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Allô, la Terre ? Ici les stats

Par Mathieu Canac

© Chris Davies

Une porte s’ouvre, et nous voilà plongés dans ce qui ressemble à une cabine de vaisseau spatial. Pas de fenêtres, pas de lampes. Seuls éclairages pour vaincre la pénombre : la lumière des écrans, et celle des boutons. Une kyrielle de boutons rouges, jaunes, verts, orange donnant l’impression d’être les commandes d’un engin capable de filer à tout berzingue à travers la voie lactée. Sauf qu’ici, les seules étoiles suivies sont celles du circuit ATP. Car, non, nous ne sommes pas partis à la rencontre d’astronautes – c’est un métier assez rare dans le tennis -, mais de Stéphane Trudel. Depuis près de 20 ans ce Québécois d’une sympathie naturelle, qui vous met tout de suite à l’aise, sillonne le monde pour fournir des statistiques, graphiques et visuels proposés par Tennis TV – le service de streaming officiel de l’ATP – pendant les Masters 1000.

Capitaine du vaisseau, le réalisateur. Placé devant un grand écran divisé, il est aux manettes d’une “tablette” pleine de bitoniaux – comme disent les profanes que nous sommes – tout aussi imposante pour contrôler la diffusion des images. À ses côtés, la technical director l’aide, entre autres, à programmer la tablette, sélectionner des ralentis et les passer sur “l’écran-salle”. Celui du court, pour les spectateurs présents au stade. Derrière eux, Stéphane dispose d’une télévision et deux ordinateurs portables. Assis à sa droite, un autre statisticien l’épaule pour entrer des données, notamment. Ce jour-là, à Bercy, en demi-finale du double, Nicolas Mahut et Pierre-Hugues Herbert affrontent les Allemands Kevin Kravietz et Andreas Mies, vainqueurs de Roland-Garros 2019. Si le début du match est programmé pour 11 heures, Stéphane est sur place bien avant.

Le vaisseau spatial et ses pilotes

Généralement, on arrive 1 h 30 avant le début des matchs, nous explique-t-il. Pour vérifier les graphiques, les informations qu’on va mettre à l’écran le jour même. Les visuels à vérifier, ce sont surtout les bio’ des joueurs avec : taille, lieu de résidence, résultats au cours de l’année, parcours en Masters 1000, etc. Sur les Masters 1000, on en fait 7 pages. Ici, à Bercy, il y a 6 matchs par court. Je suis sur le même court toute la journée, donc ça fait 12 joueurs minimum (plus en cas de doubles) à vérifier le matin. Il faut faire bien attention à ce qu’il n’y ait aucune faute.” Pendant l’échauffement, Stéphane donne de la voix pour annoncer au réalisateur à quel moment envoyer les fiches descriptives à l’image. Ensuite, il propose différents graphiques et statistiques adaptés au scénario du match. Il est aussi en contact direct avec les commentateurs.

Je leur parle pendant le match, je leur donne des informations, détaille Stéphane. Par exemple, si une rencontre arrive à un jeu décisif, je peux indiquer le bilan des joueurs dans cet exercice. Eux peuvent aussi me poser des questions, me demander de chercher certains chiffres. C’est vraiment un travail d’équipe.” Pendant les doubles, “c’est plus détendu“, me confie-t-il. Ils ont le temps de lâcher quelques vannes. Un “on va l’appeler Casse-Noisette” fuse dans la pièce après une balle, frappée par “P2H”, envoyée droit dans les “parties” d’un des Teutons. La bonne ambiance règne. Dehors, malgré l’humidité de novembre, une odeur de dimanche estival titille les narines. À l’occasion de la finale de la Coupe du monde de rugby, un barbecue est organisé. Regroupant une soixantaine de personnes, l’équipe TV est répartie sur une douzaine de préfabriqués montés à l’extérieur du palais omnisports.

Un métier de nomade

Sur chaque tournoi, on arrive avec notre équipement et on s’installe pendant 10 jours, détaille Stéphane. Le tournoi nous laisse les clefs du camion pour diffuser, on fait le boulot, et on repart.” Une vie de nomades prêts à voyager aux quatre coins du globe tout au long de l’année. Je suis en déplacement 120 jours par an, ajoute-t-il. Parfois un peu plus, parfois un peu moins. Mais ça ne m’empêche pas d’avoir une vie de famille, avec deux enfants. J’ai rencontré ma femme à Monaco, pendant le Masters 1000, j’ai fait ma demande de mariage sur la Grande Muraille de Chine, on s’est marié à Montréal et notre voyage de noces était en Australie.” Depuis ses débuts comme statisticien pour ATP Media – dont Tennis TV fait partie – lors du tournoi de Monte-Carlo en 2001, il ne “sèche” presque aucun Masters 1000 : “J’en ai manqué deux. Le Masters 2001, et Rome 2003.

Novak Djokovic, dans le tunnel "vaisseau spatial" pour entrer sur le central de Bercy | © Ray Giubilo

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