuses qui accompagnaient King dans ses démarches égalitaires) soutenues par Gladys Heldman, alors patronne du magazine World Tennis, ont changé la donne au début des années 70. Leur réussite majeure, à côté de la création de la WTA : l’obtention de l’égalité des prix hommes/femmes dès… 1973 à l’US Open. 

Les avancées sociétales et politiques obtenues par BJK sont telles qu’on en oublie parfois combien elle a été une joueuse d’exception. On entend rarement parler de son nombre de titres en Grand Chelem par exemple. Mais sans ses victoires, rien n’aurait été possible. Ses succès sur le terrain lui ont offert du poids et de la légitimité.

Du haut de son mètre 63, King était à la fois rapide et endurante. Et agressive, venant au filet dès qu’elle le pouvait. «Elle a eu l’une des meilleures volées de tous les temps», rappelle son ancienne partenaire de double Rosie Casals.

Soixante après son premier titre majeur en simple, l’étoile de Billie Jean King continue de briller. Pour preuve : tout ce qu’elle a entrepris dans le tennis commence à avoir un retentissement dans d’autres sports et dans la société toute entière. Megan Rapinoe, championne du monde de football avec les Etats-Unis, et très engagée politiquement, pour défendre le droit des femmes notamment, n’est-elle pas une héritière de King ?  

“Le tennis a été mon piédestal vers le changement et une voix pour améliorer la vie des autres”, conclut-elle. “La pression est un privilège” aimait-elle aussi dire lorsque l’on interrogeait sur son métier. Une pression dont elle su faire fi sur le court. Et surtout en dehors. Les révolutions se font rarement dans la douceur. Merci, Billie ! 

© Art Seitz